CHAPITRE DEUXIÈME
ami de Richelieu, qui ne se nomme pas, mais qui paraît parfaitement informé, n'hésite point à mettre Mn,e de Chevreuse ainsi que la reine, parmi ceux qui alors ont voulu le renverser : « M. le Grand, écrit-il au cardinal 4, a été poussé à son mauvais dessein par la reine-mère, par sa fille, par la reine de France, par Minc de Chevreuse , par Montaigu et autres papistes d'Angleterre. » Enfin le cardinal lui-même, dans les premiers jours de juin 1642, retiré à Tarascon, pour sa santé sans doute, mais aussi pour sa sûreté avec ses deux confidents, Mazarin et Chavigny, et les fidèles régiments de ses gardes, se sentant environné de périls et faisant représenter à Louis XIII la gravité de la situation, cite ce qu'on lui écrit de Mme de Chevreuse parmi les indices les plus frappants 2. Quel parti en effet conspirait contre
que pour ses sentiments il les a trop fait connoître en l'affaire de Mme de Chevreuse, a dit que pour l'affaire de Mme de Chevreuse, ayant la parole de M. le cardinal il s'en tient assuré , sachant hien qu'il ne fait pas de grâce à demi. »
1. Archives des affaires étrangères, France, t. CI, lettre du 4 juillet.
2. Archives des affaires étrangères, France, t. Cil, mémoire inédit de Richelieu : « Il faut que MM. de Chavigny et de Noyers parlent au roi et lui disent que le cardinal, voulant partir de Narbonne, suivant son conseil, pour changer d'air, et ne sachant quel changement son transport apporteroit à son mal, a voulu témoigner de l'extrême confiance qu'il a en Sa Majesté en lui découvrant ce qui s'apprend de toutes parts. Les lettres du prince d'Orange, la gazette de Bruxelles, celle de Cologne, les préparatifs de la reine-mère pour venir, les litières et mulets achetés, ce qui s'écrit par lettres sûres de Mme de Chevreuse , ce qui s'écrit encore de nos côtes de France , les bruits qu'il y a dans toutes les armées, les avis qui viennent de toutes les couis d'Italie, les espérances des Espagnols , soit du côté d'Espagne,
Richelieu? N'était-ce pas le parti du passé, le parti de la Ligue, de l'Autriche et de l'Espagne? Et Mmc de Chevreuse à Bruxelles, par ses liens avec le duc de Lorraine, la reine d'Angleterre, le chevalier de Jars à Rome et le comte-duc Olivarès à Madrid, n'était-elle pas une des puissances considérables de ce parti? Quand donc on le sentait s'agiter, il était fort naturel de soupçonner dans tous ses mouvements la main de M,ne de Chevreuse.
Mais bientôt l'œil de Richelieu perce la nuit qui l'enveloppe; il voit clair dans les menées du grandécuyer que depuis longtemps il surveillait : une trahison, dont le secret est demeuré impénétrable à toutes les recherches depuis deux siècles, fait tomber entre ses mains le traité conclu avec l'Espagne, par l'intermédiaire de Fontrailles, au nom de Monsieur, de Cinq-Mars et du duc de Bouillon. Dès lors le cardinal se tient assuré de la victoire. Il connaissait Louis XIII; il savait qu'il avait pu, dans quelque accès de son humeur mobile et bizarre , se plaindre de son ministre .auprès de son favori, souhaiter même d'en être délivré, et prêter l'oreille à d'étranges propos1; mais il savait aussi à quel point il était roi
soit de Flandres, la résolution que Monsieur a prise de ne point venir contre ce qu'il avoit promis, attendant peut-être l'événement du tonnerre , toutes ces choses ont obligé à en avertir le roi , afin qu'il mette tel ordre qu'il lui plaira à des bruits qui ruinent les affaires. »
1. Voyez les Mémoires deJMonglat, collect. Petitot, t. Ier, p. 375.