‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 72 sur 215 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qui se dévouait pour elle. Elle l'eût embrassée comme une libératrice, si la fortune se fût déclarée en sa faveur; vaincue et désarmée, elle l'abandonna. Comme elle avait protesté de son horreur pour la conspiration qui avait échoué et pour ses deux imprudents et infortunés complices qui montèrent sans la nommer sur l'échafaud, ainsi, voyant le roi et Richechelieu déchaînés contre Mme de Chevreuse et bien décidés à repousser les nouvelles instances que faisait sa famille pour obtenir son rappel, la reine, loin d'intercéder pour son ancienne favorite, se joignit avec passion à ses ennemis; et, afin de donner le change sur ses propres sentiments et de paraître applaudir à ce qu'elle ne pouvait empêcher, elle demanda comme une grâce toute particulière qu'on tînt la duchesse éloignée de sa personne et même de la France. «La reine, écrit à Richelieu son ministre des affaires étrangères, Chavigny1, la reine m'a demandé avec soin s'il étoit vrai que Mme de Chevreuse revînt; et, sans attendre ce que je lui répondrois, elle m'a témoigné qu'elle seroit marrie de la voir présentement en France , qu'elle la connoissoit pour ce qu'elle étoit, et elle m'a ordonné de prier son Éminence de sa part, si elle a voit quelque envie de faire quelque chose pour Mme de Chevreuse, que ce fût sans lui permettre son retour en France.

1. Archives des affaires étrangères, ibid. Lettre du 28 juillet.

J'ai assuré sa majesté qu'elle auroit satisfaction sur ce point. » — « Je n'ai jamais vu une plus véritable et plus sincère satisfaction que celle qu'a eue la reine d'apprendre ce que je lui ai dit de la part de monseigneur. Elle proteste que non-seulement elle ne veut point que Mmc de Ghevreuse l'approche, mais qu'elle est résolue, comme à son propre salut, de ne plus souffrir que personne lui parle contre la moindre chose de son devoir1. »

Voilà donc Mme de Chevreuse tombée, ce semble, au dernier degré du malheur. Sa situation était affreuse ; elle souffrait dans toutes les parties de son cœur; plus d'espoir de revoir sa patrie, son beau château, ses enfants, sa fille Charlotte. Ne tirant presque rien de France, elle était à bout de ressources, d'emprunts et de dettes. Elle apprenait combien il est dur de monter et de descendre l'escalier de r étranger2, d'avoir à subir tour à tour la vanité de ses promesses et la hauteur de ses dédains. Et pour qu'aucune amertume ne lui fût épargnée, celle qui lui devait au moins une fidélité silencieuse se rangeait ouvertement du côté de la fortune et de Richelieu. Elle passa ainsi quelques mois bien douloureux , sans nul autre soutien que son courage. Tout à coup , le 4 décembre 1642 , le redouté cardinal , victorieux de tous ses ennemis au dehors et

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