‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 78 sur 215 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Si le temps est venu de remettre Louis XIII à la place qui lui appartient dans l'histoire , il est juste aussi de relever Anne d'Autriche. Ce n'était pas une personne ordinaire. Belle, ayant besoin d'être aimée , et en même temps vaine et fière , elle avait été blessée des froideurs et des négligences de son mari, et, par esprit de vengeance et aussi de coquetterie , elle s'était complu à faire autour d'elle plus d'une passion, sans franchir jamais les bornes d'une galanterie espagnole plus ou moins vive. Elle avait supporté impatiemment d'être traitée sans conséquence , privée de tout crédit et tenue en une sorte de disgrâce permanente par le roi et par Richelieu ; de là une opposition sourde , mais constante, au gouvernement du cardinal. Elle s'était même engagée dans diverses entreprises qui, comme nous l'avons vu , lui avaient fort mal réussi et l'avaient jetée en d'assez grands dangers. Elle appelait alors à son aide une autre de ses qualités de femme et d'Espagnole, la dissimulation. Le malheur lui avait enseigné vite « cette laide , mais nécessaire vertu », comme dit Mme de Motteville1, et on a pu reconnaître qu'elle y avait fait de rapides progrès. Naturellement paresseuse, elle n'aimait pas les affaires, mais elle était sensée, même courageuse , capable d'entendre et de suivre la raison.

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