Tome Ier, p
Jusque-là elle avait joué un double jeu : se faire en secret des partisans, encourager et pousser les mécontents, tâcher d'échapper au joug du cardinal, et cependant lui faire bonne mine, l'endormir par de fausses démonstrations, s'humilier au besoin, gagner du temps et attendre. Depuis la mort de Richelieu, se sentant plus forte et de ses deux enfants et de la maladie irrémédiable de Louis XIII, elle n'avait eu qu'un seul but, auquel elle avait tout sacrifié : être régente, et elle y était parvenue , grâce à une rare patience, à des ménagements infinis, à une conduite habile et soutenue , grâce aussi au service inespéré que lui rendit Mazarin, le principal ministre du roi. Anne n'avait rien négligé pour désarmer les ressentiments de son mari ; elle n'avait cessé de l'entourer de soins, passant les jours et les nuits auprès de lui ; elle lui avait protesté avec larmes qu'elle ne lui avait jamais manqué , qu'elle était étrangère au complot de Chalais, et que toutes les accusations dont on l'avait chargée étaient sans fondement. Elle avait fort peu gagné sur l'esprit du roi ; il s'était contenté de dire : « Dans l'état où je suis, je dois lui pardonner, mais je ne suis pas obligé de la croire1. » Il l'avait toujours soupçonnée d'être en relation avec l'Espagne et sous l'empire de Mnie de Ghevreuse. Il voulait l'exclure de la régence ainsi que son frère,
. La Rochefoucauld, Mémoires, p. 369.