Nous ignorons aussi quel peut être cet autre personnage
les plus secrètes et les plus délicates, que cet auteur rapporte dans toutes leurs circonstances; et on ne peut nier que cet homme n'ait eu autant d'esprit qu'il en falloit pour plaire à ce ministre, et pour le faire réussir dans tous ses grands desseins. Le cardinal étoit d'humeur à mettre tout en œuvre, et son confident à tout entreprendi*e. M"»« de Schomberg apprit peu de temps avant sa mort qu'elle n'étoit pas épargnée dans cette chronique scandaleuse. Elle reçut cet outrage avec une humilité toute chrétienne. L'on peut dire aussi qu'au lieu de lui être désavantageux, il ne put servir qu'à faire paroître sa vertu avec plus d'éclat. L'on le peut voir par la lettre qu'elle écrivit à un de ses amis qui lui avoit fait savoir le chagrin que cela lui avoit donné. Voici la réponse qu'elle lui fit :
« J'apprends de saint Jean Chrysostome que les plus grands saints ne rejetoient pas la calomnie, et un des sept sages de la Grèce disoit qu'il aimoit mieux l'approbation d'un seul homme de bien que celle de tous les méchans du monde. En voilà assez pour vous persuader que je suis plus contente de la justice que vous me rendez que je ne suis fâchée contre ceux qui m'ont voulu noircir, dans un âge où je me sens si indifférente du côté de l'honneur, que je ne me connois plus quand je pense au temps- passé où ma réputation me touchoit jusqu'à me rendre folle. Vous devriez avoir honte d'avoir ^usé de votre éloquence sur un sujet qui n'en valoitpas la peine, quelque bonne opinion que vous ayez de mes sentimens héroïques. Au reste, ne soyez pas surpris de mon insensibilité, puisque ce n'est pas la force de mon esprit ni la générosité de mon cœur, mais une espèce d'apathie qui produit cette incroyable tranquillité qui est à répreuve de la médisance des hommes, comme aussi de la louange; car ce sont les enfans qui s'apaisent par
ces sortes de bonbons que vous m'avez si souvent donnés avec tant de prodigalité que la profusion m'en seroit insupportable, si elle ne venoit de votre main. »
Voici des vers que le père Lemoine lui envoya, depuis son mariage, sur sa première disgrâce* :
Après le traitement fait à votre maîtresse, ^
Ne vous étonnez pas, bonne et sage duchesse, Que, sans avoir égard à la fleur de vos ans.
Sans respect des amours, déclarés vos suivans.
Un vent funeste aux fleurs et des grâces jaloux
Se soit si rudement soulevé contre vous.
De quelque noble feu que la rose s'allume.
De quelque doux esprit que l'œillet se parfume,
Et la rose et rœillet, soit au front du printemps,
Soit sur le sein de Flore, ont à craindre les vents;
Et les grâces jamais, ni les amours leurs frères,
N'ont pu charmer ces vents ou jaloux ou colères.
En cela pour le moins vous eûtes ce bonheur
Que la disgrâce fit paroitre votre cœur.
Et par une merveille à la cour bien nouvelle,
On y vit une fleur aussi tendre que belle,
Plus forte que les vents qui font ployer les pins
Et de la tête aux pieds font trembler les sapins, etc.
En un autre endroit où il parle de la cour et de la corruption qui y règne, après avoir montré qu'il en est peu qui y conservent leur innocence, il ajoute les vers qui suivent :
Ce fut ce même esprit qui garda votre cœur De la corruption qu'engendre la faveur.
Et qui ne permit pas que la fameuse flamme D'un amant souverain passât jusqu'à votre âme.
1. Nous sentons bien la profonde médiocrité, pour ne pas dire plus, de ces vers de l'auteur de Saint Louis; mais nous devions respecter le manuscrit qui nous a été confié et L'intention de la pieuse dame, qui , se connaissant mieux en dévotion qu'en poésie, s'est complue à réunir ces divers éloges d« son illustre amie.
Ed cela son amour vous fit un feu pareil
A celui que reçoit la lune du soleil,
Et Yotre pureté, d*uoe rare manière.
Sans en prendre Tardeur, en reçut la lumière.
L*exemple est sans exemple, et depuis que les rois
Esclaves de Tamour ont reconnu ses lois.
Vous êtes la première, agréable duchesse.
Qui, sans être captive, avez été maîtresse.
La cour s*en étonna, l'amour en eut dépit.
Il en brisa ses traits, son arc il en rompit, etc.
Quatrains acrostiches à M"** la duchesse de Schombei^.
Oame dont les vertus surprennent tout le monde, Mspoir des malheureux, en charité féconde, Beureux si je pouvois exprimer par mes vers >vec quelle bonté vous m'êtes secourable.
•<ous ne vous laissez rien, et plus d'un misérable t*oin de vous pourroit bien coure tout l'univers, Hendre la main en vain; on est impitoyable, nt ce n'est que chez vous qu'on trouve enfin le port.
>4asse le juste ciel que le Seigneur m'entende ! on me verra toujours pour l'illustre Hautefort requérir que ces biens au centuple il lui rende, Houjours 0on vrai partage, un jour son heureux sort.