Ce trait et lea deux lettres suivantes sont ajoutés
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VIE MANUSCRITE. t\\
en temps de paix. Ils ont cru que ne pouvant aller pour vous rendre mes devoirs, j'en demeurerois là; et c'est ce que j'aurois fait, si Votre Majesté ne m'avoit comblée d'honneur et d'une manière inestimable, et dont j'aurai toute ma vie tout le ressentiment dont je peux être capable, avouant à Votre Majesté que toutes les grâces et les grandeurs dont elle me pourroit gratifier me sembleroientpeu de choses, si je les comparois avec celle-là. Après des faveurs si grandes, je ne peux pas douter que Votre Majesté n'ait agréable la liberté que je prends de lui demander de trouver bon que la marquise de Hautefort, ma belle-sœur, ait l'honneur de vous présenter un placet et des mémoires de ma part qui feront connoître à Votre Majesté combien je suis maltraitée par les gens d'affaires de MM. de La Rochefoucauld, auxquels mon crédit ne doit pas être redoutable puisqu'ils ont tout pour eux, jusques aux sollicitations de M. le duc de Bourbon; et je n'ai à opposer à de si grandes puissances et de si grandes autorités que mon bon droit qui, tout évident qu'il est, me donneroit lieu de craindre, à moins que Votre Majesté n'ait la charité de le vouloir appuyer de sa protection pour délivrer de l'oppression une veuve qui a déjà tant d'obligations à Votre Majesté, qui ne lui déniera pas encore celle de se dire avec toute sorte de respects, etc. »
Cette lettre fît son effet; car à quelques jours de là l'on lui fît signifîer le désistement des lettres d'État, comme l'on peut voir par la lettre de remercîment qu'elle écrivit au Roi. Je la rapporte ici comme je l'ai trouvée, c'est-à-dire la copie écrite de sa main :
< « Sire,
« J'ai pris la liberté de me plaindre à Votre Majesté des lettres d'État dont les gens d'affaires de mes parties
ti% APPENDICE. NOTE PREMIÈRE.
s*étoient voulu servir contre moi pour éterniser un procès de trente années qui leur est un moyen de me priver et de mon legs et de mon douaire. Votre Majesté m'en a fait bonne justice, et ses ordres opt été exécutés; car leur désistement m'a été signifié le premier de juillet, si bien que j'ai sujet d'en être contente, mais beaucoup plus de publier partout que la parole de Votre Majesté n'est pas moins sacrée et inviolable dans les occasions de la moindre importance que dans celles du plus grand éclat. Je ne m'en suis pas étonnée, Sire, parce que Votre Majesté, à qui rien n'est inconnu, sait mieux que qui que ce soit qu'il n'y a point de gage si précieux qu'une parole donnée, et que la tenir c'est le caractère des honnêtes gens aussi bien que des hommes illustres. Personne ne doute que Votre Majesté ne soit le plus honnête et le plus illustre de tous les Rois qui soient dans le monde, qui y ont été et qui y seront. C'est, Sire, ce qui remplit mon cœur d'une estime et d'une vénération profonde. Mais j'avoue que ce qui m'a touchée davantage, c'est ce que Votre Majesté m'a fait écrire par M. Bontemps et ce qu'elle m'a fait dire par M. d'Argouges, parce que ce sont des marques d'une bonté si extraordinaire que je ne puis y répondre ni en avoir assez de ressentiment. J'en fais. Sire, mille très humbles remercîmens à Votre Majesté et je reconnois que je ne la mériterai jamais; mais je ne ferai jamais rien qui m'en rende indigne, étant avec un profond respect, etc., etc. »
Voilà comme M"® la duchesse de Schomberg a toujours été protégée de ce grand Roi qui a si bien reconnu, en lui accordant toutes les grâces qu'elle lui a demandées, les services qu'elle avoit rendus à la Reine, sa mère. Il lui donna encore des marques de bonté dans une autre rencontre : ce fut lorsque de certaines rentes furent sup-
primées. M™* la duchesse de Schomberg fit connoître à ce prince qu'elle y avoit soixante mille livres. Sa Majesté commanda à M. de Colbert qu'elle fût remboursée sans conséquence pour tous les autres; mais ce ministre lui ayant dit ensuite qu'il en falloit encore parler au Roi, elle aima mieux les perdre que de l'en importuner encore une fois.
Elle s'étoit fait une sainte solitude de sa maison, n'en sortant plus que pour aller à sa paroisse. Ses parens et ses amis l'alloient voir. Elle n' avoit plus de commerce avec le monde que pour des actions de piété. Ses aumônes étoient toujours répandues sur tous ceux qui en avoient besoin , et elle étoit dans une continuelle prière et un continuel exercice de charité. Voilà de quelle façon cette sainte duchesse passoit son temps dont tous les momens étoient précieux devant les yeux de Dieu.
Le* Roi qui connoissoit son mérite lui voulut encore donner des marques de bonté et d'estime, l'ayant choisie pour être dame d'honneur de M"»« la Dauphine après la Bttort de M™® de Richelieu. Sa Majesté lui écrivit une lettre et chargea M. Bontemps de cette commission. Voici la réponse qu'elle fit au Roi :
« L'on ne peut pas au monde être plus surprise que Je l'ai été lorsque M. Bontemps me dit ce que Votre Majesté lui a commandé de me dire. J'avoue, Sire, que faurois cru que c'eût été une pièce pour se moquer de ma vieillesse , si je n'avois connu la personne et les armes de Votre Majesté, de laquelle l'on n'ose se servir. Après ce petit récit de ce qui s'est passé dans mon esprit, trouvez bon. Sire, que je vous dise que mon cœur est pénétré de reconnoissance de l'honneur que Votre Ma-
1. Ce paragraphe est ajouté, ainsi que la lettre de M"< de Schomberg. Voyez les deux billets de Louis XIV, plus haut, p. 186, en note.
jesté m'a voulu faire, dont je sérois très indigne, si je ne considérois le service de Votre Majesté préférablement à toutes choses. C'est pourquoi je suis obligée de vous dire, Sire, que j'y serois du tout inutile, étant infirme au point que je la suis, et j'ose dire à Votre Majesté que quand on a un peu de cœur et de sang rien n'est plus mortifiant que de ne pouvoir pas faire les choses auxquelles on est obligé par tant de difFérens devoirs. C'est ■ pourquoi. Sire, par le respect que je dois à Votre Majesté, je lui dois dire la vérité de l'état auquel Dieu m'a mise. Il l'en faut louer; car ce choix seroit possible cause que l'on auroit pu penser qu'en cette seule occasion Votre Majesté se seroit méprise; et comme je me dois tout à fait intéresser à ce qu'il n'y ait rien qui puisse jamais blesser votre gloire, je prends la liberté de supplier Votre Majesté de croire que jamais personne n'a eu plus de facilité à se taire * que j'en avois en cette occasion par le seul motif que je me suis donné l'honneur de vous dire ; et ayez. Sire, la bonté de croire que mes ressentiments vont au delà de tout ce que vous peut jamais dire,
a Sire,
« De Votre Majesté,
« La très hutnble et très obéissante servante et sujette,
« La duchesse de Schomberg. j>
' Elle a fait effectivement ce qu'elle avoit promis au Roi
dans sa lettre; car elle a si bien gardé le secret que
jamais elle n'a dit à personne la grâce que Sa Majesté
ui vouloit faire. Il semble même que son humilité Tait
l. AUasion au silence que le Roi lui recommandait.
obligée de se cacher à elle-même cet honneur, n'ayant ^s relu la lettre du Roi que Ton a trouvée toute cachetée depuis sa mort*.
Je ne veux pas oublier les marques d'estime que lui donnèrent les personnes retirées du monde et qui vivoient dans une piété exemplaire. Un de ceux-là qui étoit de ses amis depuis sa jeunesse * lui envoya deux emblèmes avec des devises, F un lorsqu'elle quitta la cour à deux différentes fois, pendant la vie de Louis XIII, et Fautre dans la régence de la Reine mère, Anne d'Autriche. Il y avoit dans Tun un ciel et une étoile qui tomboit de ce ciel, et qui paroissoit avec un éclat bien plus grand dans sa chute qu'elle ne fesoit quand elle étoit dans la place qu'elle occupoit dans ce ciel de la cour. Il y avoit des vers fort joliSi Le second étoit une fusée qui en tombant fesoit un éclat si brillant par les feux qu'elle )eU>it que l'on l'admiroit dans sa chute*.
Des dames* de ses amies la prièrent un jour de demander des vers à un poète, du temps qu'elle étoit à la cour, et qui étoit dans une grande dévotion et de ses amis. Elle se défendit assez longtemps de cette commission. A la fin, vaincue par leurs importunités, elle en écrivit à cet homme, qui lui répondit en lui envoyant des vers sur le sujet de sa conversion. Je ne les rapporterai pas ici, mais seulement ce qui s'adressoit à elle. « Pardonnez-moi, si je ne vous envoie pas les vers que ces curieuses veulent avoir avec tant d'empressement. Je
1. L'amie qui a écrit la Vie imprimée n'a pas su cette particnlaiité toa> clumte, puisqu'elle n'en parle pas.
S. Le P. Lemoine, de la compagnie de Jésus.
8. Noos n'avons retrouvé nulle part ce second emblème ; mais le premier <>t dans le P. Lemoine. Yojex plus haut, chap. V, p. 126.
4. Paragraphe ajouté. Ces vers à Philis sont connus pour être de Patril àe Cafia, qui eut alors une certaine réputation. Sur Patrix, ToyM 4'0IiT«lf BitUflrt de l'Académie française, article de Boisrobert.
les ai oubliés aussi bien que la manière d'en faire comme en ce temps-là ; mais si elles en veulent voir de ceux que je fais à présent, en voici (ceux dont j'ai parlé sur la pénitence). » Voici encore ce qu'il lui envoya où il y avoit écrit au-dessus : Conte pour rire, à Philis.
« rai songé, ma Philis, que d*amour consumé, Côte à côte d'un gueux on m*avoit inhumé, Et que n*en pouvant plus souffrir le voisinage, En mort de qualité je lui tins ce langage :
Retire-toi, coquin, pourris plus loin d'ici ; Il ne t'appartient pas de m'approcher ainsi.
Coquin, ce me dit-il d'une arrogance extrême. Va chercher des coquins ailleurs, coquin toi-môme. Ici, tous sont égaux, je ne te dois plus rien, Je suis sur mon fumier comme toi sur le tien. Et pouvoit-il jamais jouer mieux son rôle, Et vltes-vous jamais, Philis, rien de plus drôle?
Une de ses amies de ce caractère lui envoya un tableau: c'étoit une tête de mort fort bien représentée, une horloge et une bougie qui s'éteignoit, et de l'autre côté un sablier. Tout cela étoit fort bien peint, et au bas étoient écrits ces vers :
Ce portrait est celui d'une fameuse belle.
De son temps, comme vous, des grâces le modelle, Et de mille captifs, comme vous, le souci.
Comme elle fit grand feu, vous l'avez fait aussi. Et vous serez un jour de la cendre comme elle.
Enfin * cette illustre personne, après avoir mené une vie si sainte et si exemplaire dans tous les différens
1. Toute cette fin ne pouvait être dans la Vie imprimée, écrite encore da vivant de M»* de Schomberg. — Manuscrit de M. de La Farelle. i Enfin le temps arriva où elle devoit recevoir la récompense de tout le bien qu'elle avoit fait. Bile tomba malade d'une fièvre qui ne parut d'abord aucunemeiit dangereuse, mais qui ensuite exerça sa patience durant quatre mois, qui fut fi grande <iu'on ne l'entendit jamais se plaindre pendant ce temps, et les der-
états où Dieu Tavoit mise , tomba malade le jour des Rameaux de l'année 1691; et après une maladie de quatre mois, où elle donna des marques de son entière résignation et d'une patience toute chrétienne, elle fît un testament qui a bien fait connoître qu'elle étoit véritablement la mère des pauvres. Elle a aussi été libérale autant que charitable à l'endroit de son domestique. Elle
Bières paroles qu'elle dit furent qu'il ne falloit pas conger à la yie mais à une bonne mort. Elle dit cela pour répondre à une de ses amies qui lui Tooloit faire prendre un remède qu'elle assuroit qui la guériroit. Elle avoit fait son testament, ob. sa bonté et sa libéralité paroissoient comme dans tout le reste de sa vie. Elle a donné près de 200,000 livres aux hdpitauz, aux maiions religieuses et aux pauvres. Elle a donné à tous ses parents et à tous ses amis, à chacun un legs, selon leur état pour le souvenir d'elle. Tous ses domestiques furent récompensés avec magnificence; car, outre leurs gages, elle leur donnoit à chacun 5 on 6,000 livres et 300 livres de pension pendant leur Tie. Elle donnoit ensuite tous ses biens restants à tous ses neveux et nièces, laissant M"« la marquise d'Hautefort, leur mère et sa belle-sœur, exécutrice <ie son testament, avec le pouvoir do régler dans sa succession la portion de chacun de ses enfants, à sa volonté. Elle défendit que l'on lui ftt aucune pompe funèbre ; mais seulement, pour épargner aux prêtres la peine de la porter à l'église, elle ordonna qu'on les pajeroit de même et qu'on la portât <iA&s son carrosse. Elle auroit souhaité d'être enterrée dans le cimetière des pannes; mais, craignant que cela ftt de la peine à sa famille, elle voulut être enterrée au pied du confessionnal de son confesseur, dans la nef de Saint- Nicolas des Champs, sa paroisse. Elle ordonna que pendant la quarantaine tontes les dames et tous les domestiques de sa maison seroient servis et oooiris, comme pendant le temps qu'elle vivoit, à ses dépens. Enfin on peut '^o que jamais personne n'a laissé tant d'estime et tant de regrets de sa Qort qu'elle a fait généralement à toute la France ; et on peut dire qu'elle a été l'admiration de la cour de Louis XIII par sa bonté et par ses vertus, et de celle de Louis le Grand par sa piété et par sa charité. On a fait les deux ^Pitaphes qui suivent, oti elle est louée aussi dignement qu'il est permis de loQbt une dame chrétienne dans ces sortes d'ouvrages. Épitaphes. • Ici repose dame M&rie d'Hautefort, femme de messire Charles de Schomberg, duc et pair, maréchal de France. » — « Lecteur, son nom t'apprendra la grandeur ^^ >a naissance ; colul de son mari, le rang qu'elle a tenu dans le royaume et ^ mémoire de ses rares qualités, qu'elle a paru à la cour comme un des plus °^ttx ornements de son siècle ; mais ce bronze t'apprendra aussi qu'ayant ^Qjours connu la vanité de tous les honneurs de ce monde, après avoir donné toute sa vie un exemple de piété et de charité, plus riche encore des vertus et des biens pour l'éternité que de ceux de la terre, elle choisit par <iamilité ce lieu retiré pour être celui de son dernier repos. Sa vie a été un ^ bel exemple qu'elle a été généralement regrettée. Le l« du mois d'août, l'an de grâce 1691, et le 15» de son âge. »
mourut le premier jour d'août, âgée de soixante et quinze, ans.
Après ce qui est rapporté dans la vie de cette illustre duchesse, il sembleroit qu'elle dût être exempte de la calomnie, ayant mené une vie si peu commune parmi les gens du grand monde. Mais, comme Dieu vouloit que la vertu de cette sainte dame fût éprouvée jusques au bout, il s'est trouvé un homme de la cour qui a caché son nom, en mettant de certains mémoires au jour à l'âge de quatre-vingts ans*, où, entre plusieurs médisances qu'il a écrites de bien des gens, il a osé avancer la plus noire calomnie que l'enfer ait jamais inventée. Et pour en faire voir d'abord la fausseté, l'on la connoîtra sans doute lorsqu'on saura que la personne qu'il lui veut donner pour galant est un homme qu'elle n'a jamais vu, et qui étoit hors de la cour lorsqu'elle y étoit. Il avoit suivi M"»« de Chevreuse lorsqu'elle se réfugia à Bruxelles *. L'on peut juger par là de la malice de cet écrivain. Tous les gens qui ont connu cette duchesse et qui ont eu quelque connoissauce de ce qui se passoit à la cour de ce temps-là, en conviendront, et personne ne s'étonnera de trouver le nom de cette dame. dans ce registre de médisances, lorsque l'on saura que celui qui l'a composé étoit une créature du cardinal de Richelieu, qui n'aimoit pas cette dame et appréhendoit son crédit Cet homme étoit le confident du ministre dans les affaires
1. Il nous est impossible de conjecturer quel peut être ^ personnage dont il est ici question, et de quels mémoires on parle. Peut-ôtre est-il question des Mémoires du comte de Roeliefort, ouyrage de Sandras de Courtils, otûesi dit, page 96 de la 4« édition : c M»* de Chevreuse n'osa pas maltraiter La Porte, de peur que, s'en retournant en France, il ne fût dire à la Reine la ti« qu'elle meuoit et mille intrigues qu'elle avoit eues aussi à son préjadice. Elle appréhenda d'aiUeurs qu'il ne la sacrifiât à la maréchale de Schomberg, qoi. après avoir résisté à l'amour du Roi, n'avoit pu, selon le bruit commun, so défendre de celui d'un homme de si basse étoffe, ji