‹ Madame de HautefortChapitre 146 sur 182 · Médecin du Boi · texte numérisé non relu

Médecin du Boi

depuis qu'il avoit envoyé Goulard, que Monseigneur viendroit, et qu'il le presseroit pour se racommoder, mais qu'il n*en feroit rien, et m*a demandé si vous étiez à Ruel. Je vous en dirai davantage lorsque j*aiirai l'honneur de vous voir.

« Après s'être bien tourmenté et tourmenté les autres, il s'est mis à la raison. Il en est à vouloir se mettre à genoux et demander pardon. Il y a eu un peu de conversation ce soir ; mais cela ne s'est paisse qu'en reproches, et (on) ne s'est pas trop bien séparé. Mais après s'être retiré et m'avoir beaucoup parlé sur le sujet, enfin j'ai gagné le dessus, puis il m'a dit: « Perdu, perdu. Je suis en impatience de la voir. Je l'aime plus que tout le reste du monde ensemble. Je me veux mettre à genoux pour lui demander pardon. » Mais depuis hier que vous fûtes parti, il a failli à me faire enrager, et j'ai vu l'affaire au plus méchant état qu'elle pouvoit être, et grâce à Dieu elle est mieux que jamais. Il m'a demandé si je ne savois point que Monseigneur fût revenu à Ruel, et qu'il devoit revenir ce soir; je lui ai dit que je n'en savois rien.

« Ce dimanche, à minuit. »

« Ce 8 mai 1639.

« Hier, sitôt que le Roi fut revenu de Ruel il fut chez monseigneur le Dauphin où étoit la Reine, où S. M. parla fort longtemps à M°* de Hautefort.

« S. M. me dit qu'il lui avoît dit ce qu'il avoit dit à monseigneur le cardinal sur son sujet, et comme son Éminence la devoit envoyer

quérir pour parler à elle Je ne rends point compte de toutes les

particularités qu'il me dit de ce qu'il avoit dit à son Éminence, puisque son Éminence le sait; mais comme je vins sur le soir, il médit qu'il étoit plus amoureux que jamais et qu'il étoit bien malheureux qu'elle ne î'aimoit point. Sa plus grande peine est qu'elle redit tout k la Reine.

« S. M. a écrit ce matin à S. E. pour que la grand'mère ou son frère y soit, quand il parlera à elle; mais Je ne trouve pas l'amour si échauffé qu'il étoit hier soir. Ma croyance est que tout ceci est pour se mettre plus mal que amais; mais il ne faut pas laisser de poursuivre toujours sa pointe. A moins qu'elle ne rompe hautement avec Ghemerault, je ne vois nulle sûreté, et je crois que c'est ce que Sa Maj. demande, bien qu'il n'en fasse pas le semblant. Toutefois cela est bien délicat, et quand elle auroit à y rompre. Je ne serois pas d'avis que ce fût si tôt après avoir vu son Ém. Car si Sa Maj. prenoit l'autre parti, l'on feroit croire à Ghemerault qu'elle aaroit rompu par l'aris de son Ém. Voilà mon sentiment, n

Voici maintenant on certain nombres d'autres lettres du P. Carré, de Bullion, de Chavigny, de Richelieu, dans leur ordre chronolc^que et jusqu'au jour où le cardinal, désespérant de gagner M^ de Uautefort, résolut de la

perdre.

Ibid., t. LXXXIX, fol. 23.

Le P. Carré au cardinal, 7 août 1638.

« Monseigneur,

« Hier matin H^* Jussy me vint voir, et, auparavant que de se confesser, m'avertit, hors du confessionnaire, de quelque chose dont }e dois donner avis à votre Éminence : que M. le président de Bailleul, chancelier de la Reine , étoit à Saint-Germain , logeoit , bu voit et mangeoit avec sa femme chez M™' la marquise de Senecé, qu'elle avoit entendue murmurer fort hautement. Quels si grands secrets pouvoient être entre la Reine , M*"* la marquise de Senecé, et ledit Tieux président qui parloient si longtemps et si secrètement ensemble? Le Roi et votre Éminence étant absens, j'ai cru être obligé de donner cet avis ; car je suis assuré de bonne part du peu d'affection et d'intelligence de la maîtresse ^ avec celui à qui je renouvelle mon obéissance tous les ans. Je me réjouis néanmoins de ma fidélité à l'avoir averti en temps et lieu de la pure vérité touchant ce point J'ai bien peine à me persuader que le Roi y puisse jamais profiter, quel artifice qu'il y apporte. L'amour qu'il porte à la fille dame > détournera tout. C'est le bruit de Paris que j'ai appris aujourd'hui de la plus grande dévote de toutes mes filles spirituelles.

« Jussy m'a dit aussi que M. de La Cheanaie, lorsque le Roi partit, lui avoit dit que Sa Majesté avoit grande confiance en elle, et que même elle avoit toujours tenu son parti lorsque la fille dame s'oublioit de son devoir durant le temps des premières intelligences, que le Roi la prioit de tenir toujours bon pour lui et d'empêcher ladite fille de prendre aucun parti que le sien, etc. »

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