Vie imprimée
48 MADAME DB HAUTËFORT.
fermes partisans de Richelieu, eût été sûr de luimême et d'une admiration fidèle devant tant de coups frappés sans pitié, devant tous ces exils, devant tous ces échafauds? Les contemporains ne virent guère que cela. Richelieu laissa une mémoire abhorrée, et, vivant, il n'eut pour lui qu'un très-petit nombre de politiques, à la tête desquels était Louis XIll ; et encore celui-ci, à la mort de son redouté ministre, en approuvant et en gardant le système, fut d'avis de le pratiquer différemment. Mettons-nous donc à la place d'une jeune fille sortie d*une race féodale, appelée à la cour par la Reine mère, et jetée à quinze ans dans celle d'Anne d'Autriche. Disons-le : plus son cœur était noble, moins son esprit pouvait voir clair dans le fond des affaires du temps. M""* de Hautefort ne connaissait ni les intérêts de la France, ni Fétat de l'Europe, ni l'histoire, ni la politique. Tout son esprit, si vanté pour sa vivacité et sa délicatesse, était incapable de percer les voiles du passé et de l'avenir, et le présent la blessait dans tous ses instincts d'honneur et de bonté. Gracieusement accueillie par Marie de Médicis, au bout de quelque temps elle l'avait vue exilée, et elle apprenait que sa première protectrice, la femme de Henri le Grand, la mère de Louis XIII, dont les torts surpassaient son intelligence, était réduite à vivre en Relgique des secours de l'étranger. Elle n'avait pas connu la première jeunesse un peu légère d'Anne d'Autriche. Depuis 1630, elle n'avait rien aperçu qui pût choquer la sévérité de ses regards. Elle trouvait fort naturel qu abandonnée et maltraitée par son mari, la Reine en appelât à son frère le roi