Jérasalem délivrée^ chant xvi
les protestants de la ville et de la province. Or, la Mvse historique de Loret, en nous parlant, (livres m, rv, v et VI, de 1652 à 1656), du séjour du duc et de la duchesse de Schomberg à Metz, nous raconte divers traits du zèle ardent du duc et surtout de sa femme pour la même cause. Ils favorisèrent de toutes leurs forces, ou plutôt ils partagèrent l'apostolat du jeune et éloquent archidiacre. Tantôt c'est un soldat luthérien qui, condamné à être pendu pour avoir tiré un coup de pistolet sur une image de la Vierge, est arraché à la mort par M"*« de Schomberg qui le sauve et le convertit, après avoir pris le conseil de savants ecclésiastiques parmi lesquels se devait trouver Bossuet. Muse historique, livre iv, lettre 23« du 28 juin 1653 :
« L'autre joar arriva Tesclandre
Dans Metz que vous aUez entendre.
Deux gens de guerre, luthériens,
Ou plutôt deux méchans vauriens,
Par une noire félonie.
Insolence, rage et manie.
Voyant Timage en quelque lieu
De la sainte mère de Dieu,
De deux pistolets la percèrent.
Dont tous deux fort. mal se trouvèrent;
Car Schomberg, gouverneur de Metz,
Grand chrétien, s'il en fut jamais,
Les fit soudain chercher et prendre,
 dessein de les faire pendre.
Mais sa très-aimable moitié,
Ayant conçu quelque pitié
De Tun des deux, lequel proteste
Que son action il déteste.
Interpose fort son crédit
Pour sauver cet homme interdit;
Mais avec cette clause expresse
QuMl faudra qu'il aille à confesse
Aujourd'hui, plutôt que demain,
Et qu'il soit toujours bon Romain.
Mais auparavant œ faire,
4f2 APPENDICE. NOTE HUITIÈME.
Cette duchesse débonnaire, Pour ne faillir en cas pareil, A très- sagement pris conseil De maint docteur irréprochable^ Touchant son projet charitable, Que plus d'un scrupuleux barbon Ont trouvé méritoire et bon.
Le plus grand plaisir de la dame.
Ce seroit de gagner une &me.
De rinstruire et de la sauver ; Dieu la veuille bien conserver.
Car jamais femme prude et belle Ne Ta si bien mérité qu'elle. »
Tantôt c'est une jeune fille qui, après avoir pris Thabit militaire et servi dans un régiment lorrain, faite prisonnière par des gens du duc de Schomberg, est rendue à son sexe et peu à peu amenée par les soins de la bonne duchesse à échanger la vie des camps pour œlle des cloîtres. Livre iv, lettre 36« :
« Enfln cette jeune guerrière.
Désirant d'une autre manière Passer à l'avenir ses jours.
Et goûtant les sages discours De madame la Gouvernante, Toujours bonne et toujours charmante, A pris la résolution De se mettre en religion.
Pour rendre aux autels des services.
Pour vaquer aux saints exercices^ Pour méditer sur les hazards Qu'elle a courus en suivant Mars ; Et bref, en imitant les anges.
Pour rendre à Dieu mille louanges D'avoir avec tant de bonheur Sauvé sa vie et son honneur, n
Tantôt c'est un juif converti et baptisé auquel elle sert de marraine. Livre iv, lettre 38«, du 19 septembre 1654:
« Ledit duc (de Schomberg), avec joie extrême, Le tint sur les fonts de baptême,
Et cet objet partout chéri Dont il est Tillustre mari.
Cette Dame que chacun prise.
Dont Tabsence me martyrise, Si l'on ne m*a point abusé, Fut marraine du baptisé.
Ainsi ces deux chères personnes, Si nobles, si sages, si bonnes, Cultivant avec grand bonheur La vigne de Notre-Seigneur, Tant ledit Monsieur que Madame, Ont déjà ramené maiote âme.
Par leurs soins et leur charité.
Au sentier de la vérité, Les dégageant du judaïsme, Du luthérisme et calvinisme.
Dont plaise à Dieu les guerdonner, Et toujours santé leur donner, n
Quand Bossuet eut ramené à l'église les deux frères de Veil, qui plus tard devaient l'abandonner, le plus jeune excita tellement l'intérêt de Schomberg et de sa femme qu'ils se décidèrent à l'envoyer à Paris où le Roi et la Reine lui servirent de parrain et de marraine. Livre vi, lettre 23®, du 12 juin 1655 :
« • ... Un jeune Israélite ou Juif, De la ville de Metz natif.
Qui pourroit faire des harangues Du moins en trois ou quatre langues, Parlant hébreu facilement, Comme je parlerois normand.
Et la langue arabe et chaldée Encor mieux qu'une possédée :
Enfin, ce jeune jouvenceau Que Ton dit avoir l'esprit beau.
Et que Schomberg, duc et duchesse, Avoient converti pour la Messe, Étant à la cour arrivé, Fut si sage et prudent trouvé.
Que témoignant un zèle extrême Pour le sacrement du baptême.
Et renonçant d*un sens rassis A la secte des circoncis, Il eut pour parrain et marraine.
Le Roi notre Sire, et la Heine. »
Aussi est-ce au maréchal de Schomberg que Bossuet dédia son premier ouvrage : la Réfutation du Catéchisme du sieur Paul Ferry, ministre de la religion prétendue réformée, etc., Metz, 1655, in-4<». Nous donnons ici cette dédicace, parce qu'elle atteste que Bossuet se tenait déjà comme engagé envers le maréchal et sa femme par les services et les bienfaits qu'il en avait reçus.
Œuvres de Bossuet, édition de Lebel, tome XXXm :