‹ Madame de HautefortChapitre 165 sur 182 · PORTRAIT DE M»* DE SCHOMBERG · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE M»* DE SCHOMBERG

il est du plus beau naturel du monde, et les plus étudiés n*ont rien qui puisse entrer en comparaison avec lui , quoiqu'il semble qu*il n'ait aucune étude. Olympe a la conversation vive , toujours divertissante, et jamais ennuyeuse. Ses réparties sont à propos et spirituelles, et dans la justesse; et quand on se lasse de tenir sur le tapis des affaires plus importantes, elle ajuste avec tant de galanterie les bagatelles les plus simples qu'on y trouve à se divertir également. Jamais personne n'eut un meilleur goût pour les bonnes choses; elle a le don de discernement pour toutes, et la peine qu'elle ne prend point de s'instruire en feuilletant les livres , lui donne le plaisir d'entendre avec attachement les gens qui en ont la connoissance. Elle s'applique assez volontiers aux ouvrages qui courent les ruelles et qui volent parmi le beau monde. Elle ne passe point par les beaux endroits de prose qu'elle ne les remarque en toutes les circonstances, et c'est sans doute ce qui est cause qu'elle fait des lettres si jolies. Pour les vers, c'est sa passion; et quoiqu'elle n'en fasse point, elle les récite comme si elle les faisoit, et de cette manière qui règne en tout ce qui vient d'elle , c'est-à-dire toujours tendre et passionnée. Aussi prend-elle un particulier divertissement à la comédie et aux concerts des violons, qui touchent les sens et réveillent si agréablement les belles idées. Mais elle donne rarement ses heures à des occupations qui ont une suite si favorable à la médisance. Elle passe plutôt le temps inutile à jouer, à faire des parties pour la promenade avec des compagnies dont la pureté dissipe d'abord tout le venin des mauvaises langues. Elle n'est point pour cela ennemie de la solitude; au contraire elle la cherche quelquefois même au milieu de la ville , et va à la campagne pour en jouir à son aise et en plus de liberté. Mais comme la cour est le centre des personnes qui y ont été nounies et élevées dès la plus tendre jennesse, c'est où elle se plaît davantage, et où s'étant jointe à celles de sa sorte elle auroit assez d'attache à démêler des intrigues , s'il s'y rencontroit un peu moins d'infidélité; car elle est capable des plus grandes menées et des plus sérieuses, et il lui en a passé quelques-unes par les mains qui auroient fait voir un grand changement de théâtre , si le fil n'eût point rompu sur la fin de la trame, et si la pièce eût pu s'achever.

a Je pense, Monsieur, que je ne ferois point mal de finir ici la mienne brusquement, et de vous annoncer quil m'est avis que j'ai tellement défiguré Olympe au tableau que j'en viens de tirer, que j'ai raison d'appréhender que vous ne la reconnoissiez point du tout. J'en jette de honte et de chagrin les pinceaux et les couleurs par terre, et vais essayer de me consoler avec les paroles du galant qui contoit des fleurettes dans les jardins du palais d'Armide. Quand sa miUtresse voulut se regarder dans son miroir, il entreprit de lai

persuader que la glace no pouvait représenter toutes les beautés qui étoÂent en elle :

Non pno^ lui dit-il, specchio ritrar si dolce imago, Né ia picciol yetro d nn paradlse accolto.

Specchio t' è degno il cielo, e nellestelle Paoi riguardar le tae sembianxe belle K

« Tirez une conclusion fayorable pour moi; et si vous ne jof^ pas qu'elle puisse sauver Thonneur de mon pinceau, c*est à ce coup qu'il faut passer hardiment l'éponge sur les traits quil a formés sealement dans l'intention de vous plaire et de vous divertir quelques momens. Je m'imagine que c'est le meilleur conseil que vous puissiez prendre pour ma réputation, et pour celle d*01ympe, que les Apelles seuls auroient droit de peindre, si mes sentimens étoient des lois à tous les esprits. »

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