‹ Madame de HautefortChapitre 175 sur 182 · V« LETTRE · texte numérisé non relu

V« LETTRE

« A Madame, Madame la marquise d^Otefort, à Greru>ble.

a Madame, je n*ai point encore tu Villepreux, parce qae nous étions chez la Reine à l'heure du cercle. Je ne manquerai à faire ce que vous me commandez pour M. le Garde des Sceaux. Je crois qu'il sera plus juste. Je ne solliciterai à cause de mon intérêt, mais parce que vous le désirez. L'on dit que Bélînghan a eu le commandement que TOUS dites. Je ne sais pas si l'on lui a défendu d'écrire en France; je ne vois pas de quoi l'on l'accuse. Je crois que dans deux ou trois mois le Roi mandera qu'il revienne. Je montrai la lettre que vous m'ayez fait l'honneur de m'écrire. Elle nous a rendu réponse. Grino est allée aux champs. L'on dit qu'elle reviendra quatre jours après les Rois. M. le comte envoie savoir de ses nouvelles. Âujourdîiui, M. de Montmorency l'ira voir lui-même. Le maréchal de Bassompierre y envoie son neveu* ,

« M. le cardinal a yu la Reine à Luxembourg i. Le Roi et Monsieur ramenèrent dans son petit cabinet où elle étoit avec le cardinal Bagni. La Reine lui a pardonné. Nous sommes venues au Louvre. La Reine a parlé deux heures à M. le cardinal; il n^ avoit que le père Souffran*.

« L*on tint hier conseil. La Reine a fait prier le Roi qu*il ne se tint plus chez elle, tellement que quand elle y veut aller, elle mon* tera chez le Roi.

« L*on demandera congé à la Reine pour que (mot indéchiffrable) vienne en notre chambre, parce qu*il est toujours amoureux de Cressias.

« M. de Montmorency vint hier au soir ici ; il est maréchal de France. L'on dit qu*il sera après cela connétable. M. de Toiras est maréchal de France.

a II y a huit jours que le Roi est en cette ville, et s'en est retourné aujourd'hui à Versailles et reviendra demain, et il sera fort content.

« Nous servons tous les Jours la Reine. Le Roi sy trouve quelquefois et Monsieur qui y soupe. Le Roi n'y soupe point. I^ Reine s'en va à son grand cabinet, et le Roi demeure avec nous autres. J'ai prié M. le chevalier (qui) m'a promis de parler à M. de Montmorency; il dit qu'il sera notre procureur, mais que vous le serviez à Grenoble.

« Je vous supplie de me croire, Madame, votre très-humble fille et servante.

« Marie d'Otefort. »

Cette lettre si intéressante et qui fait regretter vivement le reste d'une telle correspondance, se date d'ellemême. Elle est du 28 décembre 1630, comme l'établit M. Tabbé Blampignon, d'après tous les faits qui y sont rapportés. Le conseil « que Ton tint hier » est du 27 décembre d'après le Journal de Richelieu, t. I«% p. 22 et 23.

La Reine mère avait consenti à revoir le cardinal après la Journée des Dupes; et l'entrevue s'était faite au Luxembourg. La réconciliation ne devait pas durer longtemps, et l'ascendant définitif de Richelieu l'emportait deux

1. Nous dirions aujourd'hui: an Luxembourg; l'autre locution prévalait an XVII* siècle.

2. Ou Soffren, jésuite, directeur de la reine Marie de Médicis.

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