‹ Madame de HautefortChapitre 69 sur 182 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Il avait la mine haute et le plus grand air*, et il faisait profession de la noble galanterie qui était alors à la mode. Il n'appartenait à aucun parti, et était étranger à toute intrigue : il servait la Régente et Mazarin, comme il avait servi Louis XIII et Richelieu, faisant son devoir plus que sa cour, respectueux avec dignité, et dans la posture la plus indépendante. Il venait de perdre sa femme, qui avait apporté dans sa maison un second duché, celui de Halluin; il n'a- Tait pas d'enfants, et songeait à se marier de nouveau. Depuis longtemps, il connaissait la belle Marie; il l'avait vue arriver à la cour, et croître chaque année en beauté et en vertu; il l'avait suivie et admirée

1* Vie imprimée t « Il y avoit alors à la cour un héros, M. le marchai duc de Schomberg, qui étoit d*un mérite et d*une valeur eitraordinaires. Il avoit les premières charges de la cour ; il ne Toyoit que les princes au-dessus de lui. Il étoit fait à peu près comme on dépeint les héros de romans : il était noir; mais sa mine haute, guerrière et majestueuse, inspiroit du respect à ses amis et de la crainte à ses ennemis; il étoit magnifique, libéral, et avoit fait des dépenses extraordinaires dans les emplois qu'il avoit eus en commandant les armées de la France. Sa mine étoit tellement pleine de majesté qu'un jour, étant chez une dame et étant dans la ruelle ftvec un habit fort brillant d'or et d'argent, une nourrice de cette dame entrant dans la chambre, en fut si surprise qu'elle s'approcha d'une demoiselle et lui demanda quel roi était là auprès de sa maîtresse? L'ingénuité de cette villageoise fut trouvée fort raisonnable et bien naturelle d'avoir cru qu'il n'y avait qu'un roi qui pût être fait comme celui qu'elle voyoit auprès de sa maîtresse. Il étoit ^^1 audacieux à là guerre, mais doux et galant auprès des dames : ^ chaitoit bien, il faisoit des vers, et on pouvoit dire qu'il possédoit ^ut à la fois les vertus guerrières et la galanterie. » Les portraits SraTés du maréchal de Schomberg ne démentent pas cette flatteuse description. Voyez surtout celui de J. Picard; in-fol., de l'annô% 1638

dans toutes les ricissitudes, et trouvant en elle une piété solide unie à Tesprit le plus charmant, une grâce parfaite arec une dignité qui imprimait le respect, il jeta les yeux sur elle pour en faire la compagne de sa Tie. Le maréchal duc de Schomberg n'était pas un parti à traiter légèrement, et de toute manière il convenait et plaisait même à M"»« de Hautefort. Hais, en digne élève de l'hôtel de Rambouillet, sans paraître insensible à ses hommages, elle les accueillît avec une extrême réserve, et laissa le noble guerrier soupirer quelque temps. Entre ces deux personnes si bien faites Tune pour l'autre, le seul obstacle était le peu de goût du maréchal pour les Importants et son loyal attachement à Mazarin. Les Importantes de l'intérieur de la Reine, M"« de Saint-Louis à leur tête, repoussaient Fîdée d'un tel mariage, et le combattaient de toutes leurs forces, craignant que le maréchal ne leur enlevât leur meilleur appui auprès d^Anne d'Autriche. De son côté, et par la raison contraire, Mazarin favorisait les démarches de Schomberg^ il comptait, oa qu'il amènerait sa femme à partager ses opinions et sa conduite, ou au moins qu'elle quitterait la cour

1. La Vie imprimée ni même la Vie manascrite ne disent pas qu'en 1643 le maréchal de Schomberg rechercha M"* de Hautefort

ous devons ce curieux renseignement aux carnets de Maiarin. II* Carnet, correspondant au mois de juin et de juillet 1643, p. 5 : « Schomberg, matrimonio; che avantaggio farà la Regina, etc. » lU* Carnet, correspondant au mois d*août et aux premiers jours de septembre, p. 4 : « Marchesa di San-Luis travaglia dalla parte d*Otfopty et si oppone al matrimonio di Schomberg, perche è amicô mio. »

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