‹ Madame de HautefortChapitre 76 sur 182 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

« M*® de Hautefort s'est vantée d'avoir fait connoltre à la Reine les raisons de sa conduite et de lui avoir parlé de façon à lui faire bien comprendre qu'elle demanderoit son congé si on ne la traitoit pas mieux. » Puis vient cette remarque en espagnol évidemment destinée à la Reine : u Elle avoue qu'elle a pleuré, mais que ce n'étaient pas des larmes de tendresse. »

L'emprisonnement du duc de Eeaufort aigrit encore cette situation difficile. Nous qui savons aujourd'hui, à n'en pouvoir douter*, que Eeaufort était coupable, nous approuvons la conduite de Mazarin; mais, les preuves juridiques faisant défaut, ceux qui n'étaient pas dans les secrets de M"® de Ghevreuse pouvaient fort bien croire que toute cette conspiration, dont on faisait tant de bruit, était une invention du cardinal pour se défaire de ses ennemis. C'était là l'opinion sincère de bien des gens, et par exemple du vertueux évêque de Lisieux, le fidèle ami et défenseur des Vendôme. Pourquoi M"® de Hautefort aurait-elle été plus clairvoyante ? Elle n'avait pas lu les mémoires d'Henri de Gampion, et elle croyait Beaufort innocent. On conçoit alors quelle dut être sa douleur en voyant la Reine se prêter à ce qui lui semblait une lâche vengeance et sacrifier à un favori italien le petit-fils de Henri IV. Elle eut bien de la peine à suivre, comme M™* de Sénecé, le mot d'ordre

habian sido en esto no de ternezza. Que en fin S. M. le habia dado a bcsar la man de persuasion. »

i. M'*** DE Ghevrbuse, chap. vi.

donné par Tévéque de Limoges : souflfrir en silence, demeurer à son poste, et attendre les occasions favorables ^

Dans le parti des Importants, les politiques vaincus et détruits avaient entièrement cédé la place aux dévots qui s'agitaient plus que jamais. Ils avaient tiré de Noyers de sa retraite de Dangu, et plaçaient en lui leur espérance, comme en un autre Ghâteauneuf. A défaut de Tévêque de Lisieux, exilé dans son diocèse, ils mettaient en avant le père de Gondy, le père Vincent, les religieuses du couvent des Filles-de-Saînte- Marie, des Carmélites et du Val-de-Grâce. M"** de Hautefort était parmi les saints ce qu'avait été M"® de Ghevreuse parmi les politiques, et elle lui avait succédé dans les ombrages et les alarmes du cardinal. Comme nous l'avons dit tout à l'heure , elle ne faisait, elle ne disait rien dont il ne fût sur-le-champ informé. Plusieurs des rapports qu'on lui adressait sont tombés entre nos mains*, et nous montrent la

i. IV" Carnet, p. 65: « Gonsiglio di Limoges a Seoese... di far baona mina, di non offéndersi di cosa alcuna et aspettar il tempo più farevole. » Ibid., p. 80 : « Otfort Tistessa cosa con Seoese. Odiano la Regina a morte, e son risolute di soffrire, adulare e dissimulare, finche si presenti loro occasione àk farmi del mal. Otfort vide in particolare diverse persone delli Importanti. Tutto si discute in casa di S. Lais e di Limoges, e li precetti si danno poi alli suddetti per governarsi conforme ad essi. »

2. Archives des affaires étrangères, France, t. GXLIII, trois pièces de Tannée 1643, égarées dans Tannée 1652. Elles sont de mains différentes, et sur des papiers différents. Quelqu'un écrit les observar tiens faites par une autre personne, qui est appelée VOracle. Mazarin avait donc deux espions autour de M™* de Hautefort : VOracle était le principal. Les trois pièces ont diverses dates et portent ce titre commun : Touchant la conduite de M^ de Hautefort,

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