‹ Madame de HautefortChapitre 75 sur 182 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Dans une soirée du mois d'août 16^3, Anne d'Autriche, étant seule dans sa chambre avec une de ses remmes, M"® de Beaumont, et Beringhen, premier yalet de chambre du Roi, se plaignit à eux de la coq« duite de leur amie et du peu de respect qu'elle té» moignait pour son gouvernement et pour elle-même. M"*' de Hautefort, qui était dans un cabinet voisin, entendit ce discours, et, se présentant à l'improviste, se défendit avec sa vivacité accoutumée. L'explication fut orageuse, et suivie d'un de ces raccommodements, avant-coureurs certains d'une rupture inévitable. M»*de Motteville, honnête et bonne, mais toujours un peu femme de chambre, ne manque pas de prendre ici le parti de sa maîtresse : « Nous pouvons, dit-elle S dire nos avis à nos maîtres et à nos amis; mais quand ils se déterminent à ne pas les suivre, nous devons plutôt entrer dans leurs inclinations que i suivre les nôtres, quand nous n'y connoissons point I de mal essentiel et que les choses par elles-mêmes sont indifférentes. » Voilà certes de belles maximes de cour, mais qui n'étaient pas à l'usage de M™* de Hautefort. Elle ne croyait pas du tout qu'il s'agît là d'une chose indifférente, et elle n'avait pas autrefois résisté à l'amour de Louis XIII, bravé Richelieu, joué sa liberté et sa réputation, pour se réduire au métier d'une domestique complaisante. M""® de Motteville nous raconte ainsi la fln de la scène : « Les larmes furent grandes du côté de l'accusée, et les sentiments

tabouret à sa fiUe, M*"® de Fleix, aussi superbe que sa mère, et finît par la faire elle-même duchesse de Raodan.

\. M"» de MottevUle, 1. 1» p. 168.

de même; mais enfin, ayant témoigné un grand désir de ne plus déplaire à celle à qui elle devoit toutes choses, elle lui dit tout ce qu'elle put pour justifier ses intentions et l'emportement qu'elle avoit eu. La Reîne, qui étoit bonne et naturellement aimable, lui pardonna de bonne grâce, et, lui donnant sa main à baiser, lui dit en riant, pour apaiser son amertume : (( Il faut donc aussi. Madame, baiser le petit doigt, car c'est le doigt du cœur, afin que la paix soit parfaite entre nous. »

Mais ce n'étaient là de part et d'autre que de trompeuses apparences. Nous savons à quel point Anne d'Autriche était dissimulée, et M"® de Hautefort avait promis plus qu'elle ne pouvait tenir. Il lui échappait sans cesse de généreuses imprudences que Thabile Mazarin ne manquait pas de tourner contre elle. Sans s'en douter, elle était entourée d'une police attachée à ses pas. Gomme autrefois itichelieu était parvenu à gagner une de ses meilleures amies, la belle et odieuse M"* de Ghémerault, son successeur avait aussi corrompu quelque valet ou quelque femme de chambre en relation habituelle avec la dame d'atours, et qui tenait note de toutes ses actions et de toutes ses paroles; et lui s'empressait de les rapporter à la Reine chargées et envenimées. Voici, par exemple, comment, dans les carnets de Mazarin, est représentée la scène racontée par M">** de Motteville * ?

i . m* Carnet, p. 59 : « Otfort ha detto che haveYa parlato in modo dà farli conoscere. che 11 dimaadarebbe licenza, mentre non fosse tratta^ta meglio. » — « Que habia llorado, mas que las lagrimas

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