‹ Madame de HautefortChapitre 82 sur 182 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

amis, qui lui demeurèrent fidèles et lui prodiguèrent toutes les marques de considération et de tendresse. Un poète de la cour, qui avait servi d'interprète à la passion précoce du jeune Roi, Benserade, ne craignit pas d'adresser à la noble disgraciée des stances où il la félicitait d'une retraite qui, en rendant le calme à son âme, apportait chaque jour à sa beauté de nouveaux attraits :

D*où vient sur votre teint cette fraîcheur nouvelle?

Vous avez éprouvé le tracas et la peine, Maintenant vous goûtez un repos assez doux.

Vous obligiez les gens d*une ardeur sans seconde, Et dans Tempressement dont vous parliez pour eux Vous travailliez, ce semble, à faire que le monde N*eût plus de malheureux.

Au lieu que vous n'avez au séjour où vous êtes Ni troubles dans l'esprit ni fatigues au corps. Vos méditations y sont libres et nettes De crainte et de remords.

Votre âme qui n*est pas de la trempe commune, Et dont les mouvements sont sublimes et droits, Fait aussi peu de cas du vent de la Fortune Que des soupirs des Rois.

Dieu de sa propre main vous tire de la foule Pour vous entretenir.

dorestime, je m'engageai à la Reine à ne la plus voir. Le commandeur de Jars, beaucoup plus son ami que moi, qui ne manquoit pas i^e fidélité pour ses amis, en fit autant que moi et ne la vit plus que quand elle se maria. »

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G*est ce commerce étroit qui fait durer yos charmes. Et les rend plus brillants au plus fort du malheur.

Enfin, c'est d*où vous vient cette fraîcheur nouvelle Qui vous fait éclater mieux que vous n'éclatiez. Qui rend vos yeux plus vifs, et qui vous fait plus belle Encor que vous n'étiez i.

Un autre poëte, le Père Le Moine, se piqua aussi de fidélité envers M"® de Hautefort, et célébra sa disgrâce comme il avait fait sa faveur, par un second emblème du même genre que le premier. Il figura une étoile qui tombait du ciel, et traçait derrière elle un long sillon. La devise était : Sequitur lux magna cadentem, avec ces vers :

De la scène illustre et roulante Où longtemps j'ai paru si belle et si brillante. Je tombe sans avoir mérité mon malheur.

Mais ne me plaignez point : je tombe toute entière,

Et j'apporte avec ma grandeur

Mon innocence et ma lumière*.

Rendons justice aussi à Mazarin : satisfait d'avoir écarté cette noble ennemie, il n'eut pas la pensée de la persécuter. Loin de là, fidèle à sa maxime de ne pousser personne à bout, il fit arriver jusqu'à elle

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