CHAPITRE CINQUIÈME
conr. « Elle * ferma le rideau de la Reine, comme elle avoit accoutumé les autres jours, et lui dit : « Je vous assure, Madame, que si j'avois servi Dieu avec autant d'attachement et de passion que j'ai fait toute ma vie Votre Majesté, je serois une grande sainte. » Et levant les yeux sur un crucifix qui étoit .auprès du lit, elle dit tout haut : « Vous savez. Seigneur, ce que j'ai fait pour elle I » La Reine ne répondit rien, et M"« de Hautefort compta sûrement que le lendemain elle auroit un ordre de se retirer, et le lendemain en effet elle eut cet ordre comme elle l'avoit prévu. »
M"® de Motteville, Tallant voir dans sa chambre avant son départ, la trouva u assez forte sur son malheur. » Mais son âme, qui d'abord n'avait pas jeté un seul soupir, finit par éclater avec force, à ce point qu'elle tomba malade. Le jour suivant, étant un peu remise et soulagée par deux saignées qu'on lui fit la nuit, elle sortit du palais « regrettée de tout le monde, » dit M"« de Motteville, et la Reine ou plutôt Mazarin commanda qu'on ne fit aucune sollicitation en sa faveur*. Ce fut en ce moment que lui revinrent
2. Archives des affaires étrangères, Fbancb, t. CVI, lettre de Gandin à Serrien du 17 avril : « M™* de Hautefort a eu son congé kUr pour avoir parlé avec peu de respect à la Reine. » — Ibid., lettre du 23 : a Le cardinal Mazarin se seroit fait prier par la Reine^ après le congé donné à la dite dame, de ne lui en point parler à la sollicitation de ses amis, et qu'il n'y auroit point de quartier pour elle.» Bibliothèque Mazarine, Lettres manuscrites de Maxarin, lettre à Beringhen, pendant que celui-ci était en Hollande^ du Id avril 1644 : « ... Vous serez surpris de la nouvelle du congé que la Reine donna avant-hier à M™" de Hautefort. La chose arriva sur quelque demande que faisoit à Sa Mijesté ladite dame pour Tintérèt de
tristement à la pensée les prophétiques paroles que Louis XIII lui avait souvent répétées : « Vous avez tort; vous servez une ingrate. » Mais M"** de Hautefort se souvint aussi de Louise-Angélique de L«^ Fayette, et elle résolut de Timiter. Le vrai et sérieux christianisme, qui lui avait interdit de rester à la cour pour y être une duègne complaisante, lui montra Tasyle placé au-dessus des disgrâces comme des faveurs des rois: elle se fit mener au couvent des Filles de Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine, et elle songea à y devenir religieuse.
Dieu en avait disposé autrement : Marie de Hautefort devait rester dans le siècle pour en être l'ornement et le modèle. Son malheur lui fit bien perdre quelques amis de cour : elle ne revit plus ni M°® de Motteville, qui l'aimait beaucoup et qm obéit à regret à la Reine, ni même le chevalier de Jars, devenu avec rage et une riche commanderie bien diflférent de lui-même, et que retint la crainte de déplaire à Mazarin ^ Mais elle était faite pour avoir d'autres
quelqu'un de ses amis. Elle le porta si ayant que de paroles en autres, Sa Majesté vint à blâmer la conduite de certaines personnes. M**** de Hautefort, ayant pris cela pour elle, mit le marché à la main de se retirer, ce que Sa Majesté, qui étoit déjà mal satisfaite de sa conduite, accepta sur-le-champ, et depuis a défendu à tout le monde de lui en parler. »
1. M™« de Motteville, 1. 1, p. 210 : « Je n'osai plus l'aller voir, parce qu'en parlant d'elle à la Reine et lui demandant en gr&ce qu'elle ne trouvât pas mauvais que je l'allasse voir, cette princesse m'avoit répondu froidement que j'étois libre et que j'en pouvois user comme je voudrois. Je lui dis, en lui baisant la main, que je ne le voulois pas être pour faire jamais aucune chose qui pût lui déplaire; et lui devant tout^ et rien à M*"* de Hautefort que de la civilité et