‹ Madame de HautefortChapitre 84 sur 182 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

des paroles d'espérance*. Sachant même à quel point elle aimait son jeune frère, le comte de Montignac, qui servait honorablement, il lui fit donner la lieutenance de la compagnie des gendarmes de Monsieur, le petit duc d'Anjou*, et renvoya au mois d'août 164^ faire la campagne de Flandre sous Gassion, dans l'armée du duc d'Orléans*. M"« de Hautefort n'était pas femme à se laisser vaincre en généreux procédés. Elle n'affecta pas de croire qu'elle n'était pour rien dans la faveur accordée à son frère, et du fond de sa pieuse retraite , elle remercia le cardinal avec

1. Mémoires de La Porte (Coll. Petitot], p. 411 : « Pendant Pété de 1644, la cour étant à Fontainebleau, il m'appela ( le cardinal ) et me demanda ce que faisoit M"** de Hautefort. Je lui dis que je croyois <in'elle prioit Dieu, et que Je ne lui yoyois point d'autre recours. Il me dit qu'il n'y ayoit rien de désespéré, et que son accommo* dément dépendoit de sa conduite. G'étoit sa façon d'agir; car il n'a jamais poussé personne à bout qu'en môme temps il ne lui ait donné des espérances pour l'empêcher de se porter aux eitrémités contre lui. »

2* Mémoires de La Porte, ibid., p. 398 : « Durant cet intervalle, je fus en état de rendre service à mes amis... j'obtins pour M. le comte de Montignac, frôre de M"*" de Hautefort, la charge de capitaine-lieutenant des gendarmes de Monsieur, et Je fis donner une place de femme de chambre de la Reine, vacante par la mort de M°* de Lingende, à M™» de la Moussardière, qui étoit à M"*« de Hautefort, laquelle me laissa demander toutes ces choses parce <lQ*elle ne vouloit pas avoir d'obligation à Son Éminence. Elle ne demandoit rien, ce qui faisoit que ses proches ne s'en trou voient pas mieux. » Cependant Mazarin dit, IIP Carnet, p. 61 : « M™* di Lingiande muore, et M*"* di Otfort la dimanda per la Mussardîera. ^ir il negotio délia compania per il fratello di M'"* di Otfort. u

3. Archives des affaires étrangères. Frange, t. GVIII, lettre de Gaadin à Servien, du 20 août 1644 : « La Reyne envoya le sieur de Montignac, avec la compagnie des gendarmes de M. d'Anjou, qui de 300 maistres fort lestes, à M. de Gassion. »

un mélange de loyale reconnaissance et de délicatesse un peu superbe qui la peint à merveille. Vivement touchée, elle le témoigne avec effusion, mais elle s'arrête assez vite, de peur que l'expression bien naturelle de sa reconnaissance envers le tout-puissant ministre et de sa fidélité envers la Reine ne semble un premier pas pour prétendre à une autre grâce, et une sorte de pétition pour rentrer elle-même à la cour.

« Monseigneur,

« Bien que l'état auquel je me trouve me dût défendre la hardiesse que je prends d'écrire à Votre Éminence, néanmoins l'obligation dont je suis depuis peu redevable à sa bonté en la personne de mon frère m'est si sensible, qu'étant réduite à la nécessité ou de manquer en quelque façon au respect que je lui dois ou de passer pour méconnoissante S j*ai cru, Monseigneur, que vous excuseriez plus facilement ma liberté en cette rencontre que vous ne feriez mon peu de ressentiment d'une grâce qui m'est si chère. Votre Éminence, ayant délivré mon frère du malheur dont li étoit menacé *, ne peut pas douter que faisant profession d'honneur il n'expose son bien et sa vie pour son service. Et comme, Mon-

1. ExceUent mot, alors fort usité, et dont la perte nous parait regrettable, la nuance qu'il exprime n'étant pas tout à fait celle du mot ingrat.

2. Le malheur d'être enveloppé dans la disgr&ce de sa sœur et de voir sa carrière brisée*

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