CHAPITRE CINQUIÈME. U
seigneur, ce bienfait me regarde par diverses raisons, croyant bien que Votre Éminence m'a fait Fhonneur de m'y considérer, tant par sa générosité que par les très-humbles services que j'ai tâcbé toute ma vie de rendre à la Reine, j'ose vous supplier de croire que je ne me suis jamais séparée de la fidélité que je de- Tois à Sa Majesté ; et je me justiflerois plus au long de ma conduite vers votre Éminence si je ne craignois qu'ensuite de cette dernière obligation elle ne crût que je prétendisse en attirer une seconde, de celles que je crois être entre ses mains. Je m'estimerai donc trop heureuse si, après avoir tâché de lui donner des preuves de ma reconnoissance par ce foible moyen, le seul qui reste dans mon pouvoir, elle me permet de conserver avec toute sorte de sincérité et de respect la qualité de votre très humble et très obéissante servante,
« d'Haultefort*. »
Elle demeura quelque temps au couvent des Filles de Sainte-Marie, objet du respect public et des soins empressés de ses amis. Ses adorateurs, anciens et
!• Nous avons trouvé cette lettre aux Archives des affaires étrangères, Fbancb, t. GVI, sans date, mais avec cette addition d'une autre main : janvier, 1645. C'est la seule lettre autographe de M"» de Hautefort que nous ayons jamais vue ; nous disons de M™* de Hautefort ; car pour M™* de Schomberg, nous en avons découvert plusieurs billets dans les portefeuilles du docteur Valant, à la Bibliothèque nationale; voyez M™« de Sablé, p. 102, etc. L'écriture de celui-ci est fort négligée. Elle signe en 1645, et plus bas, p. 158, nous la verrons signer encore en 1646, à Tancienne mode : D'HauUefort, tandis que ses deux frères et tous les contemporains écrivent ce nom comme nous le faisons at^ourd'bui. (Voir TAppendicb.)
nouveanx, se réjouirent presque de la voir pauTre et en disgrâce, pour mettre à ses pieds leur fortune et leur cœur. Le duc de Ventadour^ qui jusque-là lui avait fait une cour médiocrement accueillie, déclara hautement qa*il serait heureux de Tépouser, « quand elle n'auroit pas un double Taillant ^ » et , ne s'en tenant pas aux paroles, il fit part de sa résolution à la Reine, et lui demanda son agrément, qui ne fut pas refusé*. Cette fidélité généreuse toucha M"® de Hautefort, mais n'eut pas le pouvoir de la faire sortir de son couvent. Gassion ne fut pas plus heureux. U n'avait pu la voir sans Taimer, ainsi que nous Tavons dit, mais il n'avait pas osé se déclarer. Venant d'être fait maréchal, très-bien avec la cour et avec les Gondé, ayant devant lui la plus brillante carrière, il s'enhardit un peu ; et sans confier son dessein à per* sonne, il prit le parti de risquer lui-même l'aventure, et un jour il se présenta au parloir des Filles de Sainte-Marie. M"® de Hautefort fut bien surprise lorsqu'on l'avertit que le maréchal de Gassion la demandait à la grille. Elle fut bien plus surprise encore et fort embarrassée quand il lui fit une déclaration inattendue, et lui témoigna la passion qu'il avait pour elle, et son intention de l'épouser, si elle daignait y consentir. Elle demeura assez longtemps sans lui pouvoir répondre. A la fin, après avoir rappelé ses es-
i. Archives des affaires étrangères, Fkarcb, t. GVI, lettre déjà citée de Gaudin, du 23 avril.
I 2. Ibid. Lettre du 6 mai : o Sa Majesté consent au mariage de j M°>« de Hautefort avec M. de Yeutadour. » IV* Carnet, p. 24 s « M. di
Veutadour. Otfcrt. »