‹ Madame de HautefortChapitre 86 sur 182 · CHAPITRE GINQUIËHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE GINQUIËHE

prits, elle lui dit qu'elle se sentait tout à fait obligée de rhonneur qu'il lui faisait, que ce serait un trèsgrand avantage pour elle qu'un pareil mariage, qu'elle y voyait un seul obstacle, la différence de religion, parce qu'elle ne se pourrait jamais résoudre à épouser quelqu'un qui ne serait pas catholique. N'ayant pas envie de se convertir, le maréchal prit cette réponse pour un oôngé; il s'en alla fort affligé de n'avoir pas réussi, mais un peu consolé de n'avoir pas eu de témoin de son échec*.

Quelque temps après, la belle recluse reçut une autre visite, ou du moins un autre message qui ne la trouva pas aussi insensible. Elle quitta le saint lûonastère ; sans aller à la cour , elle reparut dans le monde, et bientôt le bruit se répandit que M"** de Hautefort allait devenir la maréchale duchesse de Schomberg. Tous les cœurs honnêtes, sans distinctioD de parti, applaudirent à l'idée d'une union si Men assortie. Une seule personne s'en affligea : ce fut la sœur du maréchal, Jeanne de Schomberg, la duchesse de Liancourt. Elle avait soupçonné quelque chose de la passion que son mari avait autrefois ressentie pour M"® de Hautefort; elle craignit une alliance qui la pouvait rallumer, en exposant M. de Liancourt à voir sans cesse cette beauté redoutable , et elle entreprit d'empêcher le mariage, déjà bien îwancé. Elle dissimula ses véritables craintes; et, allant voir M"«de Hautefort, elle lui dit en toute confidence que M. de Schomberg avait fait de grandes

dépenses à Tarmée et dans ses différentes charges, que sa fortune était à peu près perdue, qu'il avait besoin d'un riche mariage pour rétablir ses affaires, et que, s'il persistait à l'épouser, sa maison était ruinée sans ressources; qu'elle s'adressait donc à l'amitié même qu'elle témoignait à son frère pourpréveoir un tel malheur. On peut se faire une idée de l'impression que lit un pareil discours sur M"® de Hautefort. On lui demandait le sacrifice de sa dernière espérance. Que diraient la cour et Paris d'une rupture aussi imprévue, qu'on ne manquerait pas de rapporter à quelque cause injurieuse? Pourquoi l'avoir tirée du couvent, où, après ce public affront, elle ne pouvait plus rentrer avec le même honneur? Comment M. de Schomberg n'avait-il pas fait toutes ses réflexions avant de prendre un engagement aussi sérieux, et comment Taimait-il si peu de les faire au moment suprême ? Et puis M"* de Liancourt était-elle bien l'interprète de son frère ? Elle-même, en vérité, était-elle obligée d'immoler son bonheur à la fois et son honneur à des considérations qui lui paraissaient bien peu dignes et d'elle et de celui qu'elle commençait à aimer? L'affection, l'ambition, la générosité, le dépit, la honte, se livraient dans son cœur le plus douloureux combat. La générosité l'emporta; elle n'entendait pas nuire à M. de Schomberg, et elle promit à sa sœur que le mariage qu'elle redoutait ne se ferait point. A peine M™® de Liancourt était-elle sortie, que la pauvre femme, épuisée par le noble effort qu'elle venait de faire, tomba dans une affliction voisine du désespoir. Elle était résolue, mais incon-

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