CHAPITRE CINQUIÈME
mençait à ne plus y yoir. » Sensible aux bontés du Roi, elle les déclina avec une constance respeor tueuses et demeura dans la noble solitude qu'elle s'était faite. Elle avait toujours été d'une bienfaisance admirable ; peu à peu ce sentiment devint Fâme et comme la passion de sa vie. Digne élève de saint Vincent de Paul, elle ne retint de sa vivacité et de son ardeur naturelle que le feu sublime de la charité chrétienne. Elle était le recours assuré de tous ceux qui souffraient. Ses aumônes savaient trouver des routes pour arriver partout. Elle était particulièrement attentive aux périlleuses misères des filles et des femmes, et leur venait en aide avec une bonté inépuisable. La maison modeste et retirée qu'elle s'était bâtie dans le faubourg Saint-Antoine, rue de Charonne, à côté du couvent de la Madeleine de Trenelle*, n'était pas seulement une sorte de couvent aussi, où régnait la prière; c'était l'asyle fidèle des opprimés et des malheureux. Au lieu des titres superbes qu'elle avait autrefois portés, et qu'elle avait appris à mépriser, on lui donna le beau nom de la Mère des Pauvres. C'est parmi ces saintes pratiques qu'elle s'éteignit doucement le 1*' août 1691, à soixante-quinze ans. Elle demanda à être enterrée dans la chapelle du château de Nanteuil, auprès de son mari bienassez les sentiments que j'ai pour vous. Louis. De Versailles, le 9 juin 1684. »
2. Prieuré de bénédictines, fondé par la comtesse Mathilde, femme de Thibault, comte de Cliampagne. n fut d*abord établi à Trenelle, en Champagne, puis à Melun, puis à Paris, et la reine Anne d'Autriche en posa la première pierre*
aimé, et Bossuet, qui garda toujours chèrement sa mémoire, ne se rendait jamais à Meaux, même dans les derniers temps de sa vie, sans passer par Nanteuil afin d'aller prier sur ces tombes vénérées.
Posons la plume, et mettons fin à ces peintures d'une société à jamais évanouie, et de femmes que rœîl des hommes ne reverra plus. Encore quelques pages sur M"® de Longueville, et nous aurons dit adieu à ces rêves de nos heures de loisir, que caressa notre jeunesse, et qui nous ont accompagné jusqu'au terme de l'âge mûr. Nous l'avouons : nous ne quittons pas sans regret cet aimable et généreux commerce. Soyez bénies, en nous séparant, Muses gracieuses ou sévères, mais toujours nobles et grandes, qui m'avez montré la beauté véritable et dégoûté des attachements vulgaires. C'est vous qui m'avez appris à fuir les sentiers de la foule, et au lieu d'élever ma fortune, à tôcher d'élever mon cœur. Grâce à vos leçons, je me suis complu dans une pauvreté fière ; j*ai perdu sans murmure tous les prix de ma vie, et j'ai été trouvé fidèle à une grande cause, aujourd'hui abandonnée, mais à laquelle est promis l'avenir. Sou^ tenez-moi dans les épreuves suprêmes qui me restent à traverser. Contemporaines de Descartes, de Corneille; de Pascal, de Richelieu, de Mazarin, de Condé, Anne de Bourbon, Marie de Rohan, Marie de Hautefort, Marthe du Vigean, Louise-Angélique de La Fayette, sœur Sainte-Euphémie, âmes aussi fortes que tendres, qui, après avoir jeté tant d'éclat, avez voulu vous éteindre dans l'obscurité et dans le silence, donnez-moi quelque chose de votre courage,