Pour épiée
droit, si elle rendoit à cette princesse tous les services
qu'elle pouvoit, par une générosité sans pareille, elle se résolut de tout hasarder pour la Reine; et après avoir bien rêvé*, elle s'alla ressouvenir de l'aventure de M"® de Villarceaux' avec le commandeur de Jars, que M"® de Beaumont' lui avoit contée. Ce commandeur ayant été mis à la Bastille pour d'autres intrigues, ^me de Villarceaux, qui étoit de ses amis, employa toutes sortes de moyens pour le tirer de là. Entre autres, il y avoit deux geôliers qui le gardoient, et qui avoient les clefs de la porte par laquelle il pouvoit se sauver. Quoiqu'ils fussent frères, ils étoient d'humeurs bien différentes; car autant l'un étoit rude et sauvage, autant l'autre étoit civil et gracieux. Ce fut celui qu'on crut que l'on gagneroit plus facilement ; mais s' étant montré d'un désintéressement sans égal, sa fidélité fut incorruptible jusqu'à la fin, et les cent mille livres que M"« de Villarceaux lui voulut donner ne lui donnèrent pas la moindre tentation. Cependant U^^ de Hautefort ayant trouvé dans cette action une grandeur d'âme si rare du côté de M"« de Villarceaux, se détermina, sans l'avoir jamais vue, de l'aller trouver. Il fallut s'habiller pour cela le plus simplement qu'il lui fut possible ; elle partit de grand matin et traversa à pied à peu près tout Paris, et alla attendre que cette dame, qui joue toujours fort
1, Dans notre propre récit, nous avons suivi celui de la Vie imprimée, du manuscrit de M. de La Parelle et de M»* de Motteyilie, qui ne font aucune mention de M** de Villarceaux. Avertissons cependant que La Porte, qui a dû s'entretenir souvent avec M»* de Hautefort de tout ce qui s'était passé en cette circonstance, parle dans ses Mémoires comme notre manuscrit.
2. Elle se nommait Anne Olivier de Leuville, fille de Jean Olivier de Leu» ville et de Madeleine de L'Âubespine^ sœur de Chàteauneuf. Elle avait épousé Pierre de Momai, seigneur de Villarceaux, et était restée veuve de bonne heure. Elle était nièce de Chàteauneuf, qui était l'ami particulier du chevalier de Jars. Les Poésies burlesques de Loret sont remplies de vers à sa louange presque autant qu'à celle de M"« de Hautefort.