‹ Madame de La Fayette, sa vie et ses uvresChapitre 6 sur 37 · III · texte numérisé non relu

III

U Épouse

femme et que, de plus, il était de dix-huit ans son a'né1 cette donation ne pouvait être un avantage que pour Mme de La Fayette.

Et pourtant on a cherché dans l'expression de Mme de La Fayette "je l'aime fort," une preuve que l'adoration de son mari n'était pas payée de retour. "C'est beaucoup d'ctre adorée d'un époux, lors même qu'on ne ferait que l'aimer fort," écrit M. d'Haussonville. C'est peut-être dénaturer un peu la pensée de Mme de La Fayette. Il faudrait citer à côté de cette lettre, où elle a peut-être été amenée à s'exprimer ainsi par la construction de la phrase, et sans doute aussi par une sorte de pudeur qui ne croit pas utile de tout dire, cette autre où elle écrit " J'ay recours a vous pr toutes choses iay besoing d'une devise jolie pour une femme qui aime passionnément son mary et qui ne vit que pour luy. Il sen trouve peu de cette espèce je ne prétends pas une devise noeufve ie me serviray volontiers dune qui aura desja servy2."

Il est vrai qu'elle ne dit pas que la devise soit pour elle, mais elle le laisse entendre.

Quelques mois après la donation mutuelle, dont nous avons parlé, Madame de La Fayette devint enceinte. Au mois d'octobre elle annonce ainsi la nouvelle à Ménage "Nous partirons dicy sans faute au commencement du mois de décembre il faut que je parte dicy dans ce mois quy sera le septième de ma grossesse car ie suis grosse de quatre mois et ie vous dis cela comme une nouvelle ne layant point mande jusques a cette heure." Même dans cette lettre il est question d'affaires. Elle voudrait avoir un "commontimus." Elle sait "que ceux que l'on obtient en vertu des anciennes lettres de conseilleurs destat ne servent de rien" mais elle est assurée "que cettuy la (me) servira parceque cest pr envoyer au fonds de la Picardie a des gens quy ne chercheront pas tant de chicaneries et que la peur de venir a Paris fera trembler3."

Cependant, sa santé est profondément altérée par cette première grossesse; elle écrit au mois de novembre "Tous les maux dont ie suis tourmentes ne sont point causes par ma grossesse car ie les avais avant que d'estre grosse mais les médecins disent pourtant qu'après mes couches ie ne m'en sentiray plus dieu le veille (sic) ie ne me fie guère a ce que disent ces Mrs la4."

1 M. de La Fayette naquit en 1616. 2 Inédite. 3 Inédite.

4 Nous datons cette lettre nov. 1657, puisque Mme de La Fayette y réclame les lettres de Costar qui "devraient estre en vante." Ces lettres furent imprimées en mars 1657.

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La vérité est que Madame de La Fayette souffrit tellement entre les mains de "ces messieurs là" ; qu'on lui pardonne de ne pas les avoir en grande estime1. Ils l'envoyèrent aux eaux de Vichy, à quelques lieues de chez elle. Elle le fit savoir à Ménage de la façon suivante:

"De Vichy ce 19 — (sept. ?).

"Je suis icy aux eaux ou ie boy tous les matins quatorse grands verres du plus meschant et du plus chaud breuvage du monde jespere que ie recevray du soulagement a mes maux de ce remède la vous scaues que c'est ou les médecins envoyé les gens quand ils ne scavent plus qu'en faire....2."

À l'occasion d'une autre visite elle écrit "Je suis icy dans les eaux jusques à la gorge mais ie m'en porte si mal que ie croy que ie les quiteray demain ie n'oserais pourtant le faire sans les ordres de M. de Lorme et iay envoyé aujourdhuy le luy demander....3."

Mais ni la grossesse, ni la maladie, ni même les deux accidents ensemble ne l'empêchent de s'intéresser aux affaires de sa nouvelle maison et aux événements littéraires. Dans la lettre que nous venons de citer elle accuse réception d'une œuvre de Voiture et réclame avec impatience la Clélie*. Elle termine pourtant sur la phrase: "Le manque de santé est le seul véritable malheur de la vie." Le mauvais état de sa sarité n'était pourtant pas son seul malheur. Peu de temps après son mariage, très probablement avant la naissance de son enfant, elle perdit sa mère5. Aussitôt son beau-père partit pour Champiré et

1 Et pourtant elle avale, avec une patience digne d'un meilleur succès, tout ce qu'ils lui ordonnent: eaux de Vichy, lait d'ânesse, jusqu'au bomllon de vipères. Voir Sévigné, vi. 58 ; La Rochefoucauld, in. 155, 156.

2 Inédite.

3 À M. de St Pons, nie Guénégaud. L'autorisation demandée fut refusée, soit dit en passant, et Mme de La Fayette resta à Vichy. Les médecins étaient parfois tyranniques.

4 Mme de La Fayette fut tou j ours grande liseuse de romans, tout comme ses amis Mme de Sévigné et La Rochefoucauld. Voir Sév. Lett., 1689.

5 La date n'est pas certaine et M. d'Haussonville escamote la difficulté en écrivant (p. 31): "Cinq ans après son mariage elle avait perdu sa mère."' Nous établissons la date entre 1655 (date du mariage) et 1657 (date de l'édition qui contient la lettre de condoléance de Costar). Les lettres du chevalier de Sévigné viennent encore confirmer cette date. L'acte d'inhumation de Mme de Sévigné porte la date "3 février 1656" (Registres de la paroisse Saint-Maurille d'Angers, Arch. Communales de la ville d'Angers, EE 118, f° 156). L'acte est reproduit dans La Correspondance du Chevalier de Sévigné, Paris, 1911 (Soc. de l'hist. de Fr.), p. 274.

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quelques années plus tard se retira à Port-Royal. À partir de ce moment-là Madame de La Fayette, semble-t-il, le regarda avec froideur. Peut-être lui reprochait-elle de prodiguer l'argent de l'ancienne Mme de La Vergne à construire, comme il le faisait, de nombreux bâtiments dans l'enclos de l'abbaye. A plusieurs reprises, il est question de lui et de son testament dans la correspondance avec Ménage. Mme de La Fayette se dit peu émue par la manière dont il dispose de ses biens et conclut: "Quand il moura le bien qui m'en reviendra sera asses considérable pour me consoler de la perte des meubles...."

En cette même année, 1657, Mme de La Fayette subit une épreuve terrible pour une jeune femme. Elle constate que sa maladie transforme complètement sa figure et que sa beauté se perd. On a beau être bel esprit et philosophe, on n'en est pas moins femme, et les lettres de Mme de La Fayette à ce sujet inspirent de la tristesse. En voici une que nous citons presque tout entière parce qu'elle nous donne, en même temps que des éclaircissements sur ce sujet, de nouveaux détails sur l'amitié qu'eut Mme de La Fayette pour Ménage, sur sa santé, et sur

le voyage qu'elle allait faire à Paris.

"ce 13me novembre.

"Me voila donc asseuree que ie ne perdray point vostre amitié pour avoir perdu le peu de beauté que j'avois ie perdrois trop a la fois si ie perdois lune et lautre il est vray pourtant que si vostre amitié ne tenoit qu'a ma beauté ce ne seroit pas une grande perte que celle dune amitié quy tiendroit a si peu de chose tout le malheur de mon changement ira sur loiseleur1 pour moi ie suis d'advis que vous le datties de l'année passée jestois asses jolie en ce temps-la et cela suffit de lavoir este pour estre traittee de belle car enfin les beautés ne sont pas immortelles comme les louanges que Ion leurs (sic) donne ie vous prie lorsque Me de Brissac vous parlera de moy de luy témoigner que ie vous ay toujours parle délie depuis que j'ay l'honneur de la cognoistre comme d'une personne que j'honorois infiniment "....etc.... "Nous ne partirons dicy que le lendemain de la feste de Noël ie suis en peine davoir une litière pour me venir quérir a Briare ou je descendray par eau ie voudrois trouver une de quelque personne de qualité parce que pour l'ordinaire celles que Ion loue sont très incomode et les mulets en sont si meschants que les fammes en lestât que ie suis y courent plus de risque qu'en

1 Poème de Ménage, adressé à Mme de La Fayette et qu'il semble lui avoir communiqué avant l'impression. Il en est souvent question dans la correspondance.

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carosse....Nous avons absolument areste la maison de Mme de Seivgne1 en attendant que nous layons meublée nous logerons ches Mr de St Pons2 qui demeure proche lhostel de nevers. Nous serons asses vos voisins en cet endroit la adieu ie vous escris des aujourdhuy quy n'est pas le jour de lordinaire parce que jauray demain céans une foule de monde horible parmi laquelle ie n'aurais pas eu le temps de vous dire un mot3."

Malgré "la foule de monde horible" et ses nombreuses occupations, Mme de La Fayette lit et écrit beaucoup — car la légende qui veut qu'elle n'ait écrit que peu de lettres est aussi fausse que la plupart des légendes fabriquées sur son compte. Elle ne se contente pas de lire L'Oiseleur de Ménage, qui lui est dédié, elle trouve encore le temps d'en faire la critique: "J'ay releu vint fois loiseleur," écrit-elle, "mais plus ie lay leu et plus ie me suis fortifiée a estre de son party ie trouve que ce que vous y aves adj ouste lors que la belle est touchée de lamour d'Eurilas y fait fort bien et ie ayme fort quelle se souvienne de ce que luy a dit le Peroquet comme dune chose quy vient peutestre des dieux il y a un vers dont ie vous demande raison quoy que ie sois persuadée qu'il n'y a point de faute mais cest que la manière dont il est tourne est nouvelle pr moy.

si bien tost linsensible esloignait ses beaux lieux il me semble qu'il faudrait seloigner de ces lieux car Eurilas peut bien seloigner de chipre mais il ne peut pas esloigner chipre de luy et il y a grande diference dans la commune façon de parler des hommes (ie ne scay pas si cest la même chose dans le langage des Dieux) a seloigner dune personne ou a esloigner une personne de soy faittes moy responce la dessus ie vous en prie il y a encore deux vers quoyque beaux quy ne me plaisent pas cest dans la description d'Eurilas il ne men souvient pas bien vous vous les cognoistres par ce que ie men vais vous en dire, et le premier coton a peine ombragoit (sic) son menton4

1 Le beau-père de Mme de La Fayette voulait lui louer sa maison que la jeune femme trouvait fort incommode — loin de ses amis et du Palais de Justice.

2 Son oncle maternel Gabriel Péna, Sieur de St Pons, mort en mars 1659 (Lettre de faire part. Cab. des Titres, Pièces orig. 2229). Cette lettre de Mme de La Fayette ne peut être donc postérieure à 1658).

3 Inédite.

4 Ménage avait écrit:

Il sortoit de l'enfance et le premier coton À peine seulement ombrageoit son menton.

Poemata, Quarta editio, 1663.

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ie trouve quelque chose de plus bas a cela qu'au reste de la description. Voila les seules choses que jay remarquées quy ne me plaisent pas tant que le reste. A dieu ne plaise que ie croye pour cela quelles ne soient pas bien car sans vanité ie nay pas celle de me croire capable de juger de tels ouvrages. J'emmène une litière de ce pays icy avec moy dans nos batteaux afin de pouvoir prendre terre si le vent nous est contraire en quelque endroit que nous soyons cest pourquoy ne prenes plus la peine de men chercher adieu1."

D'après certaines lettres, Ménage aurait communiqué le manuscrit de son poème à Mme de La Fayette. A ce sujet elle lui disait : "Je prétends vous y avoir aidé quoy que vous puissies dire."

Après la naissance de son fils Louis, en 1658, Mme de La Fayette revint en Auvergne et nous la voyons tantôt à Espinasse, tantôt à Nades, tantôt à Vichy. Elle aime la campagne et écrit à Ménage: "....J'ay bien envie de vous scavoir a Meudon il fait si beau a la campagne que jay pitié de tous ceux quy sont présentement a Paris peutestre leur fais je pitié a mon tour destre a la campagne mais comme ie ne m'en fais pas a moymesme ie m'en console facilement mandes moy des nouvelles de Mlle de Scudery."

Elle fait aussi de fréquents voyages à Paris, quelques fois seule, quelques fois avec son mari, et certains de ces séjours sont assez longs à cause des procès. De son côté, son mari fait de longs voyages qui durent parfois plusieurs mois. Au mois de février 1659 elle donne naissance à un second fils, René-Armand. Peu à peu son mari rentre dans l'ombre et vers 1660 Madame de La Fayette est le plus souvent à Paris. C'est cette séparation qui a fait croire à tort que M. de La Fayette était mort quelques années après le mariage. Lorsque M. le comte d'Hausson ville

Cf. Voltaire, Les trois manières où Téone dit: Vous connaissez tous Gathon, Il est plus charmant que Nirée; À peine d'un naissant coton Sa ronde joue était parée.

1 Nous donnons in extenso cette lettre inédite car nous croyons que jusqu'ici on n'a imprimé aucune critique littéraire émanant de Mme de La Fayette, à part une courte appréciation des Maximes de La Rochefoucauld, et quelques observations adressées à Lescheraine. Dans ces deux cas les critiques portent plutôt sur le fond que sur la forme.

60 Madame de La Fayette [ch.

découvrit la date exacte de sa mort il écrivit: "Une chose est certaine ; c'est qu'il faut renoncer désormais à considérer Mme de La Fayette comme une jeune veuve.... et je suis certain que plus d'un parmi mes prédécesseurs en biographie fayettiste enviera cette trouvaille1." Il y avait de quoi, et pourtant si les prédécesseurs de M. d'Haussonville avaient été un peu plus consciencieux ils auraient pu. sans avoir accès aux documents qui n'ont été communiqués qu'à l'illustre biographe fayettiste, arriver à peu près au même résultat. Il aurait suffi, par exemple, de remarquer en lisant le contrat de mariage entre Mlle de Sévigné et le comte de Grignan, signé le 28 janvier 1669, que parmi les personnes qui furent témoins il y eurent Marguerite de Rostaing, veuve de Henri de Beaumanoir, Marie Madeleine de La Vergne, épouse du Marquis de La Fayette, Dame Françoise de Montalais, veuve du Comte Marans, etc.... Le Comte de La Fayette était donc encore vivant en 1669. Quant à fixer la date exacte de sa mort c'était plus difficile et pourtant, bien avant M. d'Haussonville, M. le Sénateur de La Fayette avait découvert cette date inscrite sur un vieux missel où se trouvait également l'état-civil de la famille. Il avait communiqué à M. Feuillet de Conches cette trouvaille et dans son étude sur la comtesse, écrite avant 1887 (date de sa mort), ce dernier l'avait annoncée avec la modestie qui lui était habituelle. Malheureusement la mort enleva M. de Conches quelques mois plus tard et son travail resta inédit. Sa fille, Mlle Feuillet de Conches, a eu l'obligeance de nous communiquer le manuscrit où on Ut à propos de M. de La Fayette : "Jusqu'à ce jour on avait ignoré la date de sa naissance et celle de sa mort. Le Sénateur de nos jours, M. Edmond de La Fayette a retrouvé la trace de ce mari de notre comtesse. Il naquit le 18 Sept. 1616 à 4 heures du matin, au château de son père en Auvergne. Il décéda le 26 Juin 1683, à 4 heures du matin, dans ce même château et fut inhumé dans celui de Nades. M. Edmond de La Fayette a retrouvé cet état-civil dans un vieux missel à la suite duquel sont inscrites les notes de l'étatcivil des membres de la famille de La Fayette." (Note en marge.) " Le nom du château du père est illisible dans le volume2."

1 Op. cit. p. 31.

2 Ce livre d'heures appartient aujourd'hui à M. G. de Pusy qui a eu l'obligeance de le mettre à ma disposition. Je remercie M. de Pusy de sa délicate bienveillance. Les notes sur l'ancienne famille de La Fayette sont aujourd'hui complètement illisibles mais plusieurs mains ont tenu à jour l'état-civil de la famille. Il y a parfois des erreurs (p. e. le mariage

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Quel est donc le fait ou le sentiment qui, pendant vingt ans, contraignit le mari à ne figurer que peu ou pas du tout dans la vie de sa femme? On ne manque pas de nous faire remarquer aujourd'hui que la séparation a dû être complète et pour des raisons fort graves, puisque les contemporains ne prononcent jamais le nom du mari. Ce raisonnement est basé sur une erreur. Les contemporains en parlaient. Nous avons déjà vu que Guillard expliquait la séparation à sa façon. Et il n'est pas seul à faire mention de M. de La Fayette ; Madame de Se vigne en parle. Mais il n'y a rien de plus difficile que de ressusciter un homme tué par ses biographes — les annotateurs s'obstinent à expliquer aux lecteurs que le M. de La Fayette des lettres de la Marquise n'est pas celui qui nous intéresse mais son frère ou son fils, et ceci malgré des difficultés de date à peu près insurmontables.

La première fois que nous rencontrons le nom de M. de La Fayette1 dans les lettres de Mme de Sévigné il ne s'agit que d'une mention sans importance à propos d'un domestique. Au mois de février 1673 Mme de La Fayette écrit à son amie : "Monsieur de Bayard et M. de La Fayette arrivent dans ce moment2." En 1676, Madame de Sévigné écrit de Vichy à sa fille : "Mme de Brissac avec le Chanoine, Mme de Saint-Hérem et deux ou trois autres me vinrent recevoir aux bords de la jolie rivière de l'Allier. ...M. de Saint-Hérem, M. de La Fayette, l'abbé Dorât, Plancy et d'autres encores, suivoient dans un second carosse ou à cheval3." Et quelques jours plus tard, elle écrit de nouveau4: "Il y a trois hommes qui ne sont occupés que de me rendre service: Bayard, Saint-Hérem, et La Fayette."

De ces citations il ressort deux faits : d'abord, que M. de La Fayette allait voir sa femme à Paris longtemps après l'établisse -

de Mme de La Fayette 1654 au lieu de 1655) qui font croire que les inscriptions ont été faites par d'autres que les chefs de famille mais il y a là des détails que l'on ne pourrait trouver ailleurs. Le passage que M. Edmond de La Fayette communiqua à M. Feuillet de Conches est ainsi conçu, "François de la faïette nasquist 18 jour de Septembre 1616 à 4 heures du matin au chastel d'Epinasse et fut baptisé à la paroisse ses parine et maryne Claude et Anne de Bourbon oncle et tante maternels. Led. franc, est décédé le 26 juin 1683 à 4 heures du matin en la ville d'Ebreuil (?) et a esté inhumé à Nades le même jour."

1 il. 462. En note: "Dans l'édition de la Haye, la seule qui donne cette phrase, il y a M. de La Fayette." Dans le texte on a imprimé Mme de La Fayette. 2 Ibid. ni. 316.

3 Ibid. Vichy, le 19 mai 1676. 4 Ibid. le 24 mai.

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ment de celle-ci dans la capitale, en 1673, ensuite, qu'il n'était pas aussi ennemi de toute société que l'on voudrait le faire croire puisqu'il a pu mériter la reconnaissance de l'amie de sa femme, lors de sa visite en Bourbonnais.

Cette séparation, peut-être moins complète qu'on ne l'imaginait, a besoin toutefois d'être expliquée. Ici, tout est conjecture, car les documents font complètement défaut. Mais il ne s'ensuit pas qu'il soit nécessaire de bâtir tout un roman pour combler la lacune. Au contraire, ce manque de documents, à notre avis, motive une explication simple, car si vraiment il y avait eu un drame, certaines médisances seraient parvenues jusqu'à nous. Nous écarterons pour le moment la question de la liaison avec de La Rochefoucauld1 dont nous parlerons à sa place. Voici notre hypothèse, basée en partie sur la correspondance inédite de la comtesse ; mais, reconnaissons-le sans tarder, elle ne s'appuie sur aucun document précis.

Nous avons déjà vu, d'après la correspondance de Mme de La Fayette, que ses procès se succédaient et s'éternisaient au Palais de Justice de Paris. Ces procès rendaient sa présence nécessaire, et, de plus, sa santé exigeait des soins que l'on ne trouvait que dans la capitale. Elle faisait donc le voyage de temps en temps — parfois dans un état de santé si mauvais que seuls le bateau et la litière lui étaient supportables. Ces voyages coûteux, douloureux, dangereux même pour la malade, devaient être évités autant que possible, mais quand on plaidait il fallait être à Paris, sans quoi l'on risquait de perdre gros. Madame de La Fayette y fit donc des séjours de plus en plus prolongés2 ; son mari, qui ne se trouvait pas à son aise dans les milieux qu'elle fréquentait, se consolait tant bien que mal chez lui. Peu à peu Mme de La Fayette fut ressaisie par la vie de Paris, elle reprit sa place dans le cercle de ses amis, dans les salons qui se formaient ; elle entra à la cour de Madame Henriette, encouragée par cette pensée qu'abandonner Paris menaçait de nuire non seule-

1 Nous traitons ailleurs de la date de cette liaison, date qu'il est peutêtre nécessaire d'avancer. Il faudrait alors en considérer l'influence ici même — mais les preuves ne sont pas suffisamment probantes pour bouleverser ainsi l'opinion commune.

2 On n'a pas remarqué ces longs séjours à Paris du ménage La Fayette. On fait faire à la jeune femme un séjour ininterrompu en Auvergne de trois ou quatre ans. Mais elle écrit elle-même à cette époque: "Comme nos affaires sont tournées a nous tenir longtemps a Paris cela fait que ie ne veux pas une maison de si grand prix que si ie ne la devois tenir que six mois"'' (inédit).

in] L'Épouse 63

ment à elle-même, mais en outre à l'avenir de ses enfants. C'est là qu'était la cour, et il ne se faisait rien en province, dans les états, dans les gouvernements, dans les armées que la Cour ne sût, ne surveillât. C'est de Paris, de la Cour, que partaient les seigneurs qui allaient dans leurs gouvernements, les hommes de guerre, les généraux, les diplomates. Les fils de M. de La Fayette ne pouvaient arriver sans influence car, bien entendu, il n'y avait que deux carrières d'ouvertes à un La Fayette, l'armée ou l'église. Pour avoir cette influence il fallait des relations et ce n'est qu'à Paris qu'on en trouvait d'utiles. Mais toutes ces considérations n'expliquent que le séjour à Paris et non pas l'absence du mari. Il n'était pas homme du monde, il est vrai, il aimait la campagne, mais d'autre part il adorait sa femme — en tout cas pendant la lune de miel. Peut-être, lorsqu'il se vit lié à une femme continuellement malade, qui perdait rapidement sa beauté, son amour se refroidit-il un peu. Peutêtre encore fut-il forcé, un peu malgré lui, de cesser ses relations avec sa femme pour ménager la santé de celle-ci1. Dans ce cas la séparation à peu près complète était ce qu'il y avait de moins pénible pour tous les deux. Elle permettait au mari de visiter de temps à autre la maison de la rue de Vaugirard2 et d'y rencontrer, comme il dût le faire, le duc de La Rochefoucauld — et avec un esprit tranquille. Si l'on admet certaines autres hypothèses on risque d'accuser M. de La Fayette d'avoir été un mari singulièrement complaisant.

Très peu de temps après le mariage et avant que Mme de La Fayette ne fût venue s'établir à Paris, nous voyons la femme à Livry, et le mari en Auvergne, sans qu'il y ait eu de querelle. Au contraire, Mme de La Fayette est inquiète et demande des nouvelles de son mari. "le vous prie," écrit-elle de Livry, "de

1 Une lettre à Huet jette un peu de lumière sur ses souffrances à la [ naissance du second ( ? ) enfant. ' ' Quoique je sois accouchée très heureusement contres toutes les apparences et que l'on travaille a me guérir avec assez de soin, l'on avance si peu que je n'espère pas mieux de ma santé que lorsque vous étiez ici. Je crois que ma destinée est de n'en point avoir et je m'y soumets avec une patience qui adoucit mes maux, au

lieu que l'inquiétude les aigrirait " Mss. fr. Bibl. Nat. Voir bibliog.

(Correspondance).

2 "M. de la Fayette est a Paris et fort votre serviteur ," écrit-elle

à Huet le 15 mai 1663. M. Lemoine, à la p. 68 (note) de son article sur Louvois (Rev. de Paris, 1er sept. 1907), affirme que M. de La Fayette est mort dans l'Hôtel de la rue de Vaugirard. Ceci est inexact d'après le missel de la famille. Voir la note à la p. 60.

64 Madame de La Fayette [ch.

scavoir de Mr Verjus s'il escrivit mardi a M. de La Fayette et s'il ne luy a point escrit pries le de ma part de luy escrire demain comme ie suis icy ie ne scay aucune nouvelle et ne puis luy en escrire."

Un peu plus tard, elle écrit à Ménage que M. de La Fayette est très content des soins de l'abbé, et, plusieurs années après le mariage, elle écrit encore: "Je vous suplie denvoyer au logis de Mr Fournier, quy est le précepteur de mes anfans, la lettre pr Mr de Novion et il l'envoira (?) a Mr de La Fayette ce seroit du temps perdu de me l'envoyer icy adieu jusqu'à Fresnes...."

Ménage paraît avoir été chargé non seulement de faire des démarches pour les procès, mais aussi de fournir à M. de La Fayette une espèce de gazette des nouvelles de Paris. Lorsqu'il est absent, c'est Mme de La Fayette qui s'en acquitte: "Je suis tout seule a Paris," écrit-elle, "sérieusement ie n'y vois personne et ie passe céans des journées entières sans estre interompue d'aucune visite jay escrit aujourdhuy en Auvergne mais j'ay bien mal acomply vostre place pr les nouvelles."

À d'autres moments le mari est à Paris — la femme en Auvergne. "A moins que Mr de La Fayette me manda que ie suis absolument nécessaire a Paris," écrit-elle, "ie ne m'en iray que d'aujourdhuy en huit jours ie vous diray lors que ie seray a Paris ce qui me retient icy."

Dans une autre lettre encore elle écrit : " Jenvoy a Paris pour scavoir des nouvelles de Mr de La Fayette dont ie suis en peine . . . . "

Malgré cette attitude pleine d'égards de Mme de La Fayette, il est certain qu'après quelques années de mariage le mari ne compte plus guère dans la vie de sa femme. C'est elle qui paraît avoir tout organisé, tout dirigé, pour l'avenir de ses fils ; c'est elle qui s'occupe des biens de la famille ; après la mort de son mari elle affirme son autorité de chef de famille, dressant l'arbre généalogique de la maison des La Fayette. C'est à propos de ces dernières recherches que je trouve la seule critique qu'elle ait émise à l'adresse de son mari, dans sa correspondance avec Ménage. "Je songe a faire les cartiers de feu Mr de La Fayette," écrit-elle, "il n'a jamais songe a s'instruire de sa maison ie ne veux pas laisser mes enfants dans cette mesme néglige."

Nous pouvons donc prendre congé du mari à cette époque de sa vie, mais avant de le faire il faut se demander quelle influence ce mariage a pu avoir sur la vie de Mme de La Fayette. Comme futur auteur de la Princesse de Clèves, elle n'a certes pas à regretter son mariage — on ne conçoit pas ce roman écrit par

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une vieille fille — ; nous pouvons donc oublier ici les déceptions de là femme pour ne parler que des profits de l'écrivain.

Son séjour en province agrandit un peu son horizon. Il lui permit de rencontrer des étrangers, des provinciaux. Certes, elle en avait déjà rencontré, étant jeune fille, mais elle n'avait jamais eu une aussi bonne occasion de les étudier. Mariée, elle connaissait les rapports du mari et de la femme dans la vie sociale — elle en appréciait les avantages et les inconvénients. Elle goûtait la liberté d'action — et peut-être de parole — de l'épouse; elle jouissait de la joie d'être comtesse, de porter un nom ancien, mais elle était peut-être attristée par l'éloignement de ses amis et le changement de milieu, et elle souffrait cruellement d'avoir ajouté à une maladie déjà douloureuse les affres de la maternité. Enfin elle pouvait étudier la psychologie de l'homme amoureux, nous n'osons pas ajouter, puisque les preuves manquent, et de l'homme jaloux.

Si le mariage fut pour elle une source de déceptions — qu'il y ait eu drame ou non — la situation d'épouse dut l'amener à faire de fréquentes réflexions et elle put comprendre mieux que personne combien la question du mariage soulève de graves problèmes qui lui sont particuliers. Nous ne voulons pas rechercher ici jusqu'à quel point la Princesse de Clives est une autobiographie. Nous en parlerons plus loin, mais on ne peut s'empêcher, en étudiant la vie d'épouse de Mme de La Fayette, et plus tard son amitié avec La Rochefoucauld, de se dire "Il y a ici les éléments de la Princesse de Clèves," les personnages y sont — peutêtre leurs relations n'existent-elles que dans l'imagination de l'auteur. Toujours est-il que les propres expériences de Mme de La Fayette, épouse, ont dû lui être utiles pour la préparation de son chef-d'œuvre.

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