Un vuide de son propre entendement, ne se servant de
ses opérations que pour Dieu, et pour l'état où il nous a mis.
4. — Un oubli de tout ce que la mémoire a retenu, ne s'en ser-
vant que pour Dieu, et pour notre état.
5. — Nulle inquiétude sur ce que nous avons à faire, nous remettant absolument à Dieu du succès.
6. — Regarder tout ce qui est créé comme s'il n'étoit plus, et qu'il fut des-jà rentré dans le néant où il court.
7. — Un oubli de l'état où nous sommes, reprenant tous les jours comme un nouvel estre de la main de Dieu.
8. — Sans aucune veue de récompense ni de crainte sur l'avenir, remettant à Dieu avec abandon de notre part, d'en faire tout ce qu'il luy plaira.
9. — Travailler en tout ce qui est de notre état avec cet esprit d'abandon, comme un nouvel ordre venu de Dieu.
0. — Ne considérer que Dieu seul agissant dans notre âme, et n'apportant nulle réflexion de notre part.
(1) Ces pensées occupent les pages 18 à 20 du manuscrit de la bibliothèque 8 Monseigneur le duc d'Aumale intitulé Lettres de Madame de Sablé, manuscrit ui contient la correspondance de Mme de la Sablière avec l'abbé de Rancé i dont on trouvera plus bas la description. 11 ne s'agit point ici, comme l'a cru [onseigneur le duc d'Aumale, de pensées plusieurs fois publiées à la suite des iaximes (et non des Mémoires) de La Rochefoucauld, mais de vingt pensées lédites jetées à la hâte sur le papier par Mme de la Sablière sans rédaction éflnitive, ou extraites d'une correspondance trouvée peut-être à la Trappe» près sa mort.
265 MADAME DK LA SABLIERE