LETTRES
DE
Les Lettres de Mme de la Sablière font partie d'un manuscrit de a bibliothèque de Chantilly qui m'a été gracieusement communiqué n 1878 psir S, A. R. Monseigneur le duc d'Aumale, et dont voici la lescription :
• Volume in-40 de 328 pages, dont 245 seulement sont remplies, relié •n maroquin rouge (à l'Oiseau), par Derome, avec compartiments, ilets dentelés, dos orné et tranche dorée, aux armes accolées du comte 't de la comtesse de Toulouse (Marie-Sophie-Victoire de Noailles) surnontées d'une couronne fleurdelisée et entourée de lacs. Il appartint uccessivement à la bibliothèque du duc de Penthièvre, à celle du oi Louis-Philippe, et porte le cachet de la « Bibliothèque du roy. Palais- ^oyal », et la cote 16/d 1359/sa. Inventorié sous le n» 62 du catalogue de ',ette bibhothèque (1), il fut acquis par M. Busson pour la reine Marievmélie, qui en fit don à Monseigneur le duc d'Aumale.
On ht au dos : LETTRES DE M. DE SABLÉ, et au premier feuillet )lanc, après la garde, de la main de la reine Marie-Amélie : « Correspondance particulière de Mme de Sablé avec son directeur, provenant le la bibliothèque de Madame la comtesse de Toulouse (2). »
Le titre orné d'un beau cartouche, peint à l'encre de Chine, de style .ouis XV, porte ces mots : « LETTRES DE MADAME DE SABLÉ » ;
e sous-titre : de M. D. L. S. Le manuscrit, d'une très belle écriture
lu dix-huitième siècle, est composé de 245 pages chiffrées, encadrées le iilets.
Divers écrits occupent les 154 premières pages, savoir, sous un très oli motif peint comme le titre, une lettre de Mme de la Sablière à >on confesseur, deux à M. M..., quatre à un inconnu, et un fragment jue je crois de l'abbé de Rancé (en tout 17 pages) ; vingt « Pensées chrétiennes D. M. D. L. S. (3) », et cinquante- quatre lettres ou fragnents de lettres de M. D. L. S. à M. L. D. L. T. (Mme de la Sablière 1 M. l'abbé de la Trappe) ; en tout, soixante-deux lettres ou fragments.
Les dernières pages du manuscrit (155 à 245) contiennent :
Pages 155 à 180 : une circulaire de la supérieure à ses très chères iœurs de la Croix. C'est l'éloge funèbre de la sœur Catherine François, iite Louise de la Croix, protégée de Mgr de Rhodes, supérieure à 17 ans le l'hôpital de Calais, puis employée pendant vingt ans au couvent
(1) Catalogue de la vente du roi Louis-Philippe. Palais-Royal et Neuilly. Première partie (note de M. P. Faugère).
(2) Cf. <i La Sablière (Marguerite Heissein, dame de) [orthographe fautive pour Hessein] : Lettres et pensées chrétiennes ». — Musée Condé. Chantilly. Le Cabinet ies livres. Manuscrits; t. I, Théologie. Jurisprudence. Sciences et arts; T. III, Saints Pères..., etc., p. 168, n» 1359, Paris, Pion, 1900, grand ia-4o, p. 160-
(3) Cf. plus haut : Pensées chrétiennes de M. D. L. S.
270 xMADAME DE LA SABLIERE
de la Croix du faubourg Saint-Germain à l'instruction des jeunes demoiselles pensionnaires, et destinée à remplacer la mère Le TellierJ morte de la poitrine à Paris, en 1702 ou 1703.
Pages 181 à 183. Traduction française de saint Bernard, Ferm. :ii 50, in Cant. : V : 8.
Pages 184 à 198. Traduction française de la lettre de saint Ignace, évêque et martyr, aux Romains.
Pages 199 à 215. Cinquante et une sentences en français tirées des Œuvres de saint Augustin, sermons sur les psaumes.
Pages 216 à 242. Prière de M. Pascal pour demander à Dieu le bon usage des maladies : 15 alinéas (1). |
Pages 243 à 245. Portrait de Jésus-Christ par Publius Lentulus, gouverneur de la Judée, qui l'envoya au Sénat romain, lorsque sa renommée se répandit dans le monde (texte français).
Ce portrait «st suivi de 83 pages blanches.
Les Lettres de Madame de Sablé, datées de 1687 à 1692, ne peuvent être attribuées à la célèbre marquise, morte en 1678. « On trouverait plutôt, dit le catalogue de la bibliothèque de Louis-Philippe, dans les initiales [M. D. L. S.], le nom de Mme de la Sablière. »
Ce sont en efîet les lettres de Marguerite Hessein à l'abbé de Rancé, et les détails qu'elles renferment confirment la vérité de cette attribution. Mgr le duc d'Aumale a dit avec raison qu'ils « appartiennent à la vie de Mme de la Sablière : repentir de longues erreurs, abandon d« la maison de la rue Saint- Honoré, que fréquentait le grand monde, lieu de retraite choisi à la porte d'un hôpital, soins donnés aux malades, pertes de la santé (2), etc. »
La preuve qu'il s'agit bien (comme l'a pensé Mgr le duc d'Aumale) de l'erreur d'un scribe qui a confondu Sablé avec La Sablièrty résulte de l'existence d'une autre copie des mêmes lettres, qui a passé de la bibliothèque de Saint-Cyr dans celle de M. Feuillet de Conches et de ià dans la mienne. Le titre et les pages sont d'une même main.
Cette copie est intitulée : Lettres de Madame de la Sablière à Monsieur Vabbé de la Trappe. En tête du manuscrit, est le cachet de la Bibliothèque de ia maison Roiale de Saint-Louis, à Saint-Cir, gravé par Giffart. Volume in-8o de 244 sur 180 millimètres, relié en maroquin vert, petits fers, tranche dorée {Niedrée). Au dos: lettees de madame
DE LA SABLIERE A l'aBBÉ DE LA TRAPPE.
Le manuscrit, non folioté et d'une belle écriture du dix-huitième siècle, est entièrement de la main de Mlle de la Jonchapt, secrétaire de Mme de Main tenon. Il renferme 174 pages encadrées de filets rouges, dont 18 blanches, 132 remplies, et 24 blanches à la fin du volume. Ces 174 pages contiennent 37 lettres, et, à leur suite, 16 fragments de lettres, soit 53 pièces, dix de moins (les 8 premières et 2 autres) que le manuscrit de Mgr le duc d'Aumale. Le nôtre ne contient que les lettres de Mme de la Sablière à F abbé de Rancé.
(1) Cf. F- Favqèrb, Pensées i fragments et lettres de Biaise Pascal, Paris, Andrieux, 1844, in-Bo, t. I, p. 63-77.
(2) Cf. Musée Oondé. Chantilly, Le Cabinet des livres,.,^ t. J, p. 161.
M. A. France nous a obligeamment cédé en 1881 une troisième copie 8 ces lettres, également exécutée par Mlle de la Jonchapt, mais beaujup moins soignée que celle de M. Feuillet de Conches. Elle a pour
tre Lettres de Madame de la Sablière à Monsieur de Rancé, abbé de i Trape. Dans ces deux copies, destinées aux élèves de Saint-Gyr, uelques passages ont été retranchés.
Je reproduis le texte du manuscrit de Mgr le duc d'Aumale en indiiiant les variantes qui existent entre ce manuscrit (A) et le manuscrit F ui m'appartient.
Sur les 62 lettres ou fragments du manuscrit du duc d'Aumale, deux ragments, qui faisaient partie d'une même lettre, ont été réunis, ce qui éduit le chiffre des lettres que nous publions à 61.
Ces lettres avaient été classées arbitrairement. J'en ai rétabli, autant [ue possible, l'ordre chronologique, en indiquant par des numéros 1 place qu'elles occupaient dans les deux recueils, de façon que ordre de chacun des manuscrits puisse être facilement restitué.
M. l'abbé Dubois, dans son Histoire de Vabbé de Rancé et de sa réorme (1), s'exprime ainsi sur le manuscrit de M. Feuillet de Conches :
« M. Feuillet de Conches possède les copies des lettres adressées par ffme de la Sablière à l'abbé de Rancé, depuis qu'elle s'était retirée lUX Incurables... Il est certain qu'il y eut pendant plusieurs années me correspondance entre l'abbé de Rancé et Mme de la Sablière, mais 'authenticité de ces copies me semble fort contestable. Ou elles pronennent de la Trappe, ou des Incurables? Dans l'un ou l'autre cas, 1 faudrait prouver par qui, comment et pourquoi elles ont été prises. ]ela nous semble bien difficile, et du côté de Mme de la Sablière et lu côté de l'abbé de Rancé, qui avait l'habitude de brûler ces sortes le lettres aussitôt après y avoir répondu. )>
j M. l'abbé Dubois n'a pas connu le manuscrit de Mgr le duc d'Aujnale, exécuté vraisemblablement pour la comtesse de Toulouse. Il [îontient plusieurs lettres de Mme de la Sablière à un M. M..., que nous iroyons être M. Maisne, secrétaire de Rancé, homme d'esprit, fort ipprécié de Saint-Simon et des lettrés de son temps, et qui servit [l'intermédiaire entre la pénitente et l'abbé. Admis à l'intimité du saint |iomme, Maisne, soupçonné de prendre copie des lettres intéressantes Iju'il recevait, fut accusé plus tard d'abus de confiance, et expulsé de la Trappe après la mort du réformateur (2).
I Les dames de Saint-Cyr possédaient les copies de lettres de Mme de Vfaintenon. Ces copies, transmises de supérieure à supérieure, furent |/endues par la nièce de l'une de ces dernières à M. Feuillet de jOnches. Le lot vendu comprenait les lettres de Mme de la Sablière et nie lettre de Mlle de la Jonchapt, qui a permis d'identifier son écri- :ure avec celle du manuscrit Feuillet.
(1) Paris, Amb. Bray, 1866, in-S», t. II, Appendice, p. 651, 754.
(2) Il est à noter que le dernier adieu de Mme de la Sablière à Rancé (lettre i^ei) fut adressé à un M. M..., qui ne peut être que M. Maisne. Il paraît donc «vraisemblable que cet adieu, le billet d'envoi, et les autres lettres que nous publions et dont trois lui étaient adressées, furent communiquées au copiste par M. Maisne (cf. n*» 7, 8, 10, 60).