‹ Madame de La SablièreChapitre 42 sur 104 · De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé · texte numérisé non relu

De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé

Vous verrez, (6) M. T. R. P., que je ne suis pas longtemps sans user de la charité que vous avez de m'escouter dans mes besoins. J'ay senti une (7) très grande amertume sur ce que je vais vous exposer, sur quoy je ne vous consulte pas (8) pour sçavoir si je dois souffrir, car j'en suis assurée et j'y suis résolue, mais seulement (9) de la manière dont vous voulez que j'agisse, que j'exécuterai exactement et fidèlement. L'homme à qui j'ay affaire (10) est tellement estonné de la vie que j'entreprens qu'il me le témoigna la dernière fois que je le vis avec des paroles qui me firent voir qu'il en estoit blessé à l'excès. Je luy répondis avec (11) [le] plus de douceur que je pus, mais pourtant avec fermeté. Le lendemain, il m'écrivit dans les termes que voicy : « Je ne sçay où j'en suis avec vous, et je me trouve si rigoureusement chargé de votre âme que (l2) je me crois perdu. » Je lui répondis comme de moy une chose que vous m'avez fait l'honneur de me dire dans une de vos lettres, « que quand il y auroit quelque imperfection dans le divorce que je fais avec le monde, (13) j'espérois que Dieu

(1) Des.

(3) Nostre Seigneur.

(4) Monsieur.

(5) Pour.

(6) Mon très révérend père.

(7) Une grande.

(8) Pas si je dois souffrir.

(9) La manière.

(10) (Le R. P. C.)

(11) Le.

(12) Je crois perdue, etc

(13) J'espérerois.

Vè

ne me l'imputeroit pas », et le reste, qui m'a esté d'une grande consolation. Je n'ose vous envoier le reste de sa lettre, qui n'est qu'un verbiage qui ne feroit que vous importuner et ne vous feroit pas mieux comprendre la scituation de cet esprit-là à quoy je ne conçois rien ; ce que je sens, c'est que s'il me disoit positivement : « vous manquez à une telle chose », je mettrois toutes mes forces et toute mon application à m'en corriger. Il n'y a point de pénitences que je ne (1) désire de subir pourvu qu'il ne me (2) les ordonne, mais je ne puis tirer de luy une chose positive. Sy je lui parle du goust que j'ay pour la retraite (3) ou des raisons qui m'y portent, il ne me dit pas un mot ; si je luy dis : « Si je m'y ennuyé, (4) M. T. R. P., je vous le dirai, mais cela n'est pas encore arrivé », il me répond : « Je vous en tirerois bien viste. » Ce n'est pas pour me plaindre à vous de ce que je n'espère aucun secours de ce costé-là ; (vous avez bien vu dès le commencement par les (5) choses que j'ay pris la liberté de vous dire (6), que je ne m'y attens pas), mais cecy est bien pis, car je prévois que j'en (7) pourrois estre terriblement peinée. Je n'ay pas fait de grandes épreuves sur la solitude, mais je comprends (8) que l'on y a assez d'affaires quand il plaist à Dieu de nous éprouver, au diable de nous tenter, et d'estre livré à soy mesme ; j'ay par dessus tout cela une très mauvaise santé. J'ay donc recours à votre charité, (9) M. T. R. P., pour vous supplier de m'assister, parceque vous seul le pouvez. Je le sens à un point qui ne peut estre connu de vous comme il est ; mais Dieu le sçait, et moy, qui le sens. Je suis persuadée que ce que vous me ferez la grâce de m'ordonner (10) de dire ou de faire, opérera comme je l'ay desjà éprouvé. J'espère aussy, (11) M. T. R. P., que vous me reprendrez (12) sur la conduite que j'ay eue dans tout cecy, si vous trouvez que (13) j'aye fait quelque faute, comme je n'en doute pas. Pardonnez moy (14) les peines que je vous donne, et croiez que vous ne sçauriez avoir de charité pour personne qui

(1) Voulusse subir

(2) L'ordonne.

(3) Et.

(4) Mon père.

(5) Lettres.

(6) Car je ne m'y.

(7) Pourois.

(8) Qu'on.

(9) Mon très révérend père.

(10) Dire.

(11) Mon très révérend père.

(12) Dans.

(13) J'y aye.

(14) Sy je vous donne tant de peine.

LETTRES DE MADAiME OE LA SABLIÈRE 291

en soit plus digne par ses besoins et par le respect et la soumission avec laquelle (1)...

A. No 18.

F. Lettre 12. — Publiée en partie par M. A. France (Lettres inédites de Mme de la Sablière à Rancé), dans le journal le Temps du 27 septembre 1891, et dans la Vie littéraire^ Paris, Calmann Lévy, 1921, in-18, t. IV, p. 340, 341.

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