‹ Madame de La SablièreChapitre 43 sur 104 · De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé · texte numérisé non relu

De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé

Ce 27 (2) septembre [16]88.

Je sens bien profondément la vérité que vous m'annoncez, (3) M. T. R. P., que les bommes ne (4) peuvent donner de consolation, au moins ceux à qui je puis parler; c'est ce qui me donne un si grand goust pour la solitude dans (5) laquelle vous me confirmez et me soutenez, non que je ne sente bien que ce chemin est dur à la nature, puisqu'il est rempli de privations dont elle ne s'accommode point, mais je ne crois pas qu'il y ait jamais eu de conviction pareille à celle que j'ay qu'il n'y a que cette voie pour moy, dont j'aurois pourtant esté détournée sans vous; mais Dieu y a pourveu. Je ne sçai pas si, dans l'ordre de la grâce, je me dois soumettre à l'homme que vous sçavez (6) aussi absolument qu'il le dit, mais, dans celuy de la nature, il n'y a jamais eu une opposition si complète. C'est une incertitude et une contrariété momentanée qui est surprenante, et une privation complète de la connoissance d'un chemin dans lequel, ne faisant que d'entrer, j'aurois besoin de quelqu'un, ce me semble; mais tant que vous me ferez la grâce de me soutenir, (7) M. T. R. P., je (8) me croirai pas abandonnée. Il me semble que mon temps se remplira fort bien par vos ordres, si vous daignez me les donner. Ma vie jusqu'icy, a esté remplie de ce qui se peut faire dans notre hôpital (9), mais la maison que j'ay prise auprès (10) étant beaucoup plus solitaire, il faudra remplir mon temps de plus de prières, et le bréviaire, dont je suis fort touchée à cause des

(1) Je suis.

(4) Ne me peuvent.

(5) Lequel.

(6) (Le R. P. C...).

(7) Mon très révérend père.

(8) Je ne me croirois.

(9) (Les Incurables).

(10) (Rue Rousselet).

Pseaumes qui me paroissent propres pour tous les états où l'on se trouve, seroit, ce me semble, (1) propre à cela. J'ay pensé, si vous le (2) trouviez à propos, que je pourrois partager ma vie entre aller servir les pauvres quelques jours de la semaine, et puis me renfermer. Quand une fois vous aurez eu la charité de me régler là dessus, j'espère que (3) N. S. me donnera la grâce de la persévérance, comme la plus nécessaire dans un estât où l'on ne regarde que luy uniquement.

A. No 19.

F. Lettre 2.

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