‹ Madame de La SablièreChapitre 59 sur 104 · De M Die de la Sablière à Vabhé de Rancè.l · texte numérisé non relu

De M Die de la Sablière à Vabhé de Rancè.l

Lettres. 1691.

Vos paroles sont pour moy des oracles, (6) M. T. R. P. ; les voicy : « Vous aurez banni toutes les inutilitéz de votre vie lorsque vous vous serez réduite aux seules visites auxquelles la nécessité, ou une bienséance qui sera selon Dieu, voudra bien que vous donniez quelques momens. » Sur cela, sans choisir les jours de la semaine et sans marchander, j'ai fait main basse sur tout. Je voulois attendre une plus longue expérience de cette conduite pour vous en rendre compte ; mais puisque ,roccasion du bon (7) P. G... m'oblige à vous importuner de lire ce que je sens, je vous idirai que je me trouve plus heureuse à mesure que je m'abandonne [davantage à Dieu. Il n'y a que les créatures qui me détournent de luy ; je tombe dans un trouble sur l'examen de ce qu'ils me disent ou de ce que je leur réponds, qui ne m'est (8) plus supportable. Ils réveillent en moy tout ce qui y doit estre mort et qui l'est en effet quand je suis dans un silence entier ; car je ne (9) peux pas donner le ton à ceux qui viennent, il faut que je le prenne et je n'entens rien qui ne me tire de ce que Dieu veut de moy. Quand je passe mes jours seule, je trouve, le soir, que ma journée est remplie d'infidélités ; mais entre Dieu et moy, je souffre de corps et d'esprit, mais c'est pour l'amour de luy seul et devant luy ; je me couche avec un désir de mieux remplir le lendemain qui me soutient. Je recommence les jours sans me souvenir des

(1) Cf. chapitre x.

(2) Mon très révérend père.

(3) Dire.

(4) Mon très révérend père.

(5) Avec plus de respect et d'obéissance que jamais...

(7) Père G.

(8) Pas.

(9) Puis.

hommes, sans rien désirer de (1) tout ce qui est sur la terre, ne craignant et n'aimant que N. S. au monde (2), ne songeant (3) point s'il y a un temps seulement ; ce que je lis de l'Écriture me remplit le cœur. Hier (4) et aujourd'huy je n'ay pas vu une âme ; je conçois que les siècles me passeroient comme des momens. Voilà comme je suis, (5) M. T. R. P., et cet estât n'est point heureux par ne rien souffrir, (6) car je ne sçay ce que c'est que douceurs et effets de l'imagination ; mais j'ay un abandon à Dieu et une foy que je vous dirai devant luy, que s'il falloit tourner la teste pour voir un miracle, je ne le ferois pas, persuadée que je suis, après ce qu'il me met au cœur pour luy, que ce seroit la plus grande infidélité que je puisse commettre à son égard que de faire passer par mes sens ce qu'il m'a imprimé dans le cœur de sorte que rien ne le peut exprimer. Si je n'avois éprouvé comme vous m'entendez, (7) M. T. R. P., je ne vous parlerois pas comme je fais. Je vous manderai ce (8) dont je serai convenue avec le (9) P. G..., qui ne sera pas grand chose, car il est aussi peu capable de comprendre tout ce que je vous mande que toute la sinagogue l'eut été d'approuver la conduite de (10) la Magdelaine. En vérité, mon très révérend père, croyez vous qu'elle eut pu trouver un directeur dans toute cette société de sçavans et gens éclairés de leur propre esprit?

A. No 44.

F. Lettre 27. — La seconde partie de cette lettre depuis : « Quand

je passe » jusqu'à la fm est placée dans le ms. F à la suite de

la lettre 25 (n^ 56).

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