‹ Madame de La SablièreChapitre 58 sur 104 · De Mme de la Sablière à Vabhé de Rancé · texte numérisé non relu

De Mme de la Sablière à Vabhé de Rancé

Ce 16 septembre [16]90.

La bonté que vous avez eue, (8) M. T. R. P., de remarquer que j'avois esté quelque temps sans (9) écrire chez vous, vous attirera la fatigue de lire une lettre de moy ; je ne prends pas cette liberté toutes les fois que j'en ay envie, mais seulement dans mes besoins, comme au seul recours que j'aye au monde.

J'ay receu vos ordres à l'occasion de cette maison (10), dans laquelle nous (11) avions cru devoir prendre quelques précautions

(1) Qu'on.

(2) Qu'on.

(3) Cette lettre a été connue du comte de Charencey : « Je n'ose demander d'être déjà séparée de mon corps, puisqu'il m'est une perpétuelle pratique de pénitence. » Son texte n'est pas absolument semblable aa nôtre. Cf. Histoire de V abbaye de la Grande-Trappe, Mortagne, 1896, in-8°, p. 311.

(4) Mon très révérend père.

(5) M'attire.

(6) Les onze mots qui précèdent ont été supprimés dans le manuscrit F.

(7) Répéter.

(8) Mon très révérend père.

(9) Vous écrire.

(10) (Les Incurables.)

(11) Avons.

pour l'avenir ; elles n'ont pas réussy, et je ne m'en plains point. Je crois que la différence qui se trouve dans les sentimens des personnes qui vont à Dieu, vient de ce que chacun y va trop par son humeur naturelle, que l'on augmente en seureté de conscience, le prochain n'osant réprimer un défaut qu'il respecte sous le titre de dévotion. Si l'on alloit droit à Dieu sans y (1) mesler du sien, on se trouveroit tous au mesme centre ; le mien est tellement le repos, que je ne (2) puis regarder comme un mal le peu d'assurance où je suis dans le (3) lieu où j'ay encore quelque action (4) ; tout est bon quand on ne désire rien. Je commence à ne plus réfléchir du tout sur les hommes, et principalement sur ce qui peut se rapporter à moy; ce n'est qu'un raffinement de l'amour propre. Il ne me reste pas trop de temps pour aimer (5) N. S. ; je ne me sens plus que cette afîaire, et j'en suis si remplie, que je n'ay plus de peine que de ne me pas trouver assez fidèle dans les occasions qui ne manquent pas de se faire sentir quand on se donne à luy sans réserve. J'avoue que c'est sur cela que je suis souvent peinée, et je ne sentirois nul avancement dans ce que je fais sans les gens que je vois quelquefois si éloignés de mes pensées (6) qu'ils me font remarquer la miséricorde de Dieu sur moy, car je comprends bien qu'ils sont où je les ai laissés, et leur estât me fait trembler. Voilà le seul point de veue qui me soutient ; sans cela je serois découragée, car j'entrevois un chemin immense entre ce que je suis et ce que je (7) dois estre. Les jours et les semaines disparoissent devant moy comme des momens. Les maux dont je vous ay quelquefois j parlé, M. T. R. P., m'ont repris, et c'est ce qui a causé mon silence chez vous (8). Si les gens du monde pouvoient concevoir la | satisfaction et la 'paix qui est dans la souffrance que l'on rapporte à (9) N. S., et que l'on espère qu'il accepte, ils n'envieroient que cette félicité. Je ne parle qu'à vous d'un estât que je vois si peu connu des gens de bien mesme, qui, la pluspart, sont, comme dit st Paul : languens circa quesiiones et pugnas çerhorum (10). J'ay ri de ce que le (11) P. G... vous a mandé sur les oiseaux ; j'ay perdu celui qu'il croit si nécessaire à ma récréation; je ne

(1) Mettre.

(2) Peux.

(3) Seul.

(4) (Les Incurables.)

(5) Nostre Seigneur.

(6) Qui.

(7) Devrois.

(8) Ces deux derniers mots manquent dans le manuscrit F.

(9) Nostre Seigneur... Phrase reproduite par le comte de Chabengey, Histoin de la Grande-Trappe, p. 311.

(10) [Saint Paul. Première épître à Timothée, chap. vi, verset 4.]

(11) Père G... Peut-être le P. Gervaiseî Ci n" 35.

compte pas que vous m'ordonniez de le remplacer (1). Je ne vous remercie point, (2) M. T. R. P., de l'honneur que vous m'avez fait de m'écrire sur le parement que vous avez daigné recevoir ; il me semble qu'il y eut eu plus d'amitié à ne rien [dire] (3) du tout, mais c'est une punition du plaisir que j'ay eu à le faire, et du long temps que je vous ay fait attendre. Je vous demande, (4) M. T. R. P., la continuation de vos bontés, et de me croire (5)...

A. No 32.

F. Lettre 34.

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