De Mme de la Sablière à Vahhé de Rancé
4 avril [16]92.
J'ay passé le caresme (6) comme j'ay pu, (7) M. T. R. P., j n'ay osé (8) guères faire davantage que dans le cours de l'année parcequ'il me semble que ce n'est pas votre volonté, (9) et j crains trop la mienne pour la suivre. Je ne m'en trouve pas plu mal ; je souffre quelquefois, mais, sans prévention, il me sembl que je n'en dois pas attribuer la cause à ma nourriture. La trar
(1) Encore osé.
(2) Imposer silence.
(3) Nostre Seigneur.
(4) Mon très révérend père.
(5) J'en attens de Dieu...
(6) Pâques était le 6 avril en 1692.
(7) Mon très révérend père.
(8) Osé faire.
(9) Je crains.
quillité dont il plaist à (1) N. S. de me faire jouir est au delà de toute expression ; je tâche de faire toutes mes actions en sa présence, (2) et je lui demande souvent pardon des infidélités que j'y commets. Je voudrois ne voir personne sans exception, mais il me vient souvent dans l'esprit que c'est peut estre un effet de ma propre volonté, et un arrangement de perfection de mon propre fond qui n'est peut estre pas le dessein de Dieu. Me soumettre (3) momentanément à sa volonté est ce que je tâche de pratiquer. Cette conduite ne manque pas de contradictions pour la nature ; du reste, il est vray qu'estre seule a des charmes pour moy qui me portent souvent à désirer la mort, mais je ne désire rien que la volonté de (4) N. S. Voilà, (5) M. T. R. P., comme je passe les jours sans les distinguer, car, en vérité, le temps disparoit devant moy. Je vous demande toujours vostre secours, et de me croire, avec un (6) profond respect (7)...
A. No 46.
F. Lettre 21.