‹ Madame de La SablièreChapitre 74 sur 104 · De Mme de la Sablière à Vahbé de Rancé · texte numérisé non relu

De Mme de la Sablière à Vahbé de Rancé

Ce 7. septembre [1692].

Je vous suis sensiblement obligée, (1) M. T. R. P., de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Comme il m'a (2) paru toujours que vous me laissiez la maîtresse du plus ou du moins de retraite, j'ai toujours fait ce que j'ay pu pour aller en diminuant. Cependant mes anciens amis ne voulant point quitter prise, et moy, sentant, à n'en point douter, que je ne leur servois de rien et qu'ils me nuisoient, et le mal que vous sçavez me marquant plus singulièrement (3) que jamais que Dieu me veut dans un plus grand abandon de tout, j'ay tout quitté, sans exception, et même (4) je les {sic) vois très rarement ; ainsi je suis dans une solitude entière qui est ce que j'ai toujours désiré, comme vous le sçavez. Je suis plus heureuse que je ne pourrois vous le dire ; je suis avec Dieu et (5) les souffrances, que je regarde comme des marques continuelles de sa bonté envers moy.

Je suis fâchée de la vivacité du (6) P. G. ; je l'admire. Je le verrai à cause de ce qu'il vous a écrit, car, sans cela, je le laisserois tranquillement au nombre des autres. L'abbé T. (7) est un des plus irrités, et il est bon que vous sçachiez que je ne luy avois (8) dit jamais un mot du commerce que j'ay (9) avec vous ; mais au retour de M^ Oudot, il me vint voir, et avec

(1) Mon très révérend père.

(2) Toujours paru.

(3) Que Dieu.

(4) Je vois très rarement ; je suis.

(5) Des souffrances.

(6) Père G... (Cf. n- 38, 39, 40).

(7) Le mot Testu est ajouté au-dessus du T., de la main du scribe qui a écrit le manuscrit F.

(8) Jamais dit.

(9) Chez.

une (1) discrétion très extraordinaire, me rompit en visière devant M^ Oudot (2) et de mes parens qui estoient avec moy, me disant qu'il avoit vu une (3) subscription de lettre à la Trappe qui s'adressoit à moy. Cela est rempli d'autres circonstances qui vous estonneroient, mais elles sont inutiles. Je ne vous dis cecy que dans la (4) crainte qu'il ne vous (5) écrive quelque chose ; mais je crois que laisser tomber et ne point du tout répondre, si cela luy arrive, seroit le mieux. Je ne crois pas qu'il y ait de tirannie égale à celle qu'il exerce sur (6) nous et ceux qui se disent (7) nos amis. Pour moy, je suis bien assurée qu'il n'y en a point que ceux qui (8) nous aiment en Dieu simplement et tranquillement, c'est ce qui me fait sentir que je suis en paradis de ne plus voir tous ces mouvemens et ces mauvais discours que j'entendois, surtout sur la dévotion, car ce sont les (9) prières de tous (10).

A. No 61.

F. Lettre 25.

28 septembre [1692].

Quand vous ne m'auriez pas fait l'honneur de m'écrire, M^, vous auriez receu de mes nouvelles, car j'étois en peine de l'état de votre santé. La mienne va et vient, mais en gros, elle est mieux ; c'est quelque chose. Ce n'est point à l'occasion de mon incommodité que j'ay pris le party de ne plus voir qui que ce soit, M^, c'est que j'ay cru devoir faire ce sacrifice à Dieu. Je ne suis insensible ni à l'amitié ni à la bonne conversation, et c'est pour cela que j'y dois renoncer. Quand cela est fait aussi net et aussi généralement que je l'ay fait, je crois que je ferois une duplicité envers N. S. d'apporter des exceptions circonstanciées. Ainsi, M^, permettez moy de refuser l'honneur que vous me voulez faire, et de trouver bon que j'envoie quelque fois sçavoir l'état de votre santé, qui ne peut être tout à fait bonne

(1) Indiscrétion.

(2) Et mes.

(3) Suscription.

(4) Croyance.

(5) Dise.

(6) Moi.

(7) Mes.

(8) Qui aiment.

(9) Pires.

(10) Ici se trouve, dans le manuscrit F, le paragraphe : t Quand je passe mes jours seule..., dans cette société de sçavans et gens éclairés de leur propre esprit », qui figure à la fin de la lettre n» 39 (44 du manuscrit A.).

par ce tems là. Je suis très aise que vous soyez hors d'affaire, mais je vois qu'incontinent, c'est à recommencer ; il faut espérer que la campagne vous donnera des forces pour y vacquer. Je suppose que vous n'estes là que pour détruire tout ce qui met obstacle entre Dieu et vous ; sans cela ce seroit une illusion, qui, en donnant pour quelque temps du calme à votre corps, vous feroit éprouver les mouvemens de l'esprit dans les occasions encore plus violentes. Nous n'avons qu'une affaire, et, je puis vous assurer que quand on s'y abandonne tout entier, on trouve plus d'occupation qu'il n'en faut, non pas pour un jour, mais pour une éternité ; on est reposé et rempli, et les choses créées lassent et laissent un vuide qui désole. Croies, M^, que je prendrai toute ma vie un sincèr intérêt à ce qui vous touche, et que la vie que je mène est très propre à se souvenir des personnes que l'on estime et que l'on aime ; vous voiez bien par là que je ne pui« vous oublier.

A. No 6.

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