SCÈNE IX
HENRI, MADAME THOMÉ
Henri!...
MADAMB THOMÉ.
HENRI
Ma mère ?
MADAME THOMÉ
Je ne suis pas contente de loi.
HENRI
Vous?
MADAMB THOMÉ.
Depuis quelque temps , tu souffrais, tu souffrais beaucoup, et tu me cachais le secret de ta douleur... C’est mal... c’est très-mal... mais la bonté du Ciel ayant dissipé mes inquiétudes, je suis trop heureuse pour te garder rancune, et je vais te donner ma joie à partager. Henri, mon cher enfant, plus de rêveries sombres, plus de larmes; tu es aimé de celle que tu aimes; rien ne peut t’empècher d’ètre heureux !
HENRI
Heureux ! aimé ! je ne vous comprends pas.
MADAME TIIOMÉ.
Oh ! c’est assez de dissimulation avec ta mère. Voyons , la cause de ton chagrin, c’est que tu étais amoureux, n’est-ce pas ?
HENRI
Amoureux! oui c’est le mot qu’on emploie. Eh bien, soit, j'étais amoureux. Continuez.
MADAME THOMÉ
Et l’objet de cet amour, c’était une femme séparée de toi par tous les préjugés du monde...
HENRI
O ciel ! qui a pu vous dire ?...
MADAME TIIOMÉ.
En sorte que tu craignais avec trop de raison que ton hommage ne fût jamais agréé ! Eh bien ! tu peux t’expliquer sans crainte ; la marquise de Beaucourt est résolue à t’epouser.
HENRI
M’épouser! la marquise de Beaucourt ! Mais vous vous trom-
S ez, ma mère ; elle ne pense pas à moi, elle ne s’est pas occupée e moi une minute, et si par impossible vous aviez raison, si
elle m’aimait, eh bien ! j’en serais confus, désespéré, car je ne l’aime pas, moi, je ne rai jamais aimée !
MADAME TIIOMK,
Ciel ! mais alors quel est le secret que tu me caches, ce secret fatal que je croyais avoir deviné ? Oh ! mes inquiétudes renaissent plus poignantes, et je ne te quêterai pas que tu ne m’aies tout avoué !
HENRI
Je n’en aurai jamais le courage. Par pitié pour moi, par pitié pour vous-mème, ne me demandez pas mon secret, laissez- moi partir sans vous l’avoir révélé.
MADAME TllÔMÉ.
Partir ?
HENRI
Oui, pour un voyage lointain et qui durera peut-être plusieurs années. Ne vous y opposez pas : c est Dieu qui m’entraîne et je n’ai pas d’autre moyen de me sauver.
Madame thomé.
Te sauver ! mais non... non... c’est impossible, mon fils n’a pas commis un crime...
HENRI
Un crime! Ah ! ma folie est le plus grand, le plus inconcevable de tous ! Ma mère, ma mère, pardonnez-moi !
madame thomé, pleurant .
Mon cher Henri, mon fils !
Sachez toute la vérité ; et si vous ne me comprenez pas, n’en soyez pas surprise, car je ne me comprends pas moi-même, et mes pensées, mes actions ne sont plus que celles d’un insensé !
MADAME TUOMÉ.
O mon Dieu !
HENRI
11 y a quelques mois encore, l’étude seule occupait ma vie... Quelquefois le vide de mon cœur m’étonnait... je sentais bouillonner en moi de confuses aspirations vers une existence plus troublée; mais le travail, vos douces caresses triomphaient bientôt de mes inquiétudes vagues, et j’étais à peu près heureux ..
MADAME TUOMÉ.
A peu près !...
HENRI
Une épidémie s’était déclarée aux environs de Paris; fatigué, souffrant même d’un récent excès de travail, je me transportai au centre de scs ravages pour les combattre, pour les arrêter. Vous vous rappelez les succès que j’obtins; vous savez que
f ràce à une médication énergique et nouvelle, je pus arracher la mort un grand nombre de victimes... mais je m’étais im-
* Henri, madame Tliomé, assise.