‹ Madame de la Verriere drame en cinq actesChapitre 18 sur 99 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

THOMÉ, MADAME THOMÉ, H EN Kl.

THOMÉ

11 est nommé? •

MADAME THOMÉ

Nommé ! qui ?

THOMÉ

Henri.

MADAME THOMÉ

A quoi?

THOMÉ

Au poste dont je vous avais parlé. Honneur à monsieur le médecin de la prison des Madelonnettes !

MADAME THOMÉ

Henri est médecin des Madelonnettes?

Avec quinze cents livres d’appointements. C’est un joli début, n’est-ce pas! je sais bien qu’il aura là des clientes un peu originales; mais la médecine est indulgente comme la charité!

MADAME THOMÉ

Et la nomination est bien certaine ! c’est du ministère que vous la tenez?

THOMÉ

Non pas, c’est de la prison des Madelonnettes.

MADAME THOMÉ

Vous en arrivez ?

THOMÉ

Sans doute...

MADAME THOMÉ

Et le palais... l’audience?...

THOMÉ

Tu as raison, je serai plus exact demain.

MADAME THOMÉ

Enfin, vous apportez une bonne nouvelle.

THOMÉ

J’apporte autre chose encore, et je n’ai point perdu ma matinée, je t’en réponds. Figure-toi que la lettre de cette pauvre

} )risonnière me revenait toujours a l’esprit. Bah ! me dis-je enin, les plus pressés, ce sont les pauvres, c’est par eux qu’il faut commencer. Ayant pris cette résolution, je me dirige vers les Madelonnettes; la première personne que j'y rencontre , c’est la supérieure... » Mes compliments à M. Thorné, me ditelle gracieusement; c’est M. Henri Thomé qui est nommé médecin de notre maison. J’en ai reçu l’avis au ministre... »

- * Madame Thomé, Thomé, Henri.

( S'interrompant .) Ainsi, c’est officiel. Il n’y a plus de doutes a conserver... Ravi de cette nouvelle qui me payait déjà de la bonne action que je venais faire, je conte à madame la supérieure l’objet ue ma visite et je suis introduit par son ordre auprès de la femme qui m’avait écrit... Cette pauvre femme, étrangère et parlant a peine le français , m’explique commment sa famille s’est débarrassée d’elle alin de se partager ses biens... Son récit avait les caractères de la vérité, de l’innocence, ie lui promis chaudement de la servir... Ah! monsieur, disait-elle en me prenant les mains; comment reconnaître votre bonté, votre désintéressement? quel malheur de me voir dans un dénuement tel, que je n’ai pas même le plus petit objet à vous offrir!... Alors dans un coin sombre de la prison, une douce voix s’éleva : Un jour, pour prix d’un bien faible service, j’ai reçu une bague en or que j’ai gardée en la cachant à tous les yeux... Monsieur l’avocat Thomé, qui témoigne tant d’intérêt à notre compagne, daignera-t-il l’accepter comme gage de notre reconnaissance?... En achevant ces mots prononcés avec un accent enchanteur, la prisonnière qui avait parlé s’avanpa vers moi et me tendit l’anneau... Henri, madame Thomé, j’ai vu quelques belles personnes dans ma vie; j’ai vu madame de Montespan, madame de Gonti, madame de Fontange, et toi-même, hobonne, qui étais fort bien dans ton jeune temps... eh bien, je suis fâché de le dire, toutes ces beautés, y compris la tienne, auraient été complètement éclipsées par celle de la femme qui me parlait... Ébloui fasciné... j’ai machinalement accepté la bague qu’elle m’offrait; et tenez... tenez... la voilà... Avais-je raison de vous dire que je n’ai point perdu ma matinée ?

Henri, tombant clans les bras de sa mère. *

Ciel ! ô ciel !

MADAME THOMÉ

C’est mon anneau !

THOMÉ. - -

Eh bien, qu’avez-vous donc? (.4 son fils.) La place que j’ai obtenue pour toi te déplait-elle? (.4 sa femme.) Cet anneau, aurais-tu honte de le porter? je conçois tes scrupules... c’était tout l’avoir de cette pauvre femme , et tu penses que je n’aurais pas dû l’accepter...

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