I.A MARQUISE
Il m’a fait le plus grand éloge de vous et de votre fille , et il ' consent au mariage , à condition....
A condition que j’assurerai tous mes biens à Catherine... Si ce sont là vos bonnes nouvelles , c’est bien, marquise ; ce mariage est à jamais rompu.
LA MARQUISE
Mais vos intentions n’étaient-elles pas conformes aux désirs du duc de Granville ?
Oui; mais pour arriver légalement à ce résultat, j’avais besoin de quelques lettres écrites et signées par madame de La Verrière. Le comprendrez- vous , marquise? Dans l’affreuse position où elle est, elle a conservé tout son orgueil, toute son impudence, et a refusé obstinément de m’accorder ce que je lui demandais.
LA MARQUISE
Quels avantages lui offriez-vous?
La liberté, le droit d’aller vivre à l’étranger avec sa fille et des moyens d’existence suffisants pour toutes deux.
LA MARQUISE
Elle a refusé tout cela?
Oui... oui...
la marquise, à part.
Ah ! c’est qu’elle veut rester à Paris à cause d’Henri ! c’est qu’elle l’aime !
Il faut donc que je renonce au mariage de ma fille avec le jeune duc de Granville , et Dieu sait le désespoir qu’elle en ressentira...
LA MARQUISE
Elle le connaît donc?
Oui , marquise ; et elle l’aime : elle l’aime à en mourir, si elle ne l’épouse pas.
LA MARQUISE
Et comment vous expliquez-vous que madame de La Verrière, qui fait parade de tant a’amour pour sa fille, ait refusé de vivre libre avec elle?
C’est qu’elle ne veut rien signer, dit-elle, qui compromette l’avenir de son enfant.
!.A MARQUISE
Prétexte! la véritable cause de son refus, c’est qu’il n’est pas de prison si triste dont l’amour ne puisse faire un paradis.
Que voulez-vous dire?
LA MARQUISE
Je vous éclaire à regret; mais un nouveau scandale se prépare et il est urgent de le prévenir. Ce matin , aux Madelonnettes , pendant que vous étiez caché dans cette pièce voisine du parloir, vous avez assisté à la présentation du nouveau médecin delà maison... Avez-vous remarqué son trouble, son embarras quand il s’est trouvé en présence de votre femme?
LA VERRIERE.
J’entendais à peine et je ne voyais rien.
LA MARQUISE
Apprenez qu'il l’aime.
11 l’aime !
LA MARQÜISB.
Ali! seriez-vous jaloux?...
Non ! non !
LA MARQUISE
Alors, je vous prédis que si vous n’y mettez bon ordre, vous apprendrez un de ces matins que le médecin des Madelonnettes s’est enfui avec votre femme. Proposez après cet éclat une alliance au duc de Granville.
Quoi, elle oserait... ce serait là... Voyons, que puis-je faire ?
LA MARQUISE
Demandez au lieutenant de police que la nuit prochaine , avec le plus grand secret, on transfère votre femme dans une autre prison.
Dans la maison de détention de Montpelier !...
LA MARQUISE
Soit. Écrivez, je porterai la lettre... ( A part.) Oh ! Henri, Henri, tu seras bien obligé de revenir à moi.