ACTE V, SCÈNE VI
procès, que parce que toutes mes espérances sont perdues ! Je comptais fuir avec vous, vivre avec vous, me faire aimer de vous, enfin; je vois bien qu’il faut que j’y renonce et que toute ma passion échoue devant votre indifférence. Eh bien! autant vaut mourir tout de suite. Puissiez-vous être acquittée et vivre heureuse! voilà le dernier vœu que je forme. Adieu! adieu !
MARIE
Mon Dieu! je n’ai donc que ce moyen de le retenir, de le conserver à son père et à sa mère ! de le sauver ici-bas et là- haut! Il faut que devant un deuil si récent je lui fasse l’aveu de l’amour que j’ai pour lui! Eh bien! sois satisfait, malheureux! et puisque cette passion ne s’est pas assez trahie , puisque tu n’as su la lire ni dans mon troubje , ni dans ma contrainte, ni dans mes regards, apprends que tu es le premier, le seul homme que j’aie aimé au monde ! apprends que je t’aime autant que tu m’aimes! apprends que si tu meurs, je ne ne demanderai plus à Dieu qu’une chose, ce sera de me réunir à torfeTu me parles toujours de notre rencontre dans la forêt de Sâmt-Germain, de ce moment où ton cœur s’est donné à moi dans un regard, eh bien ! ce moment, qui a décidé de ta destinée, décidait aussi de la mienne; c’est depuis ce jour-là que je t’aime; nos âmes se sont embràsées en même temps ! Parleras-tu encore de mourir? diras-tu que tu n’as plus d’espoir et de courage? Ne feras-tu pas tous les efforts dont tu es capable pour sauver une vie où j’ai lié la mienne, et l’honneur d’un nom que je serais si heureuse de porter (1)?
Assez! assez! Pour les événements qui se préparent, j’ai besoin de toute mon énergie, de tout mon courage, et l’excès du bonheur va me l’ftter !... Aimé! aimé de toi! Oh! parle, dispose de ma volonté, de ma vie ! tout ce que tu voudras, je le ferai ! marie, allant à l'escalier.
Madame de Beaucourt !...
HENRI
Adieu, adieu, Marie ! Oh! nul homme ne comprendrait ce que j’éprouve ; je vais le dire à Dieu ! [Il sort.)