‹ Madame de la Verriere drame en cinq actesChapitre 89 sur 99 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

HENRI, MARIE. r

hbkri , le regardant aller.

Bon père ! pauvre père !

MARIB.

Vous le plaignez ; quel malheur le menace ?

HENIII.

Le plus grand de tous est tombé sur lui.

MARIE

Comment ? expliquez-vous.

HENRI

Eh bien, je suis .. Ah! c’est affreux dire; je suis accusé comme vous de l’empoisonnement de M. de Laverrière.

Oh ! ce n’est pas possible ! et, en tout cas, il n’y a contre vous aucune preuve.

HENRI

Rappelez-vous ce que vous disiez tout à l’heure à mon père : M. Henri est aussi coupable que moi.

MARIE

Mais nous sommes perdus alors , nous sommes irrévocablement perdus. C’est l’échafaud avec toutes ses horreurs! bien

S lus, avec touto son infamie. Et ma fille : perdue aussi, eonamnée à l’opprobre et au malheur par l’arrêt qui frappera sa mère. Ah ! ma fille ! ma fille !

HENRI

Oui, cet arrêt la tuera comme vous, seulement son supplice sera plus long. Ne voulez-vous rien faire pour la sauver ?

MARIE

Comment?

HENRI

Vous-même, attendrez-vous patiemment les hontes et les tortures qu’on vous prépare ? Pourquoi cette agonie de deux mois, de trois mois peut-être... lorsqu’il vous suffit d’un moment de courage pour être libre.

MARIE

Libre !

HENRI

Voyez, la nuit est sombre, à vingt pieds au-dessous de ce balcon, la Seine coule profonde et rapide ; yenez...

MARIE

Que dites-vous ?

HENRI

Pas de procès contre les morts, pas de tache sur votre nom ni sur celui de votre lille ; sauvez-la et sauvez-vous.

MARIE

Malheureux !

HENRI

Ah ! ne me plaignez pas, mourir avec vous, mourir la main dans la vôtre, c’est le bonheur que je rêve depuis que je vous connais : je n’aurais pu vous être uni dans la vie, eh bien! je le serai du moins dans la mort. (Il l’entraine sur le balcon.) marie , sur le balcon.

Un suicide!

HENRI

Que pouvez-vous regretter dans ce monde?

MARIE

Rien, mais je ne veux pas me perdre dans l’autre.

HENRI

Marie !

Ecoutez ! j’ai toujours pensé que mes épreuves auraient un terme et qu’un jour le ciel ferait éclater mon innocence. Cette conviction, je ne sais si c’est Dieu qui la ravive en moi pour vous éclairer et pour vous sauver, mais jamais je ne l’ai sentie si profonde. Rassurez-vous donc et reprenez comme moi espoir et confiance. Nous serons acquittés! nous serons acquittés.

HENRI

Quoi, vous pouvez vous flatter... oui, l’espoir brille dans vos yeux et sur votre front... allons, gardez vos illusions: moi qui ne les partage pas, je vous dis adieu pour toujours !

MARIE

Où allez-vous?

HENRI

Me sauver du déshonneur.

MARIE

Vous allez vous tuer?

HENRI

Que vous importe ?

MARIE

Que m’importe, grand Dieu !

HENRI

Ma mort ne vous empêchera pas de vous justifier : au contraire, elle peut vous servir.*

MARIE

Arrêtez ! Vous ne sortirez pas d’ici que vous ne m'ayez juré de vivre !

Eh! le puis-je? Sachez toute la vérité : si je suis résolu à mourir, c’est encore moins pour échapper à l’infamie de ce

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