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Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique

Il peut paraître nécessaire d'expliquer ou de justifier un choix critique des Lettres et Entretiens de Mme de Maintenon, tant nous avons perdu le goût de pareilles entreprises. Voici les raisons sérieuses qu'il en faut donner.

C'est assurément une étrange lacune de notre littérature historique et morale que nul recueil n'existe encore offrant dans son ensemble la correspondance qui raconte une telle vie. Les volumes de La Beaumelle ne comptent pas, naturellement, puisqu'il a défiguré par ses inventions malsaines les beaux documents qu'il avait entre les mains ; il n'en faut plus parler. Lavallée a fait un effort très méritant, et on lui doit beaucoup; mais, pour avoir voulu trop étreindre, pour s'être imaginé qu'il pourrait donner toutes les lettres de Mme de Maintenon, les fausses et les vraies, et toutes celles de ses correspondants, il ne s'est pas défendu de la confusion et n'a pu achever son œuvre : son cinquième volume de la Correspondance générale, qui n'allait encore que jusqu'à la fin de 1705, a été détruit, et il n'en reste que bien peu d'exemplaires. Son quatrième volume s'arrête en décembre 1701, et depuis lors on n'a plus que des groupes de lettres dispersées ou altérées.

D'autre part une édition complète de ce qu'a écrit Mœe de

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Mainlenon, une édition scrupuleusement exacte, comme celles qu'obtiennent de notre temps les grands écrivains, est à peine possible ou même désirable. D'abord il y a de graves lacunes, qu'on peut espérer de voir se combler. Si, comme l'affirment des témoignages contemporains, Mme de Maintenon a détruit sa correspondance avec Louis XIV, où elle a dû montrer tout son esprit, il n'est pas interdit d'espérer qu'on puisse retrouver ses lettres à Boufflers, à l'abbé Testu, aux princes de la famille royale, au duc de Bourgogne pendant la malheureuse campagne de 1708, à la reine d'Espagne, au duc du Maine. Lavallée nous a rendu beaucoup de pièces inédites, on en trouvera un certain nombre ici ; mais il en reste à découvrir.

Une autre raison encore paraît s'opposer au dessein d'une édition complète. C'est qu'une infinité de ces lettres ne subsistent aujourd'hui qu'en des cahiers de copies exécutés à Saint-Cyr, et composée de fragments sans cesse répétés, mais en même temps mêlés, émondés, expurgés pour servir de lectures édifiantes aux religieuses et aux demoiselles. Tant qu'on n'aura pas retrouvé soit les originaux, soit, si elle exista jamais, une copie plus autorisée que les autres, comment tirer de cette confusion des textes authentiques? D'ailleurs beaucoup de ces pages donnent jusqu'à la satiété le très menu détail de préceptes méticuleux ; beaucoup ne sont que d'insignifiants billets transmettant les plus humbles commissions de chaque jour. Ne risquerait-on pas de noyer dans un fouillis obscur, que doit dédaigner l'histoire, les parties vives d'un grand et beau monument à la fois historique et littéraire? Ajoutez enfin que certaines portions de l'œuvre, par exemple celles qui nous montrent l'habile éducatrice, avec ses principales lettres de direction à la fois pédagogique et religieuse, auxquelles les falsifications du dix-huitième siècle ont peu touché, ont été publiées avec succès. Lavallée a donné il y a trente ans les Lettres historiques et édifiantes*, puis les Conseils aux demoiselles2, puis les Lettres et entretiens sur l 'éducation

1 Charpentier, 1856, 2 vol. in-12.

2 Charpentier, 1857, 2 vol. in-12.

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des filles1, et ces premiers volumes ne prêtent pas aux mêmes objections que son recueil de la Correspondance générale. De plus M. Octave Gréard, un très fin moraliste, qui traite avec une compétence rare les problèmes les plus délicats de la pédagogie, a composé un excellent volume des Lettres, avis et entretiens sur V éducation*.

Nulle part cependant on n'a encore la correspondance authentique de Mme de Maintenon sur l'ensemble de sa vie, et spécialement sur toute la dernière partie du règne, période si grave, où elle a été si directement mêlée.

Voilà à quelle lacune il s'agit de remédier en quelque mesure, afin de rendre à l'historien d'une époque brillante, plus célébrée que connue, des informations sûres, et de mettre un terme, pour ce qui concerne une figure importante, à des opinions vagues ou peu justes, fondées sur des falsifications éhontées qui conservent encore leur ridicule crédit : je ne pourrais citer que bien peu de livres, jusqu'en ces derniers temps, — y en a-t-il deux ou trois? — qui s'abstiennent enfin de mettre sur le compte de Mme de Maintenon, en des citations voyantes, les inventions les plus grossières de La Beaumelle.

Il faudrait que le lecteur trouvât ici, grâce à un choix raisonné des lettres les plus intéressantes, tous les aspects d'une physionomie plus variée qu'on ne le croit d'ordinaire. A la verdeur du style, à la franchise de l'expression quand elle écrit à son frère, la petite-tille d' Agrippa d'Aubigné paraîtra, non sans quelque arrière-goût de seizième siècle. Sa longue correspondance avec son directeur, l'honnête abbé Gobelin, rapprochée des Entretiens qu'elle eut plus tard avec les dames de Saint-Cyr, nous livrera en traits fidèles l'histoire assez peu connue, incomplète encore, de sa jeunesse et de son élévation première. Devenue presque reine, ses lettres aux religieuses de Saint-Louis d'une part, et d'autre part à l'archevêque de Paris, bientôt cardinal de Noailles, offriront un double aspect

1 Charpentier, 1861, 2 vol. in-12.

8 Nouvelle édition, Hachette, 1886, in-12.

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du rôle auquel elle se vit appelée, et aideront à en comprendre le vrai caractère. Et, pendant que ses billets à des amies telles que Mme de Dangeau et Mme de Caylus montreront dans son âge avancé sa vie quotidienne et familière, sa vaste correspondance avec le duc de Noailles et avec la princesse des Ursins la fera voir observant avec une exacte sollicitude les affaires d'Espagne, suivant avec anxiété les vicissitudes de nos armées, fière de leurs succès, abattue de leurs revers : le très réel patriotisme de Mme de Maintenon n'a pas été signalé autant qu'il convient. Pour avoir observé la règle d'une synthèse logique, un tel recueil ne devra pas être moins utile à l'historien ni au biographe1, mais il agréera sans doute aussi au moraliste; nul doute que les lecteurs habitués à rechercher dans l'histoire autre chose qu'une succession de faits extérieurs et sans lien, s'ils veulent suivre attentivement la série de ces lettres et les apprécier pas à pas, n'y trouvent, à mesure qu'ils y pénétreront, la matière d'une étude attachante sur un personnage et sur un temps très dignes de leur attention.

Mme de Maintenon a été une de ces rares personnes qui, une fortune extraordinaire venant à elles, savent, après en avoir paru dignes grâce à des qualités peu communes, continuer de la mériter, se soutenir dans une extrême élévation sans aspirer plus haut encore, et ne point abuser d'une faveur entière. Telle n'est pas pourtant sur elle l'opinion générale. On croit volontiers qu'elle s'est ingéniée par des moyens de toute sorte à séduire la fortune, qu'elle a voulu exiger d'elle plus encore qu'elle n'en recevait, et qu'elle a exercé sans réserve, au profit de certaines causes, une influence consi-

1 Naturellement l'historien ne se dispensera pas de recourir aux publications antérieures; mais ces deux volumes lui en faciliteront l'usage en élucidant, croyons- nous, beaucoup d'incertitudes, et ils ajouteront eux-mêmes à l'information générale.

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dérable et funeste. C'est que l'idée qu'on s'est faite jusque dans notre temps de son caractère et de son rôle ne résulte pas d'une lecture attentive de sa correspondance, source d'information tout à fait capitale, qui seulement n'était pas dans son intégrité à la portée de tous, même des hommes d'étude. Cette idée est bien plutôt le produit d'une double légende créée par les pamphlétaires du dix-septième siècle, dont Saint-Simon s'est fait le formidable interprète, et par les falsifications étranges du dix-huitième, inspirées de tendances différentes, mais également éloignées de la vérité historique et morale.

Mme de Maintenon raconte dans un de ses Entretiens avec les religieuses de Saint-Louis qu'un jour une pauvre femme l'était venue trouver, pleurant et criant qu'on lui rendît justice : de méchantes gens l'avaient accablée d'injures, et elle demandait réparation. « Des injures? lui répondit Mme de Maintenon, mais nous en vivons, nous autres ! » Et elle ajouta que des lettres anonymes lui parvenaient sans cesse, lui demandant si elle n'était pas lasse enfin de s'engraisser du sang des pauvres, de faire passer à l'étranger l'or de la France, de conspirer la perte du Roi et de nos armées avec le prince Eugène et la reine Anne1. Pouvait-il en être autrement quand les fautes et les malheurs d'un long règne commençaient de peser sur l'opinion, et qu'à côté du Roi une étrange fortune avait placé une personne devenue évidemment principale, d'autorité et de talent, et dont la situation mystérieuse d'épouse non déclarée augmentait encore l'apparent crédit? Comment n'aurait-elle pas vu naître autour d'elle, jusque dans le cercle de la cour et de la famille royale, des rivalités jalouses promptes à se venger

1 Voy. ici t. I, p. 552, et t. H, lettre du 50 janvier 1707. On sait combien il courait de chansons contre elle. Chansons et pamphlets étaient souvent composés eu Hollande. Voir le Nouveau Siècle de Louis XIV, ou Choix de chansons historiques et satiriques presque toutes inédites (par Gustave Brunet). Paris, 1857, in-12. Voir le Manuel du libraire de G. Ch. Brunet, 4845, t. IV, p. 217. — Cf. Spanheim, Relation de la cour de France en 1090, éd. de M. Ch. Scliefer, Paris, Renouard, 1882, p. 56, 90.

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par des médisances? La duchesse d'Orléans, par exemple, mère du Régent, se tenait d'autant plus offensée de cette faveur qu'elle prétendait plaire particulièrement au Roi. Il n'est pas d'injures que cette grossière princesse n'écrivît sur son compte à ses parents d'Allemagne. C'est elle qui, dans une de ses lettres, désignait du mot de « concubinage » les rapports entre Mme de Maintenon et le Roi : on le sut à la cour, et Mme de Maintenon elle-même, en présence de témoins, lui montra, à sa grande confusion, la lettre interceptée1. La Fare aussi médit hardiment dans ses Mémoires, mais avec une légèreté impertinente et ignorante qui lui enlève toute autorité.

Médisances et pamphlets seraient tombés dans l'oubli si un écrivain tel que Saint-Simon ne les avait recueillis, développés, envenimés. Malheur à ceux dont le vindicatif duc et pair a malignement buriné le portrait ! La postérité a grand'peine à se défendre contre son prestige, à se désabuser et à se déprendre. Pourtant Saint-Simon est moins historien que prodigieux artiste et que poète. Son active et ardente faculté d'imagination, à peine quelque scène intéressante parait-elle s'esquisser à ses yeux, prête à la réalité encore insaisissable et incertaine une substance, un relief, une vie qui l'anime, la multiplie et la grandit au delà des justes proportions. Il voit et il entend à travers le temps et l'espace les physionomies, les gestes, le dialogue que, pour une bonne part, il suppose inconsciemment et invente. Comment d'ailleurs, si fort entiché de noblesse, n'aurait-il pas médit de la « chétive veuve... de naissance obscure, à peu près honteuse, d'une vie misérable, basse », de cette gouvernante devenue la femme d'un roi si grand à ses yeux? Il aura toute indulgence pour Mme de Montespan et les autres maîtresses parce qu'il s'agit de personnes de grande naissance; mais Mmc de Maintenon, qui est de petite noblesse, lui est en un si haut rang un objet d'horreur. Et puis il voit en elle la protectrice des bâtards, l'adversaire des ducs, celle qui « eût voulu anéantir la première dignité du

1 Voir notre tome I, p. 539.

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royaume * » : c'est tout dire. Ses insinuations malignes et, bien plus, ses injures grossières la poursuivent dès sa naissance, incriminent chaque circonstance de sa vie; c'est sur le ton de l'invective et avec un réel acharnement qu'il affirme sans preuves l'inconduite de Françoise d'Aubigné avant, pendant et après le mariage avec Scarron. Plus tard il certifie que sa dévotion est pure hypocrisie et simple instrument de règne. C'est elle qui travaille sans relâche à la ruine de la Montespan, non pour lui succéder comme maîtresse, ce qu'il pardonnerait peut-être malgré la basse naissance, mais pour atteindre cet autre degré de faveur qui révolte tant son humeur aristocratique. Une fois le mariage obtenu, il veut qu'elle n'ait plus songé qu'à le faire déclarer afin d'être reconnue reine. Avec Louvois et le père de la Chaise, confesseur du Roi, elle a préparé et conduit en un profond secret toute l'affaire de 1685. Si elle a fondé Saint-Cyr, c'a été uniquement pour effacer la communauté de Saint-Joseph instituée à Paris par la Montespan, et pour retenir le Roi en l'entourant d'une jeunesse aimable. Si elle a lié partie avec l'archevêque de Paris, cardinal de Noailles, c'a été pour s'emparer de la feuille des bénéfices, et tout régenter par l'Eglise. Elle a voulu se mêler de toutes les affaires, avec une incapacité rare d'en traiter quelqu'une. Elle a voulu gouverner l'Espagne par sa princesse des Ursins. En réalité, elle a vécu dans une sombre clôture où pénétraient seulement des délations qui lui laissaient tout ignorer.... « Elle était la reine des dupes. » — Ces diverses assertions et bien d'autres encore trouveront plus bas des réfutations faciles; notons seulement dès ici, pour entrer en une juste défiance à l'égard de Saint-Simon, et puisque l'occasion s'en offre, un exemple des absolus démentis que la correspondance authentique oppose quelquefois à ses récits les plus amusants.

Pour démontrer que Mme de Maintenon, comme il vient de le dire, était « la reine des dupes », il raconte la bonne histoire,

1 Mémoires, XVII, 141. Nous citerons toujours Saint-Simon d'après la seule édition in-12 de MM. Chéruel et Ad. Régnier fils publiée par la maison Hachette. Nous citerons à part les cinq premiers volume? de la grande édition de M. Arthue de Boislisle, même librairie.

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que tout le monde a lue, de Courcillon, fils de Dangeau : « Jeune homme fort brave et de beaucoup d'esprit, mais tout tourné à plaisanterie, à bons mots, à méchanceté, à impiété, à la plus sale débauche ». Comme Mma de Dangeau restait affligée au chevet de ce fils malade qu'elle aimait passionnément, Mme de Maintenon, entrant dans sa peine, venait fréquemment lui offrir une assistance affectueuse. « Courcillon les écoutoit, leur parloit dévotion, et elles de l'admirer et de publier que c'étoit un saint. La d'IIeudicourt cependant et le peu d'autres qui étoient admises, connoissant le pèlerin qui quelquefois leur tiroit le bout de la langue à la dérobée, ne savoient que devenir pour s'empêcher de rire et, au partir de là, ne pouvoient s'en tenir d'en faire le conte tout bas à leurs amis.... Ce fut un spectacle qui divertit toute la cour, et une duperie de Mme de Maintenon dont personne n'osa l'avertir. Elle citoit toujours Courcillon en exemple, et le Roi en prit par elle l'impression. Elle ne s'aperçut jamais de rien1. »

Qu'on lise en présence de ces affirmations les lettres mêmes, et qu'on juge de quel côté est le beau rôle. À cette mère inquiète du présent et de l'avenir, Mme de Maintenon écrivait en décembre 1706 : « Je ne comprends que trop votre état, ayant vu de près le fond de votre cœur pour M. de Courcillon ; mais je vous conjure de ne point augmenter le mal par votre prévoyance. Combien a-t-on d'exemples de gens plus mauvais que lui qui sont revenus!... Le Roi me fit hier bien des questions sur votre tristesse et sur ce qu'il entrevoit. Je ne tombai d'accord que d'un peu de crapule et de légèreté : il se récria sur le grand courage de M. votre fils. 11 est bien cruel qu'il veuille perdre une réputation dont il pourroit jouir.... Un peu de crapule se pardonne dans ce temps-ci : le Roi n'en sait pas davantage, et M. de Courcillon pourroit revenir s'il mettoit là son courage si admiré. » On voit qu'elle n'était rien moins que dupe. Si elle vantait Courcillon, ce n'était pas pour sa piété, mais pour son courage; si elle n'instruisait pas entièrement le Roi, ce n'était que par bonté et par indulgence. La conclusion

1 Saint-Simon, t. V, p. 59-CO.

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de Saint-Simon est aussi erronée et aussi méchante que son histoire est plaisante et merveilleusement contée.

Voltaire, dans son Siècle de Louis XIV, a été pour Mme de Maintenon historien plus véridique, bien qu'il n'ait pas connu entièrement sa vraie correspondance. S'il lui arrive de se tromper, c'est le plus souvent dans un sens opposé aux excès de Saint-Simon. Aussi n'a-t-il pas pris pour guides ordinaires les obscurs pamphlets ; il dédaigne et déteste ce qu'il appelle « les inepties des anas, les chroniques scandaleuses, les contes ridicules, les horreurs insensées, les sottises atroces ». Il a mis plus de dix ans à rassembler les preuves sérieuses de son Siècle. Au premier rang de ses informations il place ses propres souvenirs, et la tradition orale que ses relations personnelles et son âge lui ont permis de recueillir : il avait vingt ans en 1715. Le maréchal de Villars, le cardinal Fleury, le maréchal de Noailles, le second maréchal de la Feuillade, gendre de Ghamillart, Maréchal, premier chirurgien du Roi, le marquis de Fénelon, les Caumartin, bien d'autres encore, l'ont instruit par leur conversation et leur expérience. Il a lu et cité fréquemment les Mémoires imprimés ou manuscrits de la grande Mademoiselle, de La Porte, Gourville, Guy Patin, Saint-Évremond, Choisy, La Fare, Dangeau, Torcy. Il a connu par fragments les Mémoires de Saint-Simon; mais son bon sens, sa juste impression, son instinct de la vraie grandeur l'ont mis en garde. Il respecte l'histoire, et l'on trouve déjà chez lui quelques-uns des traits de la physionomie véritable.

A peine a-t-il achevé et publié son ouvrage qu'il entend annoncer un recueil de la correspondance jusqu'alors inconnue de Mme de Maintenon, publié par un certain La Reaumelle, qui s'est permis de critiquer vertement sa première ébauche une année auparavant. Voltaire a près de soixante ans; il est tout-puissant à Berlin auprès de Frédéric; les hommages lui viennent de toutes parts. Si des documents originaux de cette importance, et qu'il n'a pas connus, infirment ses témoignages, c'en est fait de sa réputation d'historien. Il court aux nouveaux volumes et se rassure : « J'ai vu les lettres de Mmc de Maintenon, écrit-il à d'Argental le 22 novembre 1752.

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C'est un monument bien précieux pour les gens qui aiment les petites choses dans les grands personnages (il n'eût pas ainsi parlé en présence des seules pièces originales). Heureusement ces lettres confirment tout ce que j'ai dit d'elle; si elles m'avaient démenti, mon Siècle était perdu. Comment se peut-il faire qu'un nommé La Beaumelle, prédicateur à Copenhague, depuis académicien, bouffon, joueur, fripon, et d'ailleurs ayant malheureusement de l'esprit, ait été le possesseur de ce trésor?... » On voit que Voltaire ne songe pas à révoquer en doute la sincérité des documents; tout au plus dit-il une fois que d'évidentes erreurs de dates pourraient justifier quelques soupçons. Il en reste là, et dans une édition suivante de son livre il adopte, entre autres inventions du faussaire, quelques-unes de celles qui nous paraissent aujourd'hui les plus opposées à la vérité morale. Nous sommes à notre aise pour en juger, maintenant que nous avons les vrais textes sous les yeux; mais Voltaire pouvait d'autant mieux s'y tromper que La Beaumelle, guidé par ce qu'il connaissait des documents originaux, et habilement docile à une opinion publique déjà séparée des passions d'un Saint-Simon, se montrait dans ses inventions un peu moins prévenu et moins injuste.

La langue et les sentiments que La Beaumelle prêtait à Mme de Maintenon, destinés à plaire au goût public du milieu du dix-huitième siècle, restaient pourtant bien éloignés de l'exacte vérité historique. Je ne reviendrais pas sur l'histoire de cette fraude si chaque jour encore, je le répète, des auteurs estimables ne renouvelaient dans leurs livres les malheureuses citations des maximes et des mots introduits par le téméraire éditeur. «

On sait que, pendant un voyage à Paris, où il cherchait fortune, La Beaumelle avait eu accès chez Racine fils, bien que celui-ci vécût dans une profonde retraite, occupé seulement de travaux littéraires et d'œuvres charitables. Au cours de la visite, Racine laissa voir un cahier de lettres de Mme de Maintenon qu'il avait soigneusement copiées, puis annotées à l'aide de Mémoires également inédits. La Beaumelle comprit aussitôt le parti qu'on pouvait tirer de pareils documents, et il obtint

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qu'ils lui fussent confiés. Cependant le recueil était bien incomplet. Il écrivit donc pour obtenir de nouvelles pièces ou des indications utiles, puis, comme la réponse tardait, il ne se soucia pas d'attendre plus longtemps, et forgea lui-même des lettres destinées à satisfaire la curiosité des lecteurs. Ainsi parut en 1752 un recueil en trois volumes, dont l'un comprenait une vie inachevée de Mme deMaintenon, et les deux autres une série de lettres non interrompue. Trois ans après, fier d'avoir obtenu les communications des dames de Saint-Cyr et du maréchal de Noailles, il remplaça ces trois volumes par six volumes in-12 donnant une biographie étendue, sous ce titre : Mémoires pour servir à V histoire de Mme de Maintenon et à celle du siècle passé, avec neuf volumes du même format contenant une plus ample correspondance.

De la pure invention du faussaire sont tout d'abord une soixantaine de lettres à Mme de Saint-Géran et à Mme de Frontenac. La vallée a fort bien démontré le double faux ; pourquoi ne veut-on pas l'en croire? Pourquoi ne veut-on pas renoncer désormais à citer les mots plus ou moins spirituels qui viennent de là? C'est que les lettres de Mme de Saint-Géran fourmillent d'anecdotes de cour et de prétendues confidences intimes, dont on ne veut pas se priver. Elles accusent nettement un rôle politique que les lettres authentiques laissent très effacé, pour de bonnes raisons. Mme de Saint-Géran, beaucoup plus jeune que Mme de Maintenon, était, dit Saint-Simon, charmante d'esprit et de corps, et l'avait été pour d'autres que pour son mari. Il ajoute qu'elle ne bougeait de la cour, ce qui suffirait à rendre inexplicable une correspondance où on lui mande toutes les nouvelles de cour. Elle fut exilée toutefois en 1697 pour certains soupers clandestins avec la duchesse de Bourbon que le Roi avait déjà interdits. Or peu de temps auparavant, en 1696, une lettre authentique du 8 mars, au cardinal de Noailles, s'exprime ainsi : « Mme de Saint-Géran, à qui je n'avois pas parlé il y a bien des années, m'a demandé une audience en m'assurant qu'elle vouloit être dévote. Je lui ai parlé avec une grande franchise sur sa conduite.... » La Beaumelle est un maladroit d'avoir choisi cette légère personne pour en faire

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la confidente d'une personne fort discrète. — Il en est de même, peu s'en faut, de Mme de Frontenac, un bel esprit, une précieuse, une divine; « et en effet, dit Saint-Simon, elle (et ses amies de l'Arsenal) exigeaient l'encens comme déesses ». Elle avait été belle et ne l'avait pas ignoré : un mari gouverneur au Canada n'avait en rien gêné sa liberté. Si Mme de Saini- (iéran et Mme de Frontenac avaient été de l'intimité de Mme de Maintenon, est-ce que Saint-Simon n'aurait pas rappelé contre celle-ci des amitiés si compromettantes? La prudente marquise aurait-elle choisi particulièrement ces femmes-là pour leur livrer le secret de ses tête-à-tête avec le Roi?

Et Mme de Fontenay, à laquelle auraient été adressées six lettres bien souvent citées? Racine fils, qui, tout étonné de la publication de La Beaumelle, a marqué ses doutes dans un exemplaire aujourd'hui conservé chez M. le duc de JNoailles, ne la connaît pas, la correspondance authentique non plus, ni Saint-Simon, ni personne. A chacune de ces lettres imprimées, Racine fils a écrit en marge : « M'est inconnue » ou « Me paraît inventée par l'éditeur ».

Rayons donc pour toujours, de grâce, ces mots surabondamment cités, qui ont fait une illégitime fortune, et qu'il importe de condamner à l'oubli :

« Mes vœux sont enfin exaucés.

... Non, depuis la disgrâce De faîtière Yasthi dont j'occupe la place,

je n'eus jamais un plaisir égal à celui que je ressens aujourd'hui1 ».

— ((. M. de Louvois a ménagé à Mme de Montespan un tête-àtête avec le Roi; l'amour seul tiendra conseil aujourd'hui, Le Roi est ferme ; mais Mme de Montespan est bien aimable dans les larmes2 ».

— « Je le renvoie toujours affligé et jamais désespéré5. »

1 A Mme de Fontenay, La Beaumelle, t. II, p. 176.

2 A la même, ibid., t. I, p. 67.

5 A la même, ibid., t. I, p. 74.

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— (( Mon cœur est déchiré; le sien n'est pas en meilleur état1. ))

— « Voilà donc Athalie encore tombée ! Le malheur poursuit tout ce que je protège et que j'aime ! Mme la duchesse de Bourgogne m'a dit qu'elle ne réussiroit pas, que c'étoit une pièce fort froide, que Racine s'en étoit repenti, que j'étois la seule qui l'estimois... 2. »

Ce n'est pas le moindre méfait de La Beaumelle que de prêter les sentiments, les idées, le langage qui sont particulièrement ceux du dix-huitième siècle à une personne en qui se résume aussi parfaitement qu'en Mme de Maintenon l'esprit du dix-septième. Il lui faut à toute force accommoder son héroïne selon le goût du temps auquel lui-même il veut plaire. Il corrige en ce sens les lettres authentiques, jusque-là inconnues, qu'une injuste fortune a fait tomber entre ses mains; il les met en accord — au prix de quels contresens et de quelles erreurs ! — avec celles qu'il a entièrement fabriquées. Que Mme de Maintenon soit prêcheuse, d'accord; il est certain qu'elle est préoccupée du salut et de la vie future ; nul n'a plus commenté le tout est vanité. Cependant elle n'est pas sentencieuse et pédante. Elle peut écrire au duc de Noailles : « Il n'y a que Dieu qui mérite d'être servi comme vous servez », mais non pas, comme le lui fait dire La Beaumelle : « Il n'y a que Dieu qui mérite le sacrifice que votre philosophie fait aux rois ». Quand elle mande au même duc : « Le Roi ne peut être que très content de vous; mais, quand il ne leseroit pas, vous avez sans doute assez de vertu pour être content du témoignage de votre conscience», c'est La Beaumelle qui ajoute : « et pour vous faire un bonheur en vous-même indépendant des rois ». Quand elle dit simplement : « Le maréchal de Boufflers est allé planter; je crois qu'il ne seroit pas fâché qu'on allât le chercher pour commander l'armée », ce n'est pas la même chose que de dire : « Je crois que ce Cincinnatus ne seroit pas fâché qu'on allât le chercher à la charrue pour commander l'armée ». Du même maréchal elle raconte Ja belle conduite à

1 A Mme de Fontenay, La Beaumelle, t. I, p. 75.

2 l/rid., t. V, p. 1. Voir notre tome H, p. 1.

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Malplaquet : « Il étoit comme un lion pour le courage, et donnoit ses ordres avec sangfroid comme s'il eût été dans sa chambre ». Mais notre homme traduit de la sorte: « Il alloit à la charge avec la férocité d'un lion, et donnoit ses ordres avec le sangfroid d'un philosophe en robe de chambre ». Mme de Maintenon ne plaindra pas une grossesse de la duchesse de Bourgogne par cette déclamation en mauvais style : « Faire des princes, c'est faire des malheureux ». Elle n'inventera pas cette belle phrase : « qu'avec la couronne sur la tête et le sceptre en main on est souvent plus infortuné qu'un homme qui a les fers aux pieds ». Elle souffre avec sincérité et jusqu'au découragement des revers de la France; mais elle n'a pas sans cesse sous la plume ces banales expressions sur les droits des peuples, ces antithèses sur la misère des petits et le luxe des grands qu'affectionnait le dix-huitième siècle. Elle annonce en 1710 qu'il n'y aura pas de fêtes pour le mariage du duc de Berry à cause du triste état des affaires; mais ce n'est pas elle qui achève la phrase par cette maxime prétentieuse : « Notre joie insulteroit le peuple, qu'il faut respecter sans le craindre ». Elle écrit au milieu des malheurs de la fin du règne : « Le Roi est en parfaite santé, courageux et chrétien, et faisant de son mieux». A ces paroles simples et graves La Beaumelle substitue ces lignes : « Le Roi est en parfaite santé. Même courage, même soumission à la volonté de Celui qui dispose des empires; toujours malheureux et faisant toujours tout ce qu'il faut pour ne l'être pas ».

Ce n'est point, disais-je, que La Beaumelle prétende se ranger parmi les ennemis déclarés de Mme de Maintenon. Il n'a pas ramassé leurs injures; il n'a pas, comme Saint-Simon, adopté les invectives des pamphlets. Les lettres qu'il avait entre les mains lui montraient trop évidemment que ce n'étaient que mensonges. Et pourtant il a fait à cette mémoire autant de mal que ses détracteurs, en recommandant à ses contemporains, grâce à une forme faite pour leur plaire, les plus vulgaires interprétations d'une fortune si éclalante. Ce que la courte vue, ce que la malignité inconsciente de l'esprit public avaient conjecturé avec une plate vraisemblance pour

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expliquer une destinée absolument invraisemblable, il l'a recueilli, il lui a donné un corps, qu'il a animé d'une pointe de romanesque, et il l'a fait entrer ainsi pour longtemps dans le domaine de l'histoire. En excitant par ses altérations la défiance de la critique bientôt éveillée, il a discrédité ses propres emprunts aux documents sincères, et l'opinion s'est de nouveau livrée aux médisances, aux calomnies de Saint-Simon. Il faut aujourd'hui de réels efforts à l'opinion pour oublier cette image ainsi faussée, et pour adopter franchement, au lieu de la figure de convention qu'on a créée, le portrait original qui résulte de la simple lecture des documents authentiques, celui dont Sainte-Beuve, Saint-Marc-Girardin, le duc de Noailles, Lavallée, ont aperçu déjà ou deviné les principaux traits.

ni

11 va de soi que, si l'on veut porter sur Mme de Maintenon un jugement équitable et impartial, il faut ne la pas séparer de son temps, de ce dix-septième siècle pendant lequel dominait une dévotion exacte et sincère. Seule cette dévotion lui paraissait exprimer et garantir un sentiment de hauteur morale, un goût élevé de l'ordre et de la règle qui lui étaient absolument naturels. C'est ce que traduisait dans sa vie pratique ce trait de « bonne gloire », pour parler son propre langage, par où elle prétendit dès son enfance se faire distinguer de ce qui l'entourait. Ambitieuse, elle le fut, mais à sa manière, se gardant, se réservant, voulant toutefois obliger et plaire, laissant d'ailleurs agir en sa faveur le charme de son esprit et la séduction de son commerce, tenant pour indigne d'elle ce que sous ses yeux d'autres, non des moins graves, croyaient pouvoir admettre, mettant devant elle, pour tout dire, à la fois comme protection, comme attrait et comme arme, cette force intérieure et secrète qu'affirme aux plus indiscrets la très exacte conduite, inséparable de la solidité intellectuelle et morale. Qu'une telle vertu, qui lui a beaucoup profité, n'ait pas

xvi INTRODUCTION.

été héroïque, c'est possible. On n'a pourtant pas le droit de lui prêter d'autre calcul dans la vie que ce calcul, fort légitime, de devoir le succès à une honnêteté sûre d'elle-même, à la modération irréprochable, à cette tenue sévère qui donne une particulière saveur à la distinction native. Est-ce un tort d'estimer comme les plus puissants les meilleurs moyens, et comment discerner avec précision, dans l'ensemble d'une conduite conforme aux meilleures maximes, les justes parts de l'amour du bien pour lui-même ou de la froide mais droite raison, le plus ou le moins de détachement et de conviction généreuse? Elle-même a bien défini cette fierté dont elle était animée, et qu'elle se reprochait au nom d'un idéal religieux : « Je voulois faire dire du bien de moi ; je voulois faire un beau personnage et avoir l'approbation des honnêtes gens : c'étoit là mon idole... Je ne me souciois pas des richesses : j'étois élevée de cent piques au-dessus de l'intérêt; mais je voulois de l'honneur )). Fénelon lui disait avec vérité dans le même sens : (( Vous êtes née avec beaucoup de gloire, c'est-à-dire de cette gloire qu'on nomme bonne et bien entendue, mais qui est d'autant plus mauvaise qu'on n'a point de honte de la trouver bonne. 11 vous reste encore beaucoup de cette gloire sans que vous l'aperceviez.... Vous tenez encore à l'estime des honnêtes gens, à l'approbation des gens de bien, au plaisir de soutenir votre prospérité avec modération, enfin à celui de paroître par votre cœur au-dessus de votre place. » Elle répétait souvent une parole qui traduit bien sa pensée et donne la mesure de son mérite : « On ne comprend point assez combien il est habile de n'avoir rien à se reprocher, rien à cacher, rien à craindre ». Parole bonne à répandre, si elle peut séduire l'égoïsme et l'amener à se contredire.

On se sera beaucoup approché vers une entière intelligence du caractère et du rôle de Mme de Maintenon quand on se sera une fois persuadé que tout son édifice a reposé sur cette double base, un grand fonds de religion et une réelle passion d'honneur. L'alliance est naturelle entre ces deux sentiments, et, dans cette alliance, le support réciproque est manifeste. Le sentiment religieux parle de dignité suprême, de grande origine

INTRODUCTION. xvn

et de noble fin. Il va de soi que l'humilité chrétienne elle-même est volontairement oublieuse plutôt que réellement inconsciente de la valeur personnelle. Loin de contredire la vraie fierté, l'humilité l'autorise et la légitime, on pourrait dire la commande. Si par exemple elle s'effraye de la louange, elle veut d'autant plus l'avoir méritée. L'honneur ainsi compris est une sauvegarde et une force. C'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue quand on veut juger Mme de Maintenon. Sa ferme raison el sa religion sincère l'ont conduite : elle y est restée constamment fidèle. Certes on ne peut l'accuser d'un calcul ayant ambitionné à l'avance ce que fut sa destinée; mais elle a su, par de réels mérites, attirer la première faveur, et elle s'est trouvée ensuite à la hauteur d'une fortune tout à fait extraordinaire.

Ceux qui croient trouver dans l'histoire de sa jeunesse les taches de l'inconduite s'égarent, pour ne pas vouloir entendre que ce caractère et cette vie ont été tout d'une pièce. Il ne faut plus se laisser tromper ni par les invectives de Saint- Simon, ni par les grossièretés de la Palatine, ni par des lettres fabriquées, comme celle qui est attribuée à Ninon de Lenclos sur le marquis de Villarceaux et la fameuse chambre jaune. Toutes les vraisemblances morales démentent les infamies racontées par Saint-Simon1, et l'on verra ici même l'importante lettre inédite de 1669 (plus loin, p. 18), qui ajoute encore à ces fortes vraisemblances. Villarceaux était un fat, auquel son contemporain Boisrobert, non sans motifs apparemment, donnait dès 1659 ce bon conseil :

Si c'est cette rare beauté Qui tient ton esprit enchanté, Marquis, j'ai raison de te plaindre.

Car son humeur est fort à craindre.

Elle a presque autant de fierté Qu'elle a de grâce et de beauté.

Comme ton mérite est extrême, Songe à n'aimer que ce qui t'aime.

Suis qui t'estime, et ne perds pas En l'air tes soupirs et tes pas.

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