‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentiqueChapitre 42 sur 43 · PREMIÈRE MAITRESSE DES ROUGES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE MAITRESSE DES ROUGES

Manuscrits de Versailles. Lettres et avis, page 276.

Vous admirez beaucoup trop ce que je fais pour votre classe; mais, tel qu'il est, vous ne l'imitez pas assez. Vous parlez à vos enfans avec une sécheresse, un chagrin, une brusquerie qui vous fermera tous les cœurs. Il faut qu'elles sentent que vous les aimez, que vous êtes fâchée de leurs fautes, pour leur propre intérêt, et que vous êtes pleine d'espérance qu'elles se corrigeront. 11 faut les prendre avec adresse, les encourager, les louer; en un mot, il faut tout employer, excepté la rudesse, qui ne mène jamais personne à Dieu. Vous êtes trop d'une pièce, et vous seriez très-propre à vivre avec des saints; mais il faut savoir vous plier à toutes sortes de personnages, et surtout à celui d'une bonne mère qui a une grande famille qu'elle aime également.

A Mme DE CRUEL.

Manuscrits de Versailles. Lettres et avis, page l8o.

J'ai toujours oublié de vous dire ce que j'ai remarqué, il y a quelques jours, en vous entendant expliquer l'Évangile. Il me paroît que vous embrassiez trop de matières; il en faut peu pour des enfans. Vous parlez trop aussi, et je crois qu'il faudroit les faire parler davantage, pour

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voir s'ils entendent et s'ils comprennent. Je trouvai encore que vous étiez 1res éloquente. Par exemple, vous dites qu'il falloit faire un divorce éternel avec le péché. Cela est vrai, et très bien dit; mais je ne crois pas qu'il y ait trois filles dans votre classe qui sachent ce que c'est qu'un divorce. Soyez simple et ne songez qu'à vous rendre bien intelligible. J'ai cru, ma chère fille, qne vous trouveriez bon que je vous donnasse ainsi mes avis à mesure que je vous verrai faire. Inspirez, je vous en conjure, à vos enfans les pratiques de piété que j'ai toujours désirées chez vous, l'horreur du péché, la présence de Dieu, la docilité de se laisser conduire. Je vous demande encore de les conduire selon l'esprit de l'Église; j'ai écrit un petit abrégé qu'il faudroit suivre1. Ayez dans, les classes une conduite uniforme, autant qu'il se pourra, et communiquez-nous tout ce que vous faites; n'innovez rien : vous ne pouvez comprendre combien vous rendrez parla le gouvernement des classes facile pour les maîtresses. Adieu, ma chère fille.

1 Mroc de Maintenon désigne probablement, ainsi son écrit sur YUsage qu'il faut faire des diverses fêtes de Vannée, qui a été bien des fois publié (Voir Lavallée, Lettres et entretiens sur Védueaticn des fdles, tome I, page 72).

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