ANNÉES
d'autre parti pour vous, et que rien n'est plus difficile que d'en trouver dans le temps de la paix pour un gentilhomme qui n'a pour tout bien que son épée. J'ai reçu tous les déplaisirs du monde de la prière que j'avois faite à M. de Yillettei de vous recevoir et de vous garder chez lui. Vous n'en avez pas bien usé, à ce que j'ai appris de trente personnes différentes, et vous vous êtes brouillé avec lui après en avoir reçu tous les services qu'on peut recevoir d'un frère à qui l'on est cher. Je vous avoue que j'en ai de très grands ressentimens contre vous, et que ce procédé-là a détruit toute la bonne opinion que j'avois de vous. Vous avez reçu de lui non seulement les choses nécessaires, mais vous lui avez pris ce qu'il ne vous donnoit point, et vous avez reçu de l'argent pour le jouer. Je ne comprends pas qu'on puisse avoir le cœur "d'un gentilhomme et en user ainsi, et, comme je vous l'ai mandé mille fois, il vaudroit mieux avoir un habit usé et ne point jouer que de le ûiire par des voies aussi basses que sont celles de recevoir. J'ai déjà fait tenir deux quartiers de votre pension à mon cousin pour commencer à le remplacer de toutes les dépenses que vous avez faites à ses frais. Vous êtes sur le point de toucher encore un quartier, et, si vous me donnez une occasion de vous le faire tenir, je n'y manquerai pas. Vous vous êtes brouillé avec M. le conunandeur de Neucheze, et j'en ai reçu des reproches des gens par lesquels je vous avois fait recommander. Enfm, pour vous parler bien franchement, il ne me revient de vous que des choses désagréables. J'en suis dans une douleur proportionnée à la tendresse que j'ai pour vous, et ce qui me désespère est que ce que j'apprends passe par les mains de gens
» Elle parle évidemment ici de son cousin germain, Philippe le Valois de Villette, né en 1682, avec lequel elle avait été élevée chez sa tante, M-' de Villette, et pour qui elle conserva toujours mie grande amitié. Beaucoup de lettres lui seront adressées (voir la note à la lettre du 3 avril 1674).
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dont vous auriez besoin, et à qui j'avois donné de l'estime pour vous. Adieu ; je voudrois avoir donné un bras et que vous fussiez le plus honnête homme de France. Je vous servirois certainement assez utilement et plus que je ne le puis faire pour moi-même.
A M- DE MINON, A YILLARCEAUX.
BiMiolh. nationale. Mss., fon.ls français, nouv. acq., IWi, fol. 211. Inédile.
Ce C) septembre (1669).
.l'ai bien cru que la douleur de M->« de Yillarccaux seroit telle que vous me la représentez; mais j'ai bien cru aussi que sa piété lui donnoroit des consolations que les outres n'ont pas. Elle a trop de vertu pour ne pas faire un scrupule d'une trop vive et trop longue affliction, et elle sait mieux que moi que c'est dans ces occasions-là que l'on donne des marques de foi et de résignation qui sont d'un plus grand mérite que tout ce qu'on peut faire dans un autre état. Je ne saurois vous donner nulle espérance pour ce pauvre enfant, car il est celui dont on doute le moins de la mort ; et même l'on prétend en savoir des particularités. Ce seroit leur donner une douleur toute nouvelle quand la confirmation en viendra. j^lme de Yillarceaux est bien heureuse d'avoir auprès d'elle une personne qui a autant d'esprit et de vertu que vous. Je voudrois v être pour partager et pour tâcher d'adoucir ^a douleur; mais je ne sais encore quand j'y pourrai aller. En attendant, faites-leur à tous mille amitiés pour moi, et croyez, madame, qu'on ne peut vous honorer plus que je fais.
La lettre qu'envient délire, et qui paraît ici pour la première fois est d'une grande importance pour l'histoire morale de M- 'de Maintenon. Celte lettre est adressée à M- de Hrinon,
religieuse UrsuHne,qiie nous verrons associée à la fondation de Sainl-Cyr. Elle n'a pour date que ces mots autographes : « Ce 0 septembre ». Voici quelles raisons autorisent à la placer en 1669. M'-^Scarron, parTintermédiairedeM^^de Brinon, y adresse des condoléances à M"" de Yillarceaux pour la mort d'un jeune homme cher h celle-ci. « Ce pauvre enfant » paraît avoir été tué dans un combat; (( il est celui dont on doute le moins de la mort )). Denise de la Fontaine avait épousé le 18 mars 1645 Louis de Moriiay, le célèbre manjuis de Yillarceaux. Un fds aîné, Charles de Mornay, fut tué le 1" juillet 1690 à la bataille de Fleurus ; la seule date de notre lettre, 6 septembre, empêche, outre plusieurs autres motifs, de croire qu'il y soit question de lui. Mais son frèi'e plus jeune, Philippe de Mornay, chevalier de Malte, enseigne du vaisseau amiral au siège de Cancili', fut tué à ce siège. La Gazette de France annonce sa mort le 27 août ; c'est évidemment de celui-là qu'il s'agit.
Si la lettre à M™^ de Brinon est de 1669, elle dissipe en partie l'obscurité qui enveloppait les pnMnières années du veuvage de M"' Scarron. A ne prendre que les opinions extrêmes, nous étions en présence de deux récits fort différents et, à vrai dire, contradictoires, celui de Saint-Simon et celui des dames deSaint-Cyr; voyons si le nouveau et parfaitement authentique témoignage que nous produisons ne sera pas décisif.
Le marquis de Yillarceaux et le marquis de Montchevreuil étaient parents et habitaient des châteaux voisins. A en croire Saint-Simon (I, p. U), Yillarceaux, qui était, dit-il, un déhanché fort riche, « entretint fort longtemps M"^ Scarron et la tenoit presque tout l'été à Yillarceaux. Sa femme, dont la vertu et la douceur donnoient une espèce de respect au mari, lui devint une peine de mener cette vie en sa présence ; il proposa à son cousin Montchevreuil de le recevoir cIk^z lui avec sa compagnie, et qu'il mettroit la nappe pour tous. Cela fut accepté avec joie, et ils vécurent de la sorte nombre d'étés à Montchevreuil )). Les dames de Saint^Cyr présentent les choses tout autrement [Mémoires des Dames... \). H7) : elles montrent M"" Scarron fort liée à Paris avec beaucoup de « gens de mérite et d'une qualité distinguée, entre lesquels M. de Mornay. marquis de Montchevreuil, et madame sa femme. Ils lui étoient si unis qu'ils s'en séparoient le moins qu'ils pouvoient, et même lorsqu'ils alloient à Montchevreuil, leur maison de campagne, ils l'engageoient à venir avec eux, où elle les y alloit trouver.
20 lEHRES DE M""^ DE MMNTENON.
Ce fut là qu'une reli-ieuse Ursuline, nommée M»« de Brinon, eut l'honneur d'être connue d'elle », etc. Notez que, dans la même page où il fait son vilain récit, Saint-Simon, en même temps qu'il vante la vertu de M- de Villarceaux, reconnaît la bonne réputation et la piété, exagérée selon lui, de M- de Montchevreuil. M- de Caylus rend de cette dernière a peu près le même témoignage. A qui Saint-Simon fera-t-il croire que cette M"" de Montchevreuil fût femme à accepter le scandale qu'on n'osait pas imposer à une autre? Quant à M""" de Villarceaux, la lettre que nous venons de faire connaître montre en elle, non pas une femme offensée par la pire injure, mais une amie à qui l'on offre, sur un ton d'intimité, de graves et religieuses consolations. Il faudrait que la veuve de Scarron eût trompé ici trois honnêtes personnes à la fois.... L'accusation de Saint-Simon ne se peut soutenir.
Trois fragments des Instructions ou des Entretiens ultérieurs de M"" de Maintenon nous aideront, comme nous l'avons annoncé plus haut, p. 12, à compléter l'histoire de son enfance et de sa jeunesse.