ANNÉE
chives du château de Pons, résidence des d'Albret, et sont aujourd'hui en la possession de la famille de Dampierre, qui a bien voulu me les communiquer.
César de Miossens, maréchal d'Albret, avait été des amis de Scarron. Il venait chez le poète chercher le plaisir de la conversation, et se montra reconnaissant plus lard en offrant à sa veuve une protection qui lui devint singulièrement utile. M"' de Caylus dit dans ses Souvenirs qu'il la donna comme intime amie à la maréchale, femme d'une grande piété, a preuve certaine encore de la vertu qu'il avoit reconnue dans M"*" Scarron ; car les maris de ce temps-là, quelque galants qu'ils fussent, n'aimoient pas que leurs femmes en vissent d'autres dont la réputation eût été entamée. La maréchale étoit une femme sans mérite, sans esprit; mais M'"" de Maintenon, dont le bon sens ne s'égara jamais, crut, dans un âge aussi peu avancé, qu'il valoit mieux s'ennuyer avec de telles femmes que de se diverlir avec d'autres ». (Voir plus bas, 7 septembre 1676, et 25 octobre 1677.) Les lettres que nous donnons sont sur le ton d'une obligée respectueuse envers un bienfaiteur presque sexagénaire. C'est dire qu'elles n'autorisent pas les médisances qui n'ont pas épargné non plus cette amitié. Familièrement admise à l'hôtel d'Albret comme à l'hôtel de Richelieu, M""^ Scarron rencontra, dans la première de ces deux maisons surtout, la meilleure société de la cour et de la ville ; elle y trouva de nouvelles occasions de déployer le charme de sa conversation, de faire goûter son ardeur à se rendre utile ou agréable. C'est là qu'elle connut M- de Montespan. M- et M. de Montespan, dans les premiers temps de leur mariage, ne bougeaient, dit Saint-Simon, de l'hôtel d'Albret, le mari étant cousin du maréchal. Quand la marquise fut la maîtresse du Roi, quand cette liaison devint publique et déclarée (Amphitrijon est de 1668), ce ne fut pas le parti de M. de Montespan que l'on prit a l'hôtel d'\lbret et M°"= Scarron ne rompit point avec l'amitié qu'une rare mise en commun d'esprit avait fait naître*. Loin de là, ses lettres de 1671 au maréchal trahissent le ton de flatterie envers la toute-puissante maîtresse et la joie de recevoir quelnues rayons de sa faveur. Depuis 1669, elle devint secrètement la gouvernante des enfants de M- de Montespan et de Louis XIV.
i Elles se plurent mutuellement, dit M- de Caylus, et se trouvèrent Tune à l'autre autant d'esprit qu'elles en avaient en effet.
LETTUES DE M'" 1»E MAIMENO.N.
Ct'uxqui ont essayé plus tard d'expliquer et d'excuser cette origine de la fortune de M"" de Maintenon ont allégué qu'elle n'accepta une telle mission que sur l'ordre du Roi (Voiries Souvenirs deM'"'' de Caylus),etLanguetde Gergy, son pieux panégyriste, raconte que, « sur l'avis de son directeur, elle pensa que ce n'étoit pas autoriser le crime que de cacher la honte de celle qui l'avoit commis, et de procurer au fruit qui en venoit une éducation chrétienne ». Ce n'est pas toutefois cela seul qui paraît ici; lorsque la lutte ardente s'établira entre ces deux femmes, la correspondance de M""" de Maintenon nous la montrera très affermie sur un terrain déjà bien à elle, et d'où elle avait dû viser de bonne heure, non pas sans doute à la prodigieuse fortune qui lui advint, mais à une influence morale de nature à l'affranchir de toute rivale en la mettant hors de pair. Le progrès est tel pendant ces années-là pour M"*^ Scarron que sa troisième lettre au maréchal nous la fait déjà voir à la cour, où elle prend pied par un éclatant succès.