‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 18 sur 98 · FRAGMEIST D'UNE INSTRUCTION DE M- DE MAINTENON · texte numérisé non relu

FRAGMEIST D'UNE INSTRUCTION DE M- DE MAINTENON

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VI, p. 468 (1707).

. Je voudrois avoir fait pour Dieu ce que j'ai fait dans le monde pour conserver ma réputation. J'ai soutenu dans ma jeunesse et au milieu du plus grand monde de ne porter qu'une simple étamine, dans un temps ou personne n'en portoit; j'étois plus singulière dans mon habillement que ne le seroit une demoiselle de Saint-Cyr au milieu de la cour.... Je n'étois pas assez heureuse pour agir en cela par piété; je le faisois par raison et pour l'amour de ma réputation. Je n'avois pas assez de bien pour égaler les autres dans la magnificence de leur habillement; j'aimois mieux me jeter dans l'extrémité contraire, et marquer que j'étois tout à fait au-dessus du désir de paroître par l'ajustement et par la parure, plutôt que de laisser croire que j'en attrapois ce que je pouvois, et que je faisois mon possible pour en approcher. Je ne saurois vous dire quelle estime cela m'attira ; on ne pou- Yoit se lasser d'admirer qu'une jeune personne au milieu du monde eût le courage de soutenir un habillement si modeste; il Tétoit en effet, et n'avoit rien de bas m de rebutant; si la qualité de l'étoffe étoit simple, l habit éloit bien assorti et fort ample, le linge étoit blanc et fin rien ne sentoit la mesquinerie. Je paroissois plus avec cela que si j'avois eu un habit de soie décolorée, comme en ont la plupart des pauvres demoiselles qui veulent approcher de la mode, et qui n'ont pas de quoi pour en faire la dépense.

Je soutins avec une fermeté inviolable la générosité de ne recevoir aucun présent ; j'étois tellement connue de

ce caractère que jamais aucun homme ne s'avisa de m'en offrir, sinon un, qui étoit un sot. Je ne sais à quel dessein il fit ce que je vais vous dire : j'avois un éventail d'ambre fort joli, je le posai un moment sur la table ; cet homme, soit en badinant, soit à dessein, prit mon éventail et le rompit en deux. J'en fus surprise et choquée; j'y eus, dans le fond, un grand regret, car j'aimois fort cet éventail. Le lendemain cet homme m'envoya une douzaine d'éventails pareils à celui qu'il m'avoit cassé. Je lui fis dire que ce n 'étoit pas la peine de casser le mien pour m'en envoyer douze autres, que j'en aurois autant aimé treize que douze, et je les lui renvoyai et demeurai sans éventail. Je le tournai en ridicule dans les compagnies de ce qu'il m'avoit offert un présent. Jamais, depuis, aucun homme ne s'avisa de m'en offrir. Vous ne sauriez croire la réputation que ce procédé me donna ; aussi en étois-je si jalouse que j'aimois mieux me passer de tout que d'agir autrement. Cet amour de la réputation, quoiqu'il soit mêlé d'orgueil et de fierté, et que, par conséquent la piété doive le corriger, est cependant d'une grande utilité aux jeunes personnes; c'est le supplément de la piété pour les préserver des plus grands désordres. C'est pourquoi je ne conseillerois jamais de l'étouffer dans le cœur de la jeunesse.

Les trois lettres qui vont suivre, adressées en 1671 au maréchal d'Albret, prennent dans l'histoire de M"" de Maintenon une importance qui n'échappera pas au lecteur. Bien qu'elles aient été imprimées il y a quatre ans', elles sont peu connues. Les originaux, entièrement autographes, ont appartenu aux ar-

* Un paquet de lettres, 1570-1072, Henri IV, Henri de Condé, comte de Soissons, maréchal d'Albret, Turenne, duc de Bouillon, M'^' de Maintenons Ninon de Lenclos, publiées par M. Louis Audiat ol M. Henri Valleau, Paris, Baur, rue des Saints-Pères, 11 (1881, j;rand in -S* de 40 paires).

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