I, 34, XII
INTRODUCTION
Dix autres conloinporains déposent de même. Le chevalier de Méré, un des beaux esprits hôtes de Scarron, admire en sa jeune femme la sévérité et le dévouement conjugal. Sorbiere, encore un témoin de ces années-là, déclare que « la beauté, la jeunesse et l'esprit galant de cette dame n'ont fait aucun tort à sa vertu ». Segrais, autre ami de la maison atteste « qu'au bout de trois mois elle avait corrigé son mari de bien des choses », qu'il n'avait plus pour elle que des témoignages de respect, même qu'il la consultait sur ses ouvrages et se trouvait fort bien de ses corrections. Gilles Boileau, frère ame de Despréaux, lit contre elle quelque épigramme ; mais il la remplaça bientôt, sur les reproches qu'il en avait reçus, par mi madrigal obligeant. Un des jeunes galants qui lui rendaient hommage affirmait qu'il manquerait à la reine plutôt qu a cette
personne-là.
Mariée en mai 1652, à seize ans et demi, elle était veuve en 1660 à vingt-cinq ans M sans fortune : allait-elle savoir éviter les périls et les travers de son temps? Nous avons sur tout ce qu'elle fut alors deux excellents témoins, son directeur rabbé Gobelin et M- de Sévigné. Quelle caution pour elle, à le bien prendre, que la correspondance de M- de Sévigné! Celle-là n'est pas suspecte. Sans peur parce qu'elle est sans reproche, sans scrupule parce qu'elle est sans fiel, sans compromis ni sous-entendus ni réticences, comme elle ne se prive de rien ! Comme elle cueille et grossit sa gerbe sans penser à mal, et rien que pour divertir sa fille! Y a-t-il une réalité, une rencontre, un soupçon, une apparence qui lui échappe et qu'elle ne redise? Comme elle drape ceux et celles qui le méritent ! Comme elle distille la Montespan ! Comme elle n'excepte pas de sa chronique fidèle ses meilleures amies, M- de Coulanges, M- de Lafayette, la Rochefoucauld! A quoi bon s'en taire puisque aussi bien elle goûte si fort en eux, au su de tous, l'honnête et l'aimable? Aussi que de bons jugements tout francs et sans appel! A qui fera-t-on croire qu'elle aurait épargné, par exception, dans ces lettres écrites au jour le jour, la jeune veuve déjà si remarquée? Ou bien pourquoi se serait-elle trompée sur elle? - Or précisément
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elle en a jugé comme a fait Louis XIV. Elle a goûté, ce que Saint-Simon n'a pu connaître, le charme de cet esprit lors de sa première ou de sa pleine floraison. Pendant un temps elle la voit tous les jours, la recherche et l'observe : « Nous soupons tous les soirs avec M"^ Scarron, dit-elle. Elle a l'esprit aimable et merveilleusement droit. C'est un plaisir de l'entendre raisonner.... Sa société est délicieuse. » Pour que M"* de Sévigné parle ainsi, il faut bien qu'elle reconnaisse en elle une honnête femme que son passage dans le pays des précieuses, que son commerce avec M"" de Scudéry, avec M""^ de la Fayette, M""*" de Coulanges, l'abbé Testu, avec la Place-Rovale et le Marais, avec les hôtels d'Albret et de Richelieu, n'ont pas fait dévier de sa rectitude naturelle, mais qui a seulement affiné au contact de ce monde élégant, soit ce goût de l'esprit et de ce qu'on appelait alors la raillerie, dont on retrouve les traces dans ses lettres, soit ces habitudes de sobre et fine élégance et de distinction suprême qui étonnaient et troublaient son humble confesseur. M""' de Sévigné, qui s'y connaît, nous a dit l'attrait de sa parole et de son esprit; l'abbé Gobelin va nous dire avec une inconsciente perfection, en croyant ne s'y pas connaître, le charme extérieur de toute sa personne : « Vous n'avez que des étoffes communes, lui écrivait-il; mais je ne sais ce qu'il y a : je vois tomber avec vous, quand vous vous mettez à genoux, une quantité d'étoffe à mes pieds qui a si bonne grâce que je trouve quelque chose de trop bien. » Joli crayon, à désespérer le peintre le plus délicat !
En 1669 un grand changement s'est introduit dans son existence : elle est devenue la gouvernante des enfants de M°" de Montespan et du Roi. Nul doute, quelles que soient l'influence des temps et celle des idées — obstacles dont savent triompher
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les forts - qu'elle n'eût mieux agi si elle eût refusé, par un sentiment de dignité intime, d'élever les enfants issus d'un double adultère. L'histoire n'eût probablement rien connu d'elle; mais elle se fût honorée devant sa conscience et devant Dieu ^'est-il pas vrai cependant que la conscience est diversement éclairée selon les divers degrés de la moralité publique ( Nous estimons étrange la distinction par laquelle M- Scarron répondit à l'offre qui lui était faite : « Si les enfants sont au Roi, je le veux bien; mais il faut qu'il me l'ordonne ». La vérité est que l'Kglise seule blâmait nettement alors ces scandales de la royauté; M- Colbert et M- de la Sablière avaient accepté d'élever les enfants du Roi et de M-^ de la Vallière, ce qui ne valait pas beaucoup mieux, et l'opinion n'y avait nullement trouvé scandale. M- Scarron était d'ailleurs redevable à la Montespan de quelques services personnels. Son peu de fortune exigeait qu'elle se fit une condition. Il n'y aurait guère à la blâmer de s'être laissé engager, puis d'avoir recherché l'occasion de se faire distinguer du Roi de manière a mériter l'augmentation d'une récompense tout d'abord promise, et destinée à mettre un terme à ses embarras et à ses inquiétudes d'avenir.
Cette phase de sa vie, fort décisive, a duré plus de dix années, depuis 1669, alors qu'elle devient gouvernante des premiers enfants du Roi et de M-« de Montespan, jusqu'au 8 janvier 1680, qu'elle est nommée dame d'atour de la danphine, et se voit affranchie de la maîtresse délaissée. A l'observer attentivement pendant cette période, comme on pourra le faire ici même en lisant ses lettres et notre récit, quelle diplomatie rusée! diront les uns, quelle ferme et correcte conduite! pouvons-nous dire. — Nous ajouterons, si l'on veut; quel jeu fortement serré ! — Sachons-lui d'abord beaucoup de ^ gré du dévouement sincère qu'elle a montré pour ces jeunes ' enfants. Elle a fait preuve d'une tendresse maternelle quand elle a aimé pour lui-même le duc du Maine, soulîreteux et infirme, qui lui a témoigné en retour pendant toute sa vie une affection profonde et respectueuse. Le malheur était qu'il fallait se soumettre à la mère, dont le brillant esprit ne
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modérait pas l'humeur dédaigneuse et changeante, et qui ponsi^ait sans réserve, à travers les abus et les scandales, Uexcès de ses insolents triomphes. Elle préparait d'ailleurs assez sûrement sa ruine, par ses inégalités, pour qu'on n'eût pas besoin d y travailler sourdement. On a cilé bien à faux, pour démontrer chez la gouvernante une prétendue ténacité d'intrigue, ce mot à son frère : (( Quoique l'on crût être défait de nous, vous croirez bien, vous qui nous connoissez, que l'on ne s'en défait pas si aisément » ; on n'a pas compris que c'est de M""' de Montespan et non pas d'elle-même qu'elle parle de la sorte et avec vérité *. Jl y avait pour elle un intérêt direct et tout simple à durer ; il y avait cette récompense à obtenir, un présent (le cent mille livres pour lequel elle avait la parole du Roi. Il fallait se faire accepter jusque-là; ai)rès cela elle quitterait la cour, elle chercherait un établissement tranquille selon le bien qu'elle aurait ; elle édifiait déjà tout un plan de vie intérieure. Le terme arrive, le Roi remet la somme; mais il la double un mois après ; là-dessus, Maintenon est acheté, le Roi en donne le titre, janvier 1675.... Il est clair qu'une situation nouvelle s'annonce et déjà se dessine.
A quelles conditions un tel succès a-t-il été obtenu? Les lettres à l'abbé Gobelin le racontent en détail, et le témoignage de M"" de Sévigné le confirme. La gouvernante a subi bien des hauteurs, bien des colères et des caprices ; elle a été, comme elle dit, la « partie souffrante ». Mais comme on a remarqué autour d'elle et à son sujet le contraste des sentiments, de l'humeur, de l'altitude! Comme la cour a été de bonne heure attentive à ces agitations d'où allait sortir un éclat incomparable ! Comme M™^ de Sévigné nous dépeint d'une part les alternatives de défaveur et de retour que vaut à la favorite la passion royale finissante, et comme elle pénètre et rend d'autre part ce qu'éprouve en silence M"" de Maintenon, attentive, réservée, d'autant plus agissante en son cercle
* On a do même noté ces paroles de M""^ de Sévigné (7 juillet 1680) : a Croyoit-elle qu'on put toujours ignorer le i)remier tome de sa vie »? Mais il faut lire ce qui suit : « et, à moins de l'avoir coulé avec malice, quel mal cela lui eût-il fait? »
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discret, mais toujours agraudi! Comme ou devine aux pieds de quelle patieute adversaire les flots lunuiltueux viendronl se briser! « Je veux, ma bonne, vous faire voir un petit dessous de cartes qui vous surprendra. C'est que cette belle amitié de M"^ de Montespan et de son amie est une véritable aversion depuis près de deux ans. C'est une aigreur, c'est une antipatbie, c'est du blanc, c'est du noir. Vous demandez d'où vient cela? C'est que l'amie est d'un orgueil qui la rend révoltée contre les ordres de l'autre. Elle n'aime pas à obéir. Elle veut bien être au père, mais pas à la mère.... » - Quand, à un retour du Uoi, la Montespan rentre en grâce : « Ah! ma bile, écrit-elle, quel triomphe à Versailles ! quel orgueil redouble î quel solide établissement! quelle duchesse de Valentinois! quel ragoût, même par les distractions et par l'absence! quelle reprise de possession ! » Ce qui n'empêche pas que M- de Sévigné soit fort peu étonnée quand elle entend dire, en janvier'lGSO, que M'""' de Maintenon va être nommée dame d'atour de la dauphine : « On dit qu'elle sera placée d'une manière à surprendre.... Elle n'a besoin de personne que de son bon esprit. )) La Montespan, elle, s'est fait donner la surintendance de la maison de la reine, grande situation fort lucrative : elle s'est retirée du jeu, ou le jeu l'a quittée. Le Boi a conçu de bien autres desseins.
Il a été reconnaissant à M°"= de Maintenon des soins qu'elle a prodigués à ses enfants. Il a remarqué avec surprise cette tranquille et judicieuse action, cette pénétrante et irrésistible influence qu'elle exerçait autour d'elle, cette sollicitude toujours attentive aux soins essentiels et pratiques, cette sévérité affectueuse et tendre, cette solidité, qui faisaient d'elle, pour l'enfance et probablement pour tous les âges, une rare éducalrice, une sage et habile conseillère. Lorsque, la rencontrant chez M-^ de Montespan, il commença de goûter le charme de cette conversation que M'"'' de Sévigné qualifiait de « déhcieuse », il aperçut en même temps (c'est encore un mot de M"^ de Sévigné) « tout un pays nouveau ».
Je ne trouve qu'en vous je ne sais quolle grâce Qui me cliarme toujours et jamais ne me lasse.
USTHODUCTION. ^x,,,
Il avait craint de trouver en elle une précieuse : ce fut la plus sensée des femmes qui s'offrit à lui. « Elle avait assez d'esprit, du un bon juge, pour en avoir autant qu'il en fallait à M- de Montespan, et pour n'en avoir pas plus qu'il lïon fallait à Louis XlVi. » Pendant le voyage à Barèges, en 1675, où M- de Maintenon conduisit le duc du Maine, une correspondance, sous le prétexte de nouvelles de santé, s'établit entre eux. Voilà bien ce qu'on souhaiterait de retrouver, puisqu'elle dut déployer dans ces lettres toutes les séductions de son excellent esprit.
Cela n'empêchait pas Louis XIV de s'oublier en de nouvelles et passagères amours, pour M"'^ de Soubise, pour M"" de Ludres, bientôt pour M"^^ de Fontanges. C'est en parlant à l'abbé Gobelin de cette dernière chute du Boi et de nouvelles scènes avec la Montespan que M-^ de Maintenon écrivait en mars 1679 : « Vous savez si j'ai besoin que l'on prie Dieu pour moi ; je vous le demande encore, et de prier et de faire prier pour le Boi, qui est sur le bord d'un grand précipice ». Ces mots font sans nul doute allusion au projet dès lors médité par elle d'employer son visible crédit à séparer définitivement le Roi de la .Montespan et de ses autres maîtresses, à le rapprocher de la Reine, à le réconcilier avec une vie grave et digne. Si nous avons justement apprécié tout son caractère, elle n'était pas de celles qui pouvaient consentir jamais à devenir maîtresses royales. Il faut noter d'ailleurs qu'elle avait en 1680 quarante-cinq ans; elle était plus âgée que Marie-Thérèse et Louis XIV. Elle ne pouvait pas prévoir que la Beine allait être enlevée prochainement par la mort. Il ne lui restait donc qu'à remplir envers le Boi, aux côtés de la Reine, le rôle de confidente et de conseillère : « Les pouvoirs honnêtes peuvent être partagés sans
• Ce bon juge est Saint-Marc Giiardin. En une série d'articles J.ublics dans le Journal des Débats (octobro 1856] et qu'on voudrait voir réimprimer, il a traité de M- de Maintenon à Saint-Cyr avec une rare dehcatesse et un esprit infini. Nul sujet ne convenait mieux a un moraliste si spirituel et si sensé. Il faudrait tout citer, quelcZnl' P^"'-^^»^^ I^«"^' s« <c"ii-' ^i l'on considère tous les actes de cette vie et non pas seulement le rôle d'éducatrice, un peu en deçà ne 1 extrême éloge.
INTUOUICTIO.V.
souffrir de diminution '. » Est-ce qu'une pareille tache qui en v^ té s'offrait, n'était pas assez belle ? Quoi d'é.onnan s. e e a formé ou seulement accepté de ses conseillers eccles.ast,- Ôues le projet de convertir Louis XIV si elle a cru. comme on Hui aLmait, que c'était là une belle œuvre à tenter, une œuvre souhaitée par l'Eglise, voulue par la l'rov.dence p,ontable au pays? « Ayez de la bonne gloire », d,sa>t-elle .ans cesse. Hé .' io^ ! n'y avait-il pas ici de quo. contenter une m de quelque hauteur? N'était-ce rien que d empêcher que a vieillesse de Louis XIV ressemblât à l'avance à ce que devait et. e la vieillesse de Louis XV? et qui ponrra démontrer que ce résultat n'ait pas été obtenu précisément par elle ( Quand la ,uort si imprévue de la Reine survint, en 1083, son œt.vre était assez avancée pour qu'elle devint en .nème temps I aime et l'épouse.
Une fois mariée, voulut-elle par .leu. lois se fane declanT reine, comme l'affirme Saint-Simou ? Louvois ainsi que l archevêque de Paris de Harlay, puis Fénelon et le duc de Beauvillier pavèrent-ils de la disgrâce leur opposition a ce qu'ils considéraient comme une honte? Louvois se jela-l-il aux pieds de Louis XIV, comme Sully aux pieds de Henri I\ ? H mourut peu après, non sans ce perpétuel soup(:on d'empoisonnement; Saint-Simon peut-il insinuer avec (luelque ombre de raison qu'un pareil crime, dont Louis XIY, il l'assure, était incapable, aurait eu M- de Maintenon pour complice ou pour conseillère? Pas une de ces accusations n'a pour elle quelque preuve ou quelque vraisemblance, et presque chacune torme contradiction avec quelque autre grief de Saint-Simon luimême. Comment Fénelon et le duc de Beauvillier, et Bossuet ,vec eux, auraient-ils ainsi lutté contre elle après avoir formé précisément avec elle, suivant Saint-Simon, une aUiance
» Saint-Marc Girardin.
INTRODUCTION. ^xv
ténébreuse pour gouverner ensemble le Roi et le royaume? Ne sait-on pas que la vraie cause de la disgrâce de Fénelon et de Beauvillier fut le quiétisme? Nous avons le certificat de médecin attestant que Louvois a succombé à une angine de poitrine. M"« de Maintenon y fait allusion quand elle éc^rit très simplement : « On me trouvera le cœur tors comme à M. de Louvois ». Saint-Simon lui-même a surabondamment démontré combien ce ministre s'était rendu insupportable et avait préparé de ses propres mains sa ruine. Quant à M. de Harlay, c'était un mauvais prêtre qui faisait scandale et ne pouvait manquer d'être promplement sans influence. Nul indice dans les lettres ne laisse apercevoir une tentative de M'»*' de Mainlenon, ni une espérance, ni une irritation particulière à certain moment contre les difficultés ou contre les hommes. Bien plus, une fois délivrée de Louvois et de Harlay, et quand elle a fait nommer à l'archevêché de Paris le futur cardinal de Noailles, qui lui est tout dévoué, pourquoi nulle trace de nouvelle tentative? Pourquoi prendre à tâche de faire disparaître toutes les preuves publiques du mariage? Si elle souhaitait tant d'être reine, que n'en a-t-elle pris certains dehors, qui lui eussent été très probablement permis ? On sait quels honneurs Louis XIV lui prodigua au fameux camp de Compiègne; il voulut que Mignard lui mît, dans son portrait, le manteau d'hermine*. Mais bien au contraire elle ne prélemlait aucun rang, et ses billets les plus intimes témoignent qu'elle s'effaçait derrière les personnes de haute naissance. Elle recommande à M"" de Caylus de ne pas la nommer au sujet d'une aumône à des gens de grande noblesse tombés dans la misère, car ce n'est pas à de telles personnes, assurct-elle, à recevoir d'elle quelque secours. N'est-il pas évident que le mystère de sa situation lui agréait? Avec la conscience tranquille, avec son état très régulier, avec la certitude que nul doute ne planerait dans le présent ni dans l'avenir sur la nature de ses liens avec le Roi, qui étaient fort connus, elle s'est
I Mémoires de Languet de Gorgy, publiés par Lavallée dans le volume intitulé la Famille d'Aubignéet l'enfance de M'-' de Maintenon (Pion, 18(55, in-8"), p. 18C.
INTRODUCTION, rpliuée simplement ;, se maintenir en une condition tout Ïonnelle! qui ét.it bien de nature à conte"e amb tion non vulgaire, à satisfaire même certam ^ ffu.emen Zour-prop e. Sa prudence y était intéressée : elle y a m „ rre'sa',. bonne glo,re ». Elle a su ne pas comprome Ur nar témérité vaine ce qu'elle avait acqu,s sans mtr.gue. Son Terslnage est d'une parfaite unité « «'«" J- f--?- ; dit-elle dans un Entretien avec les dames de S^"''-<^F ' q"e c'est par mon industrie et par un dessein premed.te que e me rouve à la place que j'occupe. Il n'y a pas même jusqu a Te amis qui L soient dans cette pensée. Ne vous a^e pas raconté que le maréchal de Créquy ^•'="'«™='„"" f " ^J^ l'abbé Testu en lui disant : « Ha çà, monsieur 1 abbe, parlons t vous prie, de cette femme-là. Il faut qu'elle ait un grand is;"et'un'géniebiensupérieur pour avoir imagmeaucom
. de son feu et conduit comme elle l'a f»'' '« "^^f '" <* "" „ fortune aussi élevée que la sienne! » l-'^^be Tes u qu m'avoil connue dans tous les temps, et qu. savo.t que to, bien éloignée d'avoir pu faire un tel pro^t m même aucun qu. en approchât, voulut le lui persuader. Et le .narechal de Cvcnuv me trouvoit encore en cela d'une habileté mcomparabl , d"'voir su cacher mes vues et mes desseitjs à tous mes am et il admiroit l'adresse avec laquelle je les ahuso.s ^«^J^, non assurément, je ne n.e suis pas mise ou je su.s. Cest Dieu tout seul; je ne l'aurois pu m voulu. »
Ce qui est vrai, c'est qu'elle a été reme ellect.ve autant plus que beaucoup de celles qui en ont eu le t.tre avec es honneurs; mais elle la été discrètement et en des hm.tes restreintes.
tenon avec les religieuses de Sainl-Louis, p. 44.).
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Une première preuve en est qu'elle a détourné pour Sainl-Cyr toute une part de son activité et de son temps. Saint-Cyr donne à sa manière la mesure intellectuelle, morale, religieuse, on pourrait dire politique aussi en un sens, de M™» de Maintenon C'est un miroir de sa physionomie. Elle y cherche, volontiers défiante du grand jour de Versailles, un ahri et une retraitemais en même temps elle y développe à l'aise certaines de ses meilleures aptitudes, et s'y exerce à quelques-unes des qualités qui la feront aussi régner ailleurs. Il est impossible de ne pas rendre hommage à cette œuvre, dont on aperçoit facilement aussi les causes de faiblesse.
M-» de Maintenon s'y est montrée admirable éducalrice Incontestablement, elle a aimé l'enfance. On a vu ses soins tout maternels au petit duc du Maine; elle s'était occupée d'humbles maisons et d'enfants du commun avant d'avoir obtenu Saint-Cyr. Klle continua pendant toute sa vie à visiter les écoles de village. Quand la cour était à Fontainebleau, elle partait à huit heures du matin avec M- de Dangeau et M"« d'Aumale pour aller « prêcher », comme elle dit», aux écoles d'Avon. Expliquer le catéchisme, le faire réciter, visiter les familles, gronder les maris, distribuer du linge et de l'argent, puis recommencer dans les hameaux voisins, toute sajournée bien souvent y passait. Et ce qui donne très bonne idée de l'enseignement qu'elle répandait ainsi, c'est que Mathurin Hoch, le magister d'Avon, ne pouvait s'accoutumer à l'ignorance qu'il lui trouvait, ni elle au savoir dont il élait très fier: « Il jette mes enfants, s'écrie-t-elle avec chagrin, dans une profonde théologie ^ ! » Telle elle fut à Saint-Cyr, singulièrement habile dans l'art si difficile de manier les jeunes esprits, de les attirer à soi, de ne pas leur demander plus qu'ils ne peuvent porter, dans l'art d'assouplir les caractères, de les gagner par l'affection, et de leur inspirer aussi le respect. Le
* Lettre à M»" de Dangeau, août 1708. Voir notre tome II, p 174 - LefIreàM- du Pérou, septembre 1711. Voir notre tome II, p. 287.*
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nombre de ses écrits pour les élèves et les maîtresses est inouï : inslructions, programmes de classes, mémoires spéciaux, Conversations, Kntrotiens, proverbes, lettres par centaines. Sa qualité première, le droit sens, y brille en mille traits. Aux maîtresses des classes elle répète sans cesse .pi elles n'obtiendront rien si elles ne se font pas aimer, et que le premier moveii et le plus sûr pour se faire aimer, cest de se donner et de se dévouer. Elle redresse admirabl.'iuent la première maîtresse des rouges (ce sont les plus petites), aux classes de laquelle elle vient d'assister. « Vous parlez a vos enfans avec une séclieresse, un chagrin, une brusquerie qui vous fermera tous les cœurs. Il faut qu'elles sentent que vous les aimez, que vous êtes fâchée de leurs fautes pour leur propre intérêt, et que vous êtes pleine d'esi)érance qu'elles se corrigeront. Il faut les prendre avec adresse, les encourager, les Luer ; en un mot, il faut tout enq.loyer, excepté la rudesse, qui ne mène jamais personne à Dieu. Vous êtes trop d'une pièce, et vous seriez très-propre à vivre avec des saints ; mais il faut savoir vous plier à toutes sortes de personnages, et surtout à celui d'une bonne mère qui a une grande famille qu'elle aime également.... Vous embrassez trop de matières en expliquant l'Évangile : il en faut peu pour des enfans. Vous parlez trop, et je crois qu'il faudroit les faire parler davantage, pour voir s'ils entendent et s'ds comprennent. Vous dites qu'il falloit lïiire un divorce éternel avec le péché. Cela est vrai, et très bien dit; mais je ne crois pas qu'il y ait trois filles dans votre classe qui sachent ce quec'est qu'un divorce». )) Impossible de mieux penser et de mieux dire, et l'on pourroit citer cent lettres pareilles. « Toutes les fois que vous voudrez me donner des louanges sur ma capacité sur l'éducation des enfans, écrit-elle à M""^ des Ursins, je les avalerai à longs traits, car e suis véritablement persuadée que j'en sais beaucoup làdessus*. )) — Saint-Cyr est par elle toute une belle page de l'histoire de l'éducation.
Envers les maîtresses, qui sont des religieuses depuis que la
* Voir notre tome I, p. 5-45-544.
* Voir noti'c tome II, p. ô^ô-Ô^O.
LNTRODUCTION. xx,x
réforme de 10U2 a fait de Saint-Cyr un couvent, M"" de Maintenon met en œuvre ce talent de la direction spirituelle qui est si fort dans les habitudes de son temps, et qu'elle possède à un si haut degré. Elle entend que la piété soit pour l'éducation la base tout à fait principale, mais elle veut ce qu'elle a{)pelle « la piété raisonnable ». Elle n'aime pas l'éducation des couvents d'alors», et il parait bien, par ce qu'on en sait, qu'elle en a d'assez bons motifs. Non pas que ces maisons, dont les principales étaient à la noblesse, fussent vraiment corrompues; mais il y avait de singulières alternatives de relâchement quelquefois coupable, de religiosité molle, et de culture mondaine, parfois littéraire et brillante. Telle cette abbaye de Maubuisson,' près de Pontoise, trop libre avant la réforme de la mère Angélique, et devenue à la fin du siècle un centre de vifs esprits, alors que l'abbesse Ilollandine, princesse de Hanovre, et M'"'' de Drinon, naguère directrice de Saint-Cyr, y correspondaient avec Pellisson, Leibniz et Bossuet. En tout cas, les religieuses qu'on formait dans ces maisons-là n'étaient pas du goût de M"'" de Maintenon, car voici le portrait qu'elle en trace ^ ; (( M'"" de Beuvron paroil une bonne fille : peu d'esprit, peu de piété, fort occupée de sa personne, excessivement propre, visionnaire sur sa santé, froide, sèche, difficile à aborder, enfin une vraie religieuse comme elles sont d'ordinaire, c'est-à-dire sans éducation, sans maxime, sans droiture, et sans dévotion solide )). Elle dit fort spirituellement ce qu'un tel régime peut enfanter de petitesse, de travers et d'aigreur : « Le premier citron qui fut confit le fut par un dévot ^ ». Elle malmène avec une verve singulière les dévotions mesquines, la préciosité de ces dames qui ne veulent pas d'un confesseur à l'accent normand ou picard, et le ridicule de ces filles petites ou grandes qui passent sous silence, en ricanant, le sacrement du mariage, ou qui se scandahseiit du mot culotte^.
* Voir la très importante lettre du 24 mars 1715, p. 5G4 de notre tonio II.
2 Mss. De Mouchy. t. I, p. 188.
•* Lav.dlée, Lettres historiques et édifiai} tes, t. II, p. 183. ^ Il faut lire sa vive letlre du 9, juin 1715, alors qu'elle a soixanteilix-huit ans. Voir notre tome H. p. 328.
INTRODUCTION
Les préceptes qu'elle donne, him conlrairos à de telles puérilités, sont marqués au coin de la raison. Elle n'attend pas de ses religieuses les austérités vaines : elle leur propose au lieu de cela les devoirs sévères. « La charité et la condescendance, dit-elle, sont au-dessus de l'austérilé' n. A celles qui souhaitent de porter une ceinture de laine grossière et rude en manière de cilice, elle objecte que la gène qu'elles en ressentiront les obsédera, et qu'elles en feront mal leur classe : les enfants en souffriront. A celles qui veulent se priver de sommeil, elle dit de demander à prendre dans le dortoir des demoiselles la place de quelque maîtresse qui aurait besoin.de repos; delà sorte, (( leur veille sera utile, et cela vaudra mieux que de travailler pour elles seules en veillant dans leurs cellules^ )). Point de piété aveugle ou nonraisonnée. « Si une fille qui sort du couvent dit que rien au monde ne doit faire perdre vêpres, on se moquera d'elle à bon droit. Quand elle dira et pratiquera de perdre vêpres pour tenir compagnie à son mari malade, tout le monde l'approuvera.... Quand elle dira qu'une femme 'fait mieux de bien élever ses eufans et d'instruire ses domestiques que de passer la matinée à l'église, on s'accommodera très bien de cette religion, qu'elle fera aimer et respectera » Ses lettres de direction purement religieuse sont empreintes de la même sagesse et dénotent en elle une vraie science psychologique et morale. Marcher dans la voie de la perfection sans inquiétude, sans empressement, sans impatience; ne pas prétendre à la parcourir tout entière et ne pas se décourager en chemin. (( Essayer de la joie qu'il y a dans l'accomplissement de tous les devoirs et dans le témoignage qu'on peut se rendre d'avoir tout fait pour Dieu*. »
Quant aux lectures sur lesquelles elle veut qu'on s'appuie dans le voyage spirituel, et qu'elle a pratiquées elle-même, ce sont les Confessions de saint Augustin, les lettres de sainte Thérèse (pour les maîtresses seules, non pour les élèves),
Lavallée, Uttreg historiques et édifiantes, t. II, p. 208. « Ibid.. t. I, p. 128.
3 Voir notre tome II, p. 523.
* Lavallée, i.etires historiques el édifiantes, t. Il, p. 415.
INTRODUCTION
l'Imitation, le jésuite Rodriguez, fort en vogue alors, et surtout les livres de saint François de Sales, si toutefois l'on consent, (lit-elle, à passer sur le mauvais style de l'auteur. Ajoutez les écrits de direction de Bossuet, qui circulaient dans les couvents, cl ceux de Fénelon, cités sans cesse*.
L'arbre ainsi cultivé a produit de beaux fruits. La première période de Saint-Cyr, celle d'Esther eld'Athalie, marque, par le renouvellement de la poésie sacrée, par l'essor ravivé d'un Racine, par une sorte d'épanouissement virginal, une date ravonnante dans l'histoire des lettres françaises. Le charme se continue par toute la série de ces jeunes religieuses, de ces rares personnes aussi distinguées de co'ur que d'intelligence, aux âmes aussi hautes que tendres. Telle M™' de Glapion, d'imagination vive, passionnée pour la musique, et dont la voix, dit Racine lorsqu'elle joue le rôle de Mardochée, va droit au cœur. Elle a été gravement malade du seul chagrin que lui a causé la maladie d'une des sœurs qu'elle soignait. Elle a connu la lutte, les découragements, les dégoûts ; elle a conquis l'apaisement, jusqu'à la quiétude, jusqu'à l'entière confiance; mais il lui faut « un cœur dilaté, qui coure, qui vole dans la dévotion ». C'est une délicate; elle fera à Dieu des sacrifices que les autres ne comprendront pas*. M'"" de Maintenon, qui lui écrit de la sorte, en viendra à chercher ellemême quehjue soulagement de ses ennuis dans la fraîcheur (le cette âme ardente et pure. — Telle la séduisante Maisonfort, abstraite, subtile, un peu étourdie, intimement dévote, la plus aimable sainte qui soit au monde''. Quand Rossuet emploie non seulement sa charité, mais sa science et son génie à combattre les erreurs et les scrupules qui ont enlacé cette conscience, il ne croit pas cette lutte indigne de lui. — Telle M""" de \eilhan : chez elle, c'est l'ardeur vers la perfection, la soif du dévouement qu'il faut calmer.
* Des lettres do Rossuet étaient entre les mains de l'abbesse de ^ Gonieifontaine ; M™® de Mainteuon lui en reconiniandait la lecture. Lettres et avis... Manuscrit des dames de Saint-Cyr.
- lavallée. Lettres historiques, t. II, p. 182.
^ Voir notre tome I, p. 202.
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