XXXI. 1NTI\01)UCTI()N
Elle veut les austérités, le mépris du corps, le désintéressement dans les grandes occasions, les actions généreuses et magnanimes. « Tout cela est bon en soi et très bon, lui écrit M*"" de Maintenon, mais doit être écrasé pour mettre à la place les vertus que Dieu vous présente à tout moment. ))
Voilà les beaux côtés de Saint-Cyr; comment n'en pas apercevoir les défauts? Le dessein déclaré de. M""' de Maintenon a été de venir en aide à la pauvre noblesse, car elle connaissait le dénuement et les périls de celte classe dont elle était issup. Son ambition a-t-elle visé plus loin? Faul-il lui attribuer directement cette phrase du petit écrit intitulé Esprit de rinstiiut : « Il y a dans cette œuvre, si elle est bien faite et avec l'esprit d'une vraie foi et d'un véritable amour de Dieu, de quoi renouveler dans tout le royaume la perfection du christianisme? » Si cette parole est d'elle ou inspirée par elle, quelle portée faut-il y attribuer? Â-t-elle conçu vraiment le projet de réformer une classe de la nation, et par suite la nation elle-même? Il faut avouer que de si vastes pensées n'étaient guère dans les habitudes de son esprit. En tout cas elle n'a réussi à procurer ni cette grave transformation ni même un secours vraiment efficace à la petite noblesse ; sauf une aide toute charitable et tout actuelle, dont il faut assurément tenir compte, son œuvre est demeurée stérile. Elle n'avait pas, ce semble, la fermeté de regard, l'étendue d'esprit, l'expérience personnelle qui eussent été nécessaires pour accomplir une si grande tâche, d'ailleurs très complexe.
Le vrai secours que les filles de la petite noblesse pouvaient attendre, n'était-ce pas une éducation qui, tout en les armant d'une religion sensée, les préparât fortement aux nécessités pratiques, non pas à la vie de cour, qui n'était pas faite pour elles, mais à la vie dans les provinces, où le soin de petits domaines pouvait refaire leurs fortunes et leur offrir une carrière active, utile au pays et pleine de dignité? Saint-Cyr, à vraiment parler, n'a rien donné de pareil. Les préceptes et la direction de 31"' de Maintenon furent excellents dans le détail et pour la
* Lavallée, Lettres historiques^ t. I, p. 158.
INTRODUCTION
manière d'enseigner, de faire la classe; mais l'esprit même de son enseignement est demeuré trop étroit. Nulle liberté offerte aux intelligences, nul regard vers la vie réelle, sur la nature, sur la campagne^ nulle imagination. Un seul horizon, la cour. Une seule personne citée sans cesse en exemple. M™" de Maintenon elle-même, comme si sa carrière n'avait pas été toute d'exception. Sans cesse on répète à ces jeunes fdles qu'elles font partie d'une classe à part, et que leur état les distingue du reste de la nation. L'éducation n'est pour elles que négative et préventive : on ne leur fait apercevoir dans la vie que dégoûts et dangers, et il ne leur reste que le choix entre la cour ou les austérités du couvent.
Heureuses entre toutes, celles qui mériteront de rester dans la maison comme religieuses de Saint-Louis. Heureuses après celles-là, les demoiselles auxquelles s'ouvriront d'autres couvents qu'elles réformeront en y portant les habitudes de piété raisonnable contractées dans la maison mère. Combien leur sort ne sera-t-il pas préférable à celui des filles qu'un désir peu éclairé d'indépendance conduirait à rentrer chez leurs pauvres parents ! « Les femmes ne doivent chercher aucune liberté; elles sont faites pour l'obéissance. L'obéissance des gens du monde est bien plus difficile que celle des religieuses. Si vous y cherchez de la douceur, je vous dirai d'entrer dans un couvent ; car entre la tyrannie d'un mari et celle d'une supérieure il y a une différence infinie. On sait à peu près, en entrant en religion, ce qu'on exigera de vous; on voit, les règles; on s'essaye pendant le noviciat. Il n'en est pas de même pour le mariage. 11 n'y a point de noviciat qui y dispose, et il seroit difficile de prévoir jusqu'où un mari peut porter le commandement. H s'en trouve très peu de bons; sur cent je n'en ai jamais connu deux, et, quand je dirois un je n'exagérerois point. Il faut supporter d'eux bien des bizarreries et se soumettre à des choses presque impossibles. — Quand vous aurez passé par le mariage, vous verrez qu'il n'y a pas de quoi rire». »
* Voir encore sur les ennuis du mariage notre tome II, pages 10 ,>l 11. Voir Lavallée, Conseils aux detnoiseltes, 1. 1, p. 52. Lettres sur l'éducation [\^hi], p. 126.
xxx.v INTRODUCTION.
Celles des élèves de Saint-Cyr que M™« de Mainlenon mariera seront trop souvent mal mariées, ou trop jeunes, ou avec des maris indignes, comme sa nièce M"» de Caylus^ On ne parlera pas assez à ces jeunes filles de la dignité des devoirs pratiques bien accomplis dans une vie simple au milieu des joies de la famille, ni des viriles occupations de la campagne à distance de la cour.' On ne leur donnera pas les connaissances propres à relever les fortunes, à gérer les propriétés petites ou grandes, à réparer, pour le plus grand avantage de toute une classe et de la nation elle-même, ce que l'incurie, l'ignorance, la désertion de la terre et la vie de cour ont peu à peu détruit. Si M™-» de Maintonon les entretient quelquefois de la vie qu'elles trouveront à leurs foyers, c'est pour rabaisser leur orgueil en leur montrant quelles occupations basses et grossières les attendent : « Vivre en ménagères au fond d'une campagne, veiller sur les domestiques, voir si le labourage se fait bien, s'ils ont soin des bestiaux, des dindons, des poules, donner leur attention à tous ces détails et souvent mettre la main à l'œuvre. Si quelqu'un, mes enfans, a besoin de faire provision de vertu, c'est assurément vous autres, puisque vous serez obligées à bien des choses pénibles.... Abaissez-vous; Dieu n'a permis ce grand déchet de la noblesse que pour l'humilier, et peut-être pour punir quelques-uns de vos ancêtres qui ont abusé de leur autorité et de leurs richesses 2. » Voilà sou langage ordinaire. Elle a trop de bon sens pour n'avoir point parlé quelquefois autrement, et d'anciennes élèves de Saint-Cyr étaient citées comme d'excellentes bonnes mères de famille ; mais c'est troi» que ce qui vient d'être cité, et l'accent y parait convaincu et personnel. Nous voilà loin des saines résolutions et de la fermeté de conduite qui auraient pu réformer la condition de la
petite noblesse.
L'auteur du traité De l'éàucation des filles, que M""" de Maintenon appela quelque temps à Saint-Cyr, ne l'entendait pas de
la sorte.
Avec quelle largeur de vue Fénelon, dès les premières pages
» Voir notre tome II, p. 58.
* Lavallée, Comeih aux demoiselles, t. I, p. 1>0.
\xxv
INTRODUCTION
de son petit livre, trace le vaste cercle qui appartient nécessairement à son sujet, et comme il y comprend tout de suite les principes généraux de toute éducation! Celle des filles ne doit pas être moins attentivement suivie que celle des garçons, cir elle n'importe pas moins aux plus sérieux intérêts des Etats. «Les femmes ont des devoirs à remplir qui sont les fondemens de toute la vie humaine. Ce sont elles qui ruinent ou qui soulionnent les maisons, qui règlent tout le détail des choses domestiques, et qui par conséquent décident de ce qui touche 1. plus près à tout le genre hmnain. Par là elles ont la pnncinale part aux bonnes ou aux mauvaises mœurs de presque tout le monde. Les hommes peuvent-ils espérer pour eux-mêmes quelque douceur dans la vie, si leur plus étroile société, qui est celle du mariage, se tourne en amertume? Les enlans, qui feront dans la suite tout le genre humain, que deviendront-ils si les mères les gâtent dès leurs premières années? - Les occupations des femmes ne sont guère moins importantes au public que colles des hommes; elles ont une maison a régler, un mari à rendre heureux, des enfans à bien élever.... Le monde n'est point un fantôme, c'est l'assemblage de toutes les
familles.... )) , i • n •
Sur ces maximes générales, expression si ferme de la reahte vivante, comme Fénelon sait construire hardiment un pro- .Tamme d'éducation intelligent et flexible! 11 veut aux femmes nue instruction variée qui, après les éléments premiers et indispensables, admettra certaines connaissances pratiques concernant « l'économie, le labour, les fermes, les contrats les questions de partages, les testaments et donations )). 11 eiir souhaite, avec la simplicité des mœurs et le goût du travail, la culture de l'int^^lligence, la lecture des livres profanes, celle de l'histoire de France, « qui a aussi, dit-il, ses beautés ». A 1 appui de ses préceptes il n'apporte pas seulement les exemples de la cour et du temps présent, ou de l'histoire de l Eglise et de l'histoire sainte : il fait de plus appel à l'antiquité classique, dont le ferme génie doit être invoqué, selon lui, dans toute l'œuvre de Féducation. « Je voudrois même faire voir aux jeunes filles la noble simpUcité qui paroit dans les statues et
uteg'tj'JSwwK 9^^ T, *'2^''' ïx^ ~-
INTRODUCTION
INTRODUCTION
xxxvu
Mil
dans los autres fi^'^ures qui nous restent des fennnes j^Tecques et romaines. Elles y verroienl combien des cheveux noués négligemment par derrière, et des draperies pleines et flottant à longs plis, sont agréables et majestueuses ».
M"" de Ma intenon n'a certes pas cette claire intelligence et ces lumineuses perspectives. L'esprit et le programme de son enseignement sont autres, et plus étroits. Elle a bien pu convier Fénelon à Saiut-Cyr, mais unitpiement sans doute pour la direction spirituelle, non pour une sorte de collaboration eu vue de l'instruction des jeunes fdles. Probablement, consciente de ses rares aptitudes, elle n'entendait pas à un partage quant à la conduite des esprits. Elle eut fait sagement de s'inspirer des vues générales et des préceptes de Fénelon sur l'éducation, tuidis qu'elle courut vers un danger qu'elle ne soupçonnait pas en se confiant dans sa spiritualité.
Elle a commencé de le connaître alors qu'il était admis, lui sixième, à de petits dîners hebdomadaires, dans Versailles, où se réunissaient avec elle le duc et la duchesse de Deauvillier, le duc et la duchesse de Chevreuse, « la clochette sur la table, dit Saint-Simon*, pour n'avoir point de valets autour d'eux et causer sans contrainte ». Comment, dans la conversation de ce « sanctuaire », le jeune abbé n'aurait-il pas séduit et enchanté? Il devint le chef spirituel des deux familles, « le maître de leur cœur et de leur esprit et le directeur de leurs âmes. » Ce fut la duchesse de Beauvillier qui, en lui demandant des conseils pour élever ses huit filles, suscita la publication en 1687 du célèl)re traité. Fénelon se faisait remarijuer en même temps à l'institut des Nouvelles catholiques par l'éloquence pénétrante de ses sermons, par une égalité rare de talent et de vertu. Bossuet, dont l'autorité était dès lors établie, le tenait en grande estime, en un affectueux respect devenu bientôt réciproque. Aussi fut-il chargé, après la révocation de Uédit de Nantes, d'une de ces missions ecclésiastiques auxquelles on aurait dû se borner, et désigné comme précepteur du duc de Bourgogne en 1689.
» T. I, p. ii74.
î^p^de Maintenon avait, elle aussi, subi le charme. Elle paraît avoir songé précisément alors à choisir FéneJon pour directeur, puisque l'excellent abbé Gobelin, ébloui par l'éclat nouveau de sa pénitente, se confondait en respects maladroits, et ne promettait plus qu'inerte indulgence à qui prétendait demeurer en règle avec sa propre conscience. Elle venait d'éprouver Bourdaloue, qui s'était dérobé. On trouve en 1690 une longue lettre que Fénelon lui adresse sur ses défauts, et qui est probablement le résultat d'une pareille éiu-euve. Celle battre contenait plus d'une vérité, plus d'un trait moral finement saisi et admirablement exprimé; mais il s'y joignait l'indice d'un visible ascendant qu'il faudrait subir. On prétendait être seul directeur, on i)araissait vouloir déthiir eu quelle mesure il conviendrait de s'occuper des affaires. On dépassait évidemment certaines limites lorsqu'on écrivait : « Le Roi se conduit bien moins par des maximes suivies que par l'impression des gens qui l'environnent, et aux(iuels il confie son autorité. Le capital est de ne perdre aucune occasion pour l'obséder par des gens sûrs, pour lui faire accomplir ses devoirs, dont il n'a aucune idée. » l^l™" de Maintenon se tint pour avertie, et adopta le pieux et médiocre Godet des Marais. Elle se savait oré peut-être d(; cette sorte d'humilité qui la faisait préférer à un grand esprit un obscur et saint prêtre; mais à cette humilité, bien évidemment, elle trouvait son compte. Ajoutons que, dans la situation délicate qu'elle occupait, son devoir était d'en aîir ainsi. Ses rapports avec Fénelon ne furent pas interrompus; seulement elle avait compris qu'elle avait affaire à un esprit dominateur, et qui s'avancerait Iroj) à l'égard du Roi. Elle commençait d'être en garde, pas assez toutefois pour se préserver du grave péril où Fénelon devait l'entraîner, celui
du quiétisme.
La première moitié du dix-septième siècle français brille d'un bel essor religieux, qu'un ferme esprit de charité a contenu dans les limites d'une activité saine et bienfaisante. Si Pierre de BéruUe établit les Carmélites pour la seule contemplation, il fonde aussi la congrégation de l'Oratoire pour la i)rédication et renseignement. César de Bus voue ses prêtres de la
•HfV-tlv ■ .-«A •■rfWV^vn^'M.ai.
xvxvm INTRODUCTION,
doctrine chrétienne à l'instruction des enfants du peuple. Saint François de Sales et M"" de Chantai créent l'ordre de la Visitation, bientôt répandu en France, en Italie, en Allemagne el jusqu'en Pologne. Marie de Médicis amène les Frères de Saint- Jean de Dieu, hospitaliers et chirurgiens. Saml Vincent de I»aul et Simone Gaugain instituent les Sœurs grises, les Religieuses de Notre-Dame de la Charité, les Religieuses de Sainte- Marthe. La mère Angélique réloriue Port-Royal, et les Petites Écoles font contrepoids à la prédominance des Jésuites dans l'enseignement. Encore en 1680, l'humble de la Salle fonde hi congrégation non ecclésiastique des Frères des écoles chrétiennes, dont la première école s'ouvre en 1688 à Paris, sur la paroisse Saint-Sulpice. Cette ferveur, qui sait admettre la haute spirituahté sans se départir de l'action vivifiante*, imprime à la littérature d'alors le caractère de gravité et de limpide éclat, de sérénité et de franchise, de richesse et d'énergie qui la rend incomparable. Il n'en est plus ainsi pendant la fin du siècle, qui est assombrie par les troubles aveugles, par les excès humiliants de la surexcitation religieuse. Ce qui subsistait de réelle et sérieuse piété ne servait plus alors, au milieu delà confusion, que d'appât vers les abus mystiques destinés à dégénérer en hontes et en scandales. Le jansénisme allait aboutir aux Convulsionnaires, les Quakers au fanatisme égalitaire, les Piétistes et les Sociniens à l'unitarisme. Si ce n'est pas encore le temps de Swedenborg, qui entraînera saint Martin, c'est celui d'Antoinette Bourignon la visionnaire, celui du prêtre espagnol Molinos, de M"'' Guyon et de M"' de la Maisonfort.
Le 5 septembre 1687, dans l'église de la Minerve à Rome, en présence des cardinaux, des prélats et des juges de l'Inquisition, des princes et du peuple, Michel Molinos faisait l'abjuration des erreurs signalées dans ses livres, et obtenait à ce prix de n'être condamné qu'à la prison perpétuelle, sans être livré au bras séculier, qui l'eût voué au bûcher. Il avait eu jusque-là de nombreux i)artisans, jusque dans le plus haut
* On oomiaît le iiiot de M™» de Miramiuii à ses lilles : « Nous avons rcleiiûlé pour coiileinpler; la vie n'est pas troi» longue pour le travail b.
INTRODUCTION. ^^^'
clei-é romain, dans les rangs élevés de la société laïque et parmi le peuple. Mais ce même peuple, au jour de sa condamnation, criait qu'on l'envoyât au feu ou au Tibre, et ses amis, devenus suspects, étaient poursuivis. L'accusation de mauvaises mœurs soulevée contre Molinos paraît n'avoir jamais été démontrée; mais il est certain que son langage, grossi de l'enflure e^pa-nole, sur l'anéantissement, la contemplation passive, l'oraison de quiétude, la solitude spirituelle, le silence amoureux la mort à soi-même, la passivité physique, portait avec soi des germes dangereux pour les âmes. Un très pieux prêtre de ses amis publiait à profusion la Croix mystique, pure prédication d'une sorte de nihilisme : Via redissima trames mhili mu sum. Desiderare nihil, petere nihil, quœrere mlul, velle nihil. Suffisait-il d'ajouter 7iisi Deum pour corriger les tentations mauvaises de cette abdication entière!
C'étaient des esprits perdus par de telles prédications, cette ardente et éloquente M- Guyon, et sa cousine M- de la Maisonfort. Elles s'étaient introduites à Saint-Cyr, où Fénelon et M- deMaintenon les avaient accueillies avec une grande laveur. M- Guvon venait visiter sa parente, et là, comme partout ou elle passait, elle séduisait par son exaltation sincère, par sa prédication douce et persuasive. Quelques-uns la tenaient deja pour suspecte de partager les opinions de Molinos, et son mysticisme s'égarait à de bizarres excès. Dans ses moments d extase, elle sentait la grâce l'emplir au i.oint qu'il fallait lu. .lelacer son corset, qui deux fois se rompit; et les effluves se communiquaient, assurait-elle, aux personnes voisines sans même qu'elles eussent invoqué ou mérité ce bienfait. Il sull.sait de s'oublier soi-même et de ne pas s'inquiéter du corps, dont les taches mêmes disparaissaient dans le bain céleste.
luiagine-t-on quelles impressions de telles folies, soutenues par l'autorité et la vertu de ceux qui les publiaient ou les approuvaient, pouvaient laisser dans l'esprit de jeunes lilles séparées du monde, vouées à toutes les recherches de 1 éducation morale et religieuse?
Et comment se put-il faire qu'une noble imagination comme celle de Fénelon et un ferme esprit comme celui de M- de Mam-
XI, INTRODUCTION
tenon s'é^'^arassent si étrangemonl? A colle-ci loutclois un pareil épisode fait, ce semble, ([uehjue lionneur, en ce sens qu'il la montre sincère, très sensible au prestige religieux et moral, non pas sèche, froide, inflexible, comme on l'a souvent représentée. Sa solidité allait se retrouver bientôt et la rendre à elle-même.
M"*" Guyon et M™" de la Maisonfort avaient répandu la confusion dans Saint-Cyr. On n'y entendait plus jjarler que de pur amour, de mort à soi-même, d'anéantissement du sens personnel et de la volonté, d'indifférence à tous les actes dès qu'ils étaient commandés par la grâce. Les sœurs converses elles-mêmes désertaient leur ouvrage. Avertie par l'évêijue de Chartres, Godet des Marais, dans le diocèse duquel était la maison royale, M'"" de Maintenon revint vite à elle. Tremblant du mal (pi'elle avait laissé grandir, et de ce qu'en penserait le Hoi, elle comprit (pi'il fallait couper court. Une sorte de conseil fut convoipié. Bossuet, Bourdaloue, M. Tronson, de Saint-Sulpice, MM. Brisacier et Tiberge, des Missions étrangères, M. de Noailles, le futur archevêciue de Paris et cardinal, et Godet des Marais se réunirent aux fameuses conférences d'Issy, en juin 1694, avec Fénelon lui-même, qui se sentait mis en cause, mais n'entendait pas abandonner celles qui s'étaient confiées en lui. On était résolu cependant à lui offrir une issue qui lui permît de se dégager. On lui fit donner Cambrai, non certes pour l'éloigner et le réduire au silence par une sorte de châtiment, comme le dit Saint- Simon, puisfpi'au contraire ce siège était des plus hauts et lui donnait une autorité plus grande. 11 accepta, et voulut être sacré par Bossuet (10 juillet 1695); mais il n'en connnença pas moins cette polémique que le génie des deux principaux adversaires et l'importance des questions engagées allaient singulièrement élever et élargir. Derrière les excès plus ou moins étranges d'une spiritualité vaine se cachait l'éternelle lutte entre la grâce et la liberté, entre l'action de la volonté intelligente et l'abdication morale. Le même problème qui avait agité tant de fois les hommes s'offrait de nouveau : la discussion n'en avait jamais été remise à de plus grands esprits.
INTRODUCTION
On ne saurait s'y tromper finalement. Lorsqu'on lit la vie de M™" Guyon rédigée par elle-même et ses lettres, ou bien les écrits de Fénelon prenant la défense de son amie, on est tenté <le prendre en sympathie le détachement apparent de l'une et ce cpii peut sembler, chez son éloquent témoin, générosité pure. Mais il n'y a au fond qu'un certain manque de droit sens et de simplicité vraie. Quand, par exemple, on demande à M"" Guyon, suivant une procédure conforme à l'esprit du lemps, de reconnaître par sa signature la vérité des dogmes que ses paroles et ses livres ont paru contredire, et quand on la laisse d'ailleurs ajouter la déclaration entière qu'elle n'a pas cru ni voulu les blesser, pourquoi se refuse-t-elle à sif^ner, en disant que, si elle eût mis une fois en doute ces vérités-là, elle serait digne de mille morts? C'était indirectement soutenir, contre des hommes tels que Bossuet et M. Tronson, que nulle équivoque ne pouvait naître de ses folles maximes, en quoi elle avait grand tort. Fénelon, lui aussi, s'écriait que, s'il pouvait être seulement soupçonné d'avoir pu donner lieu, en accueillant les écrits de M'"'' Guyon, à quelque interprétation de ce genre, ce n'était pas la censure qu'il méritait, mais le dernier supplice. Il eût été plus digne de lui de considérer d'un regard ferme le grand problème engagé dans ces tristes débats, et de travailler à conjurer, avec une pitié charitable, la religiosité malsaine d'une pauvre visionnaire, de celle qui voulait être la femme de l'Apocalypse et l'épouse du Cantique des cantiques. Bossuet,. malgré certaine àpreté dans les formes à l'égard de Fénelon, a le beau rôle quand il se montre à l'égard de M"" de la Maisonfort un si jjatient directeur, quand il conseille à M"^ Guyon la retraile et le silence, quand il tient tète sans fléchir, au nom de la liberté morale, à un adversaire dont il sait le talent et la vertu. M"" de Maintenon elle-même est dans le vrai quand, revenue de son éblouissement, elle écrit de Fénelon : « Dieu veut humilier ce grand esprit, qui a peut-être trop compté sur ses propres lumières » ; et M. Tronson non plus n'a pas tort quand il insinue respectueusement dans une lettre à l'archevêque de Cambrai que toute son activité consacrée aux seules affaires de son diocèse et à l'éducation
Z auc de Hour,o,ne produirait assez de merveilles sans
au' il eût à souhaiter de l'employer adleurs.
' llttention du Roi n W pas encore M. éve lee ^
agitations du cjuiélisme quand, au ----;^--" Z;/^ ^J; \l ^.Dlication des Mn.rhnes des Saints v^r tenelon lan.ma le rouble dans Sainl-Cvr. louis XIV ne cacha pas son mecontenemen . Le 10 n.ai/trois lettres de cachet transportaient en arcouvents éloignés M- de la Maisonfort et deux de ses c npa.^nes, et, le 1" août, Fénelon recevait l'ordre de qm - ^cou; et de regagner son diocèse. Ce "'éta. que e commencement de sa disgrâce, et la querelle, au heu de s a^ser s'envenimait. Bossuet puhhait en 1098 sa R.lai.n sur le qniétisme ; en juin de cette même année, ceux qui avaient été placés par l'influence de Fénelon auprès du duc de Boni - .o.ne et de ses frères étaient éloignés, et l'archevêque se voyait ^uhn, le 12 mars 1690, privé de son titre et de sa pension Ï récepteur des enfants de France. Peu s'en fallut que M-« de Mainlenon elle-même, malgré son rapide retour, ne se cru ..euacée ; Languet de Gergy assure dans ses Mémoires qu el lui avoua n'avoir jamais ressenti une si vive frayeur. Elle en fut malade, et il fallut que le Boi finît par Im dire : «Ile! l.eu madame, vous verrons-nous mourir pour cette alfaire- 1^. ,) On peut calculer son émotion par sa prompte rupture avec le petit troupeau qui jadis lui était si cher. Dès le mois de mai 1698 elle écrivait à l'archevêque de Pans, son perpétuel confident en toute cette querelle : (( Je vois chaque our de plus eu plus combien j'ai été trompée par ces gens-la, \ qui je donnois ma confiance sans avoir la leur; car, sis aciloient simplement, pourquoi ne me mettoient-i s pas de tous leurs mvstères? S'ils craignoient de me les révéler, n estce pas une preuve qu'ils avoient un dessein formé, et qu'ils se servoient de mon amitié et de mon crédit pour établir celte nouveauté à la cour? » - « Ces gens-là )), c'étaient le duc de Beauvillier et le duc de Chevreuse, les deux duchesses filles de Colbert, ceux dont fhonnêteté et fexcellent renom lui avaient été jadis un solide appui. On a beau se rappeler qu'en somme elle avait raison contre le quiétisme avec Bossuet et Louis XIV,
INTRODUCTION
OU trouve ses paroles bien dures et sa rupture bien sèche. (( Aisément engouée, elle l'étoit à l'excès; aussi facilement déprise, elle se dégoûtoit de même *. »
Le fameux épisode du camp de Compiègne, du 30 août 1698, où elle reçut du Roi, en présence de toute la cour, ces hommages qui suffoquèrent tant Saint-Simon, fut une réconciliation véritable : toute l'ancienne faveur était reconquise, et les agitations causées par le quiétisme étaient oubliées.
Quant à Saint-Cyr, la discipline intérieure une fois rétabhe, il va se fermer définitivement à toutes les influences étrangères, sauf pourtant que M"" de Maintenon y fera couslamiueiit savoir les principales nouvelles de la cour, et surtout, par une pensée de patriotisme que partageaient ces jeunes femmes ou ces enfants, filles ou sœurs d'officiers au service, les nouvelles concernant nos armées en campagne. Tant qu'elle vécut, son esprit judicieux lutta pour maintenir son œuvre dans le chemin de la droite raison. Elle gronde les religieuses qui, par excès de scrupule, persistent à ne pas nommer le mariage dans la liste des sacrements. Aux interdictions à perpétuité de tout livre nouveau, elle répond que cependant il se pourrait faire que favenir apportât quelques bons ouvrages. Mais elle seule, et c'était le grand mal, animait et conduisait Saint-Cyr. Après elle, il demeure comme pétrifié. On y copie et recopie tous les écrits de la fondatrice. Ses Conversatiuns et ses Proverbes sont réputés contenir toute la science du monde. La plupart des demoiselles deviennent religieuses, non pas dans les ordres sévères ou hospitaliers : elles méconnaissent la grande voie ouverte par saint Vincent de Paul, elles n'abordent point les austérités du Carniel. Presque toutes se vouent, dans les couvents de règle mitigée, à l'éducation, sans rien changer aux méthodes ni à l'esprit qui les ont formées ellesmêmes. Bientôt leur uniforme perfection d'emprunt, dont on ne sait plus que faire, devient gênante, et l'on fonde pour elles une maison de chanoinesses. Horace Walpole raconte que, lorsqu'il visita Saint-Cyr vers 1756, on lui montra dans l'éghse, au
* Saiiit-Siiiion, t. XII, WI.
^^^^ INTRODUCTION
milieu du chœur, le tombeau de la fondatrice, et daus les salles p de vin,t de ses portraits. Los jeunes filles récitèrent les chœurs .VEslkcr et ^^AthaU., puis les Provnles et les Couv..a- Zs^e M-deMaintenon. Aux archives on lui montra les lettres do M- de Maintenon. Rien n'était changé dans la maison royale. Pas un livre nouveau; ou y faisait des ouvrages a 1 aiguille sur les patrons démodés du dix-septième siècle ; on y chan ait la seule musique de LuUi; on y dansait le P^-^^j^^ forlane en habit troussé, comme au temps de Louis Xl\ . Trente cinq ans plus tard, en 1791,1e chevahor de Bouiners n en croyait pas non plus ses yeux. <( Jamais chose n a e e plus .eilable à elle-même, dit-il. Les meubles de M- de Maintenon sont encore dans sa chambre, ses livres dans sa bibliothèque, ses écrits dans les archives, son esprit dans toute la maison. Ces pauvres enfants ont fait devant nous leurs touchants exercices avec un ordre, une décence, une régulante qui me faisaient penser en même temps à la pureté angelique et à la discipline prussienne! »
M- de Maintenon n'aurait-elle pas été reine elTective sur un autre théâtre encore que Saint-Cyr, et par une inthience plus 'ou moins directe sur les affaires générales? Saint-Simon se contredit souvent à ce sujet, affirmant tantôt quelle se mêlai de tout, et que son crédit occulte pesait sur la France, tan ot au contraire (luVlle vivait dans une solitude où quelques délations seules venaient, non l'instruire, mais la tromper et la duper En somme, ses adversaires et Saint-Simon croient qu'elle a beaucoup agi, et que son action a été désastreuse K C'est, croyons-nous, une erreur, et Voltaire en a bien mieux iugé quand îl assure à plusieurs reprises que sa règle etai , flviant aux questions de gouvernement, de politique et de guerre, de ne pas contredire le Roi et d'en croire ses avis.
* Saint-Simon, t. XII, p. 100, etc.
INTRODUCTION. xlv
On doit songer d'abord qu'elle avait bien assez à faire de soutenir sans le compromettre le rôle laborieux qu'une fortune singulière lui avait destiné. Il faut lire dans ses lettres le terrible récit de ses journées à Versailles, où tout le manège intérieur de la cour pesait à vrai dire sur elle, où son appartement était le rendez-vous tyrannique des désœuvrements, des compétitions, des sollicitations ambitieuses, où sa chambre servait souvent de cabinet de travail au Roi et à ses ministres.
Veut-on bien se représenter quelle était, au moins dans les premiers temps, la tache formidable de cette reine anonyme, âgée decinquante ans, chargée decharmer et decontenir à chaque jour, à chaque heure, ce Roi plus jeune qu'elle, et si prêt hier encore à retourner à ses maîtresses, si peu maître naguère contre le plaisir et contre le caprice, si impatient do frein? il faut qu'elle établisse, sans trouver nulle part aucun secours ou appui qu'en elle-même, une domination continue ne pouvant durer que par l'inépuisable attrait intellectuel et moral. Il faut qu'elle réussisse à éteindre les appétits grossiers, qu'elle motte fin à tout écart passager ou durable. II faut en même temps (pi'elle gouverne cette cour, qu'elle en découvre les pièges et sache y parer. Elle a obtenu ces étonnants succès, au prix de quelle vigilance infatigable sur elle-même plus encore que sur le Roi, au prix de quelle incroyable patience envers les volontés impérieuses, l'humeur changeante, le prodigieux égoïsme de chaque instant, à la condition parfois de quel formidable ennui et de quelle oppression indicible et intime elle et Saint-Simon l'ont admirablement dépeint : « Il n'y a point de milieu dans mon étal : il faut en être enivrée ou accablée. — Je meurs de tristesse dans une fortune qu'on auroit peine à s'imaginer. — Je me trouve dans un état à en avoir, comme on dit, jusqu'à la gorge. — Je n'y puis plus tenir; je voudrois être morte! — Ne croyez pas que je puisse mettre des pat a vent s devantma grande fenêtre. On n'arrange pas sa chambre comme on veut quand le Roi y vient tous les jours ; il faut périr en symétrie. — Je rame en vérité pour amuser }["" la duchesse de Rourgogne *. » — « Je l'ai
* Voir notre tome II, p. 22, 51, 68, etc.
INTRODUCTION
vue dit Sainl-S.mo„. aller à Fontainebleau quil y avo.l a par.er n^Ue n'y arriveroit pas en vie. avec «ne grosse fièvre e un L de le i..suppor.able : il ouvroit toutes les fenêtres et se. ilux ne n. e'pargnoit ni ne lui eachoit aucune boug>e,et. ;Îde"y avoir'nu.si<,ue.avoit les musiciens et les .nstrumens dans sa même chambre'. »
Tt-elle mal usé d'une, faveur qu'elle payait de ce pr.x 11 senit absolument injuste de lui reprocher ou de lu. comp er Zlv rien ce qu'elle conquit d'inllnence personnelle s.u lo s XV 11 n'a pas tenu à elle que le Koi ne revu.t a une SoS- inteUigente et mieux comprise, moins élro.te et moLdure. Elle s'en plaint. Elle voit nettement quune ioru.e Tout sîche risque fort de stériliser le fond Elle sa.t mesurer cet orn>eil surhumain, qui offre en exp.al.on a son profit le châtiment et les peines infiigées par lui-même aux autres hommes. Celte vue sans illusion et cet ennui sans bornes se- Z les conditions du bien qu'elle saura obtenu- et qud ne a^t pas méconnaître. Encore une fois, s. Loms XIV, Ion. d oùter aux malheurs qui accablère-.t la fi., de so.. reg..e le scandale d'une vieillesse dissolue, a au contraue oppose co..tre •lufortune et les douleurs privées la fermeté d'«.,e â.ne redeve..ue forte et la dignité .[ui comma..de le respect, s. un gra.id honneur en est résulté en mèn.e temps pour le pays et pour Î,u,X, il n'est pas permis d'affi...>er q..e M»- de Ma.„te..o..
n'y ait pas été pour beaucoup.
Elle a eu pour alliés, pour instigateurs peut^t.e, pl«s.e.,rs u,embres du haut clergé de France, cela est fort probable. Ses adversaires lui en font un crime, et pa.lent de hgue ténébreuse pour subjuguer et asservir le Roi. Qu'y a-t-.l la cependant d'inavouable! Oui, un Bossuel, unFénelon, voyant grandir son i„flue..cesurun tout-puissant dont les excès pouv-a.e..t être si redoutables, lui ont de bonne foi répété qu un grand rôle s'offrait à elle, et qu'elle ne devait pas s'y soustraire. Bossuet croyait à celte u.ission lorsque, après une lutte s. longue et si patiente contre les pires écarts de Louis XIV. il parve-
* Parallèle des trois roiSf p. 8ti.
INTRODUCTION. xlvii
liait à faire reléguer la Montespan. Fénelon y croyait lorsipi'il lui écrivait ainsi : « Je prie Dieu d'élargir votre cœur comme la mer, et de vous donner, par le renoncement à tout vousmême, une étendue sans bornes et une souplesse infinie pour tous ses desseins ». Est-ce que la droite raison et le ferme courage ne commandaient pas de les écouter? Elle résolut de s'employer à un double but, d'abord et avant tout à la conversion du Roi, puis à une sorte de direction sur le choix des évêques, pour mettre fin par un bon recrutement de l'épiscopat à beaucoup de relâchement et d'abus dans l'église de France. Le haut clergé, à côté de quelques personnages illustrés par leurs talents et leurs vertus, comptait beaucoup de prélats mdignes : un cardinal de Bonzi, archevêque de Toulouse, fin diplomate, mais de mœurs corrompues ; un cardinal de Furstemberg, archevêque de Strasbourg : sa nièce, qui tenait sa maison, vendait aux plus offrants les dignités de TÉglise. Il était de tradition que la famille de Clermont-Tonnerre eût toujours en même temps trois pairs ecclésiastiques, quels que fussent l'âge et le caractère. L'archevêché de Lyon appartenait héréditairement à la famille de Villeroy : c'était l'apanage de quelque cadet. L'archevêque de Paris, de Ilarlay de Chanvalon, se montrait le pire de tous, et allait cacher à Conflans sa vie dél)ravée. M™" de Maintenon avait-elle tort de s'indigner d'un tel épiscopat, et de vouloir profiter de son crédit pour obtenir des nominations meilleures? Elle parvint à faire donner pour successeur à de Ilarlay l'évêque de Chàlons, futur cardinal de Noailles, prêtre d'une grande vertu, et que sa naissance mettait en possession d'une sérieuse autorité. Elle se ligua avec lui, on peut le dire et sa correspondance le montre, afin d'être bien informée et d'agir de concert. On ne voit pas qu'il y ait lieu de lui reprocher les nominations qu'elle obtint : c'était Fénelon, c'était l'évêque de Meaux, M. de Bissy; l'évêque de Châlons, frère du cardinal de Noailles ; l'évêque d'Âuxerre, M. de Caylus; l'évêque de Noyon, puis archevêque de Rouen d'Aubigné, tous prêtres honnêtes et respectés. Il est vrai que, sauf les Noailles, ce ne sont pas là des grands seigneurs, et c'est précisément ce qui met Saint-Simon hors de lui. 11 s'indigne
,L,,„ INTRODUCTION
surtout de ce que, presque tous, ils appartiennent à la réforme de M. Olier, à ce clergé grave et modeste des Suli)iciens et des Lazaristes qui rompait ouvertement avec les traditions de la haute noblesse ecclésiastique, et se mêlait au peuple qu'il allait évangéliser et secourir dans les quartiers les plus pauvres de Paris. Les successeurs de M. Olier, les curés de Saint- Sulpice comme M. de la Chétardie et son successeur Languet de Gergy, ce qu'on ap[)elait les Prêtres de la mission, c'est-àdire la milice de Saint-Vincent-de-Paul, voilà en quels hommes M"- de Maintenon met sa confiance. Bien quelle ne nomme nulle part M. Vincent, elle appellera souvent à Saint-Cyr ses Filles de la charité; elle a rencontré dans ce monde charitable et elle a admiré une M-""^^ de Miramion. Mais Saint-Simon ne lui pardonnera pas d'avoir préféré aux prélats de grande naissance et à leurs vices « la crasse ignorance des Sulpiciens, comme il dit, leur platitude suprême,... les barbes sales de Saint-Sulpice, et ces cagots abrutis de barbichets des Missions, qui ont la cure de Versailles » ! »
Faut-il, avec Saint-Simon ^ , faire peser principalement sur elle la responsabilité de la révocation de l'édit de Nantes? Ce serait par elle surtout, assistée de Louvois et du père de la Chaise, que, dans un profond secret et à l'insu de tous, cette trame aurait été construite. Elle n'aimait pourtant ni le père de la Chaise ni surtout Louvois, Saint-Simon nous l'a assez dit. Outre qu'on ne donne nulle preuve, la correspondance ne montre absolument rien qui vienne à l'appui. Ce qui apparaît dans les lettres, c'est qu'avant et après la révocation elle blâme et déplore les violences, c'est qu'avant 1685 elle partage l'erreur générale représentant les huguenots comme tout prêts à