‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 21 sur 98 · AU MARÉCHAL D'ALBRET · texte numérisé non relu

AU MARÉCHAL D'ALBRET

10 septembre (1671).

J'allai lundi à Versailles avec M™« de Vivonne*, que l'on avoit priée de m'y mener. Je trouvai notre amie plus belle que jamais et en très bonne santé ; elle me reçut tout aussi bien que je l'aurois pu désirer, et j'eus l'honneur de voir des gens dans sa chambre qui me firent assez bonne mine. Je dînai avec les dames; M'"« de Thiange me demanda quand vous reveniez, et parut très-

* Comte de Rouville, beau-frère de Bussy-Rabutin.

2 Ou prononçait et on écrivait même souvent Tréville. C'est ce gentilhomme béarnais de beaucoup d'esprit et de galanterie, qui a été peut-être V Arsène des Caractères de La Bruyère, et ([u'Alexaiidre Dumas, dans ses Trois Mousquetaires, a étrangement travesti. (Voir Saint-Simon, Mémoires; Blampignon, Essai sur Malebranche, p. 55; Servois, édition de La Bruyère dans les Grands écrivains de la France, 1, 444.)

5 Marquis de Charost, puis duc de Béthune, gendre de Fouquet.

4 ^ime (Je Vivonne, Louise de Mesmes, était belle-sœur de M»* de Montespan.

3<) LETTRES |>E M- |>E MAINTENO.X.

fâchée d'apprendre que vous passeriez l'iiiver à Bordeaux Elle m'en demanda la raison. Je lui dis que vous aviez pris cette résolution sur les bruit? qui couroient de la guerre, et que vous croyiez mieux faire votre cour en demeurant en Guienne qu'en revenant à la cour. On dit que vous étiez fort amoureux de la femme d'un conseiller et je dis que ce n'étoit pas elle qui vous relenoit. Je ne vis point noire amie en particulier : ce sera pour Saint-Cermain. On s'alla promener dès que Ion eut dîné et j'eus l'honneur d'être de la promenade S ce qui surprit fort les courtisans et moi aussi, car je n'en avois pas OUI parler, et je ne m'étois jamais attendue à un pareil traitement. Je suis sûre que vous en serez aussi aise que moi, et que vous aurez quelque plaisir à voir votre ouvrage élevé, et par des gens que vous aimez. Il v avoit beaucoup de courtisans autour de la calèche; M. de Lauzun causa fort avec moi, et quand on descendit, votre ami M. de Turenne continua le petit commerce que vous avez établi entre nous. Je revins à minuit avec M'"^ de Vivonne, qui me fit un plaisir sensible en me contant naturellement les inquiétudes qu'elle vous avoit vues sur ma mauvaise santé. Je vous assure que l'engouement où J etois de ce qui m'étoit arrivé à Versailles ne m'empêcha pas de sentir vivement cette marque de votre amitié Vous apprendrez de toute part le choix de M. de Pomponne et vous l'aurez su dès dimanche. Courtin^ en est un peu consterné, car il avoit espéré. M. de Barrillon^- est revenu

* Elle eut rhonnour d'être de h promenade du Rci, en nionl'n.t dans un des carrosses qui l'accompa^naienf mmuul

MIonoré de Courlin, employé dans un prand nombre de missions d.plomafiques, termma la grande ntv^ociation de Louis XI "■ Suéde, qui amena le Iraité du U avr.l 107^^ contre uL\lJ

terre sLnfn^pJr , *'"''"'=<""•'• '«"Slen.ps ambassadeur en Anple- ! n Kl- ,1'^ "^ •""' «""«""es ail déparlement des manuscrits do

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ici incognito pour voir son fils qui est très mal de la petite vérole. Troisville est tout-à-fait dévot, et se va retirer dans quelque communauté. La petite Coulanges» s'en alla hier à Autry^ pour trois mois. L'hôtel de Richelieu croit s'en aller à la fin de septembre pour revenir à Noèl. La cour s'en va à Saint-Germain dans huit jours. Le maréchal de Gramont se meurt'-, et pourra bien être mort avant que je ferme votre paquet. M. de Laon est cardinal ; cela n'est pas encore déclaré : il falloit cette prospéritelà pour réparer ce qui est arrivé dans la maison de Lionne depuis deux mois. On dit que M. de Montausier a parle deux fois au Roi pour faire venir le comte de Guiche*. Je viens d'apprendre que l'on sera à Versailles jusqu a la fin du mois. Je vous prie de dire à M. d'Albret, s'il est avec vous, que M™« de Pons passera deux mois à Richelieu M. Colbcrt est mieux, et son cinquième accès, qu il a eu aujourd'hui, a été moindre que les autres. Adieu, mon maréchal, je voudrois bien savoir qui c'est qui vous mande les nouvelles, car, selon cela, je serois plus ou moins exacte à vous les écrire. - M- de Nevers s en va en Italie trouver son mari ».

Ouand M- Scarron écrivait ces lettres au maréchal d'Albret, elle dissimulait quels liens elle avait contractés avec M- de

i Marie-Angélique du Gué,mance a M. de Couh»^^^^ de Sévigné. mable ménage si souvent nomme dans les f^^^f^^^ ^^' ^^^^S""

* Terre près de Gien, appartenant a une Cmilange^s. 3 1 e maréchal Antoine 111) ne mourut qu en 1678.

* L Tmte de Guiche, lils Lé du -^f^^^^'^^^^X été exilé en 1669 pour ses folies galantes. M- de Sevigné, 27 sep

'TÏ^Sers Z'ts ::tr.n n.ag..c„t de ,a ,e«re ,..e ,e cache, de cire, quand on l'a ouverte, a enlevé et conserve.

Montespan depuis qu'elle élevait les enfants du Roi. Elle demeurait ainsi lidèle au secret qu'elle avait juré, et sa correspondance n'offre aucun détail sur ce sujet. Toutefois, dans sa vieillesse, elle est revenue, en s'entretenant avec les dames de Saint-Cyr, sur les souvenirs de ce temps et sur les motifs, à son avis très légitimes, d'accepter un emploi qui, l'approchant du Roi, devenait, conune elle dit, l'origine « providentielle » de sa fortune.

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