A M. DE VILLETTE, A PARIS
Lavallcc, Correspondance (jénérale, t. III, p. 90 •.
Ce 4 septembre 1087.
Prenez garde à toutes les affaires dont vous vous chargez, car il seroit désagréable qu'elles ne se trouvassent pas comme vous les avez proposées. M. de Seignelay a persuadé au Roi que M"« de Saint-Laurent étoit sur le point de faire sa réunion, et si elle part sans que cela soit fait, ou eu sera assurément mécontent. Ne vaudroit-il pas mieux la remettre aux Nouvelles catholiques^ et qu'elle s'en démêlât comme il lui plairoit? Je vous avoue que je n'aime point à me charger envers Dieu ni devant le tioi de tous ces retardemens de conversion, et que j'aurois aussi du chagrin de vous voir dé])laire quand vos intentions sont bonnes^.
* Un fragment do cette lettre est rite par Monineiqué dans sa )»rerace aux Mémoires de Villette d'après les maiiusciits de M"" d'Aiimale.
- On désignait ainsi des maisons religieuses où l'on instruisait les femmes ou jeunes fdles qu'on voulait convertir au catholicisme. •* On lit dans le Journal de Dangeau, dimanche 10 mars 1080 :
On prétend aussi que cette M"*^ de Boisragond n'écoute point, et qu'elle ne sera de longtemps convertie ; cela sera encore sur votre compte. M""- de Saint-Hermine n'a point comnuinié, et c'est son mari qui l'en empêche; je suis indignée contre de pareilles conversions. L'état du chevalier de Saint-Hermine est déplorable, mais il n'a rien de honteux, et celui de ceux qui abjurent sans être véritablement catholiques est infâme.
Toutes ces raisons-là ne me convient pas à mettre M. de Saint-Ilormine en liberté; faites de votre mieux là-dessus, je vous en conjure, mais ne les soutenez pas trop, car cela seroit pris ici pour être mauvais catholique.
J'envoie la comtesse de Mailly à Paris*, ne pouvant plus soutenir l'embarras où elle se trouve. Usera bon, je crois, que vous entriez un peu dans ses affaires; je ne veux point la revoir qu'elles ne soient réglées.
Je vous enverrai le comte de Caylus dés qu'il sera de retour d'Anet, afin que vous régliez toutes choses avec lui ; je crois que M. Delpech seroit utile dans ce conseil-là. Si vous jugiez que j'eusse quelque chose à faire là-dessus, vous n'avez qu'à dire, pourvu que ce soit une décision prompte, car j'ai peu de temps à donner.
Adieu, mon cher cousin; voilà des commissions fort pénibles; mais ce sont de bonnes œuvres, et il en ituit faire.
« Le Roi donne au marquis de Villetle, cousiu-gcrniain de M"" de Maiiilenon et chef descadre, une pension de 5000 francs : il s'est converti depuis peu. » 11 l'était depuis dix-huit mois enviion. On voit que son zèle ])our la conversion des autres s'exerçait dune manière que M"-^ de Mainteuou elle-même Irouvait excessive. On remarquera ce qu'elle dit du chevalier de Saint-Hermine, et comment la droiture de son espiit reparaît.
* W" de Saint-Hermine, comtesse de Mailly, était petite-cousine de M™-^ de Maintenon.
A M. DE MOMCIIEVREUIL.
Aiilo^n'jiph»' au cli.^toau do Moniay,
11 y a bien longtemps, mon cher marquis, que je désire vous parler sur l'affaire de votre salut; mais ne pouvant parvenir à trouver cette occasion, je prends le parti de vous écrire. Vous êtes persuadé de mon amitié, et vous avez raison; je le suis de la vôtre connue si je vous voyois tous les jours.
Vous savez avec quel empressement j'ai souhaité votre bonheur sur la terre et je souhaite votre bonheur dans le ciel à proportion de ce qu'on doit les regarder. Il n'y a rien que je n'eusse été capable de faire pour votre fortune; il n'y a rien à plus juste raison que je ne voulusse pour votre sanctificalion. Vous avez de l'estime pour moi beaucoup plus que je ne le mérite, et vous avez dit souvent que vous seriez dévot quand je serois dévote ; je vous sonune de votre parole, et je veux vous dire tout simplement ce que je pense sur cette matière-là. Ne croyez point que ceci soit un effet de la complaisance pour M"'*' de Montchevreuil ; je ne lui en ai pas dit un mot, et il ne tiendra (ju'à vous qu'elle ni personne au monde n'en sache jamais rien.
11 y auroit un détail infini à traiter sur toutes les obligations des chrétiens en général, sur celle d'un pécheur converti et sur celles d'un homme à qui Dieu fait des grâces particulières, car, mon cher marquis, tout cela sont des degrés différons et raisonnables, et qui ne sont point du tout des effets d'imagination ou de raffinemens inutiles.
Un homme qui a vécu innocemment dans la profession du christianisme peut fiure une vie très-douce et tréscomnmne sans hasarder son salut; un homme qui a beau-
coup péché, qui s'est converti tard, a beaucoup à réparer, peu de temps à employer, et doit se hâter s'il veut recevoir la môme récompense que ceux qui ont travaillé dés le matin ; il faut que les péchés soient effiicés en ce monde ici ou en l'autre.
Un homme à qui Dieu se fait sentir, à qui il donne de fréquentes inspirations, qu'il a prévenu d'un cœur droit, franc et sincère, doit le servir avec délicatesse et perfection, (.e ne sont point des visions; tout cela nous est marqué dans l'Évangile; ni je ne suis capable de vous instruire de tous ces états, ni vous n'avez assez de vie pour en être parfaitement instruit. Que pouvez-vous donc faire? Demander à Dieu lui guide, le choisir avec les mémos vues que vous auriez en choisissant un médecin et vous abandonnant à lui comme un enfant. C'est là le chemin le plus court, le plus facile et le plus sûr.
Ne regardez pas cette conduite comme n'étant d'usage que pour les femmes; les hommes font tout de même par la disposition du cœur ; et pour la docilité, ils ne sont pas conduits de même, parce que les guides conduisent selon l'état de ceux qu'ils ont à conduire, et que, trouvant dans les honnnes des esprits plus forts et plus solides, ils ne les tiennent point aux détails et aux pelih's ]>ratiques nécessaires pour occuper et contenter les femmes.
Mais pour cette disposition d'un cœ'ur prêt à tout faire, qui renonce à ses })ropres lumières, et qui devient enfant pour entrer dans le royaume des cieux, Notre-Seigneur en fait la leçon à ses apôtres, aussi bien qu'aux femmes. C'est le seul conseil que j'ai à vous donner, parce qu'il me semble qu'il renferme tous les autres, et que, lorsque vous aurez un conducteur, vous ferez aveuglément ce qu'il vous dira sans avoir à raisonner et à vouloir être convaincu sur chaque article. Je n'ai pas naturellement l'esprit plus soumis qu'un autre; mais Dieu m'a fait la grâce de comprendre toujours que, dès que je le voudrois
servir, je prendrois coiisoil. Comment est-ce qu'on peut se lier à soi après s'être trompé? Gonuuent peut-on se confier à ce qu'on se choisit soi-même? Comment peut-on s'approcher ou s'éloigner des sacrcmens sur son propre témoi,f,ninge? N'a-t-on point à craindre une confiance présomptueuse, qui nous eu fasse abuser, ou un faux respect qui nous en éloigne et nous prive par conséquent de toutes les grâces qui sont renfermées dans les saciemens? Tous ces embarras sont cessés quand on nous mène; on communie par obéissance sur le témoignage de celui qui est établi ])our cela }>ar Jésus-Christ. 11 faut avancer, mon cher marquis, il faut se préparer à la mort et prévenir les reproches que vous vous ferez d'avoir donné si peu de temps à votre seule affaire, d'avoir méprisé les sacremens, sources de nos forces, car n'est-ce pas les mépriser de n'en pas appioclier souvent? On dit : mais il faut être bien saint pour comnumier souvent! Ne faut-il pas être bien saint pour mourir et pour aller paroître devant Dieu? En voilà tiop, et je ne suis excusable que par la véritable amitié que j'ai pour vous; elle ne le seroit pas si je ne désirois ardemment que nous nous retrouvions au ciel pour ne nous séparer jamais.
A iniOZIKR '.
BibliollitMiue nationale, Manuscrits. Cabinet des titres, 0;Y/;erfMS«îw/-E.v;;rï7.
10 juin (1G88).
Je n'ai nulle connoissance sur ma généalogie que celle que M. l'abbé d'Aubigné m'a donnée, et je n'ai ni le goût ni le temps de m'appliquer là-dessus à aucune recherche-.
* Citée par M. Bordier au tome l"* de la Fiance protealanle, articles Mai.ntenox et Aibigsé.
- Voir sur toute cette affaire la leUre du 11 novembre 1075 à M. de
Je serois cependant fort aise de savoir sur cela, comme en tout, à quoi m'en tenir, et surtout depuis que mon frère a des enfans et peut en avoir encore. Ne doutez donc pas que je ne vous sois sensiblement obligée de la vivacité que vous me montrez là- dessus, et que je n'aie toujours compté de vous donner toutes les lumières qui me viendront pour former ensuite mon opinion sur la vôtre. On ne peut trouver ce contrat de Jean d'Aubigné avec Catherine de L'estang que je crois avoir lu moi-même à Mursay quand je fis cette petite production devant M. Barentin. Je l'ai fait chercher à Orléans, oii l'on dit qu'il a été passé. On le cherche encore à Surimeau et à Mursay, et jusqu'à cette heure inutilement. Cependant j'ai été instruite dés mou enfance de cette parenté avec MM. de L'Eslang de Rulles qui ne peut venir que par là. Mille gens s'offrent à me donner des titres; mais M. l'abbé d'Aubigné m'assure qu'il n'y a que ce contrat qui me soit nécessaire. Je ne sais donc plus là-dessus où j'en suis, et vous m'obligeriez fort de m'y aider. C'est par retenue et par prudence que je n'accepte pas les offres de tous ceux qui veulent se mêler de cette affaire. Je crains leurs peines et la suite de leur importunité s'ils m'a voient rendu un service, et de plus je crains que si on ne trouvoit pas ce que l'on cherche, que cela ne fît un bruit (jui me seroit désagréable. Vous voyez que je m'explique à vous avec confiance, comptant sur votre honneur
Villotle et la note. M™" de Mainlcnon avait sujet de revenir à ces roolicrclies, qu'elle semblait, en effet, avoir abandonnées jiour ellemême. Sur son désir sans doute, le conile d'Aubigné allait élre nonujjé clicvalior de l'Ordre; il fallait donc qu'il produisît seize quartiers i\o noblesse. Trois lettres à «l'IIozicr, pidjliées pour la première fois i»ar M. Hordicr, et dont nous donnons les deux plus sij:ni(ica(ives, prouvent qu'on dut user d'une rom[>laisance «pic lacililaient autant (pi'ils le pouvaient les mendjres de ranciemie famille des d'Aubigné d'Anjou, fort désireux de se trouver parents de M""" <le Maintenon. La promotion des chevaliers de l'Ordre se fit le 1^*^ janvier 1689; d'Aubigné y figure.
et sur raniitié que vous me témoignez. Si j'ai des papiers, je vous les enverrai; mais il me semble que j'ai tout
donné à l'abbé d'Aubigné.
A M. I/ARRK (iOMKM.N.
AlaiiUi^ci'ils de Versaillt'S. Lettres édifiantes, l. I, p. oCiO.
Novembre 1088.
Vous savez bien que vous êtes le maître d'aller à Saint-Cyr ou de n'y pas aller; et je ne puis vous mettre làdessus dans la liberté où vous devriez être. Vous savez bien que les supérieurs ne sont pas souvent dans les maisons qu'ils gouvernent, et vous savez bien aussi que l'on est ravi quand vous y êtes. Ainsi, c'est à vous à faire ce qui vous convient sans jamais vous embarrasser.
M*"'' de Briiion me pareil bien cliagrine dans ses lettres'; il faudra songera remédier à tout ce qui se passe à Saint-Cyr, car nos dames sont un peu tourmentées entre elle et moi, et ne peuvent être gouvernées par deux personnes qui pensent si différemment. Dieu m'est témoin que je ne veux que le bien, et que je donnerois de mon sang [)our que M'"*" de Brinon gouvernât Saint-Cyr bien régulièrement.
Je me porte fort bien, n'eu soyez pas en peine, et priez l)ieu pour moi, je vous sup[die.
ï/affaire d'Angleterre m'afflige tout à fait, et cependant il faut se soumettre à la volonté de Dieu.
A poino créée, la maison do Saint-Cyr <lov;ii( subir un <h;nigenicnt dans son gouvernement intérieur. M'" de Rrinou en
* « Elle étoit allée prendre les eaux à Rourbon. » Nofe du manuscrit de Versailles.
avait été nommée supérieure à per[)étuité; on a vu comment M""' de Maintenon l'avait associée jusque-là au développement de son œuvre. Cependant à peine la maison fut-elle en plein exercice, qu'on se repentit de la place qu'on lui avait laissé prendre. C'est ici un ti'ait du caractère de M'"' de Maiuteiion que nous verrons se renouveler, et que Saint-Simon n'a pas niancpié de saisir. « Aisément engouée, elle l'étoit à l'excès; aussi facilement déprise, elle se dégoût oit de même. » Voici connnenl M"" de Caylus raconte les causes et les suites de cette disgrâce : « M™*" de Rrinon i)résida, dans les commencemcns de cet établissement, à tous les régleinens ([ui furent laits, et l'on croyoit qu'elle était nécessaire pour les maintenir. Mais connue elle en étoit encore plus persuadée que les autres, elle se laissa tellement emporter par son caractère naturellement impérieux, que M""" de Maintenon se repentit de s'être donné à elle-même une supérieure aussi hautaine. Elle renvoya donc cette fille dans le moment qu'on la croyoit au comble de la laveur; car les gens de la cour, qui la regardoient comme une seconde favorite, la ménageoient, lui écrivoient, et la venoienl (pielquefois voir, chose ([ui ne plut pas encore à M'"'' de Maintenon. Entin elle reçut, par lettre de cachet, l'ordre de sortir de Saint-Cyr et d'aller dans tel autre lieu (pii lui conviendroit, avec une pension honnête.... De tous les gens qui la conuoissoient, qui lui faisoient la cour auparavant, et qu'elle avoit obligés, il ne se trouva que M™° la duchesse de Brunswick (pii la voulut bien recevoir, et qui la garda chez elle jusqu'à ce (ju'elle eut écrit à M™*^ sa tante, princesse palatine, en ce tenq)s-là abbesse de Manbuisson, qui voulut bien la recevoir. » M""" de Rrinon supporta cette complète et subite disgrâce (10 décembre 1088) avec beaucoup de dignité. Aussi M""" de Maintenon ne rompit point avec elle, et nous retrouverons des lettres à elle adressées.
M'"° de Brinon allait voir s'ouvrir devant elle une nouvelle carrière. Son esprit ardent, sa piété active, son admiration pour Bossue! , son commerce avec, les princesses théologiennes et savantes de la maison de Brunswick- Hanovre, comme l'abbessc de Maubuisson, la duchesse Bénédicte-Henriette, la duchesse Sophie, etc., l'introduisirent dans la correspondance qui s'échangea entre Leibniz et Bossuet. Elle fut entre eux une active et éloquente intermédiaire; on peut lire dans les éditions plus ou moins complètes de leurs œuvres les lettres
qu'elle recevait de ces deux grands hommes et celles qu'elle leur adressait.
Après le départ do M""^ de Brinon, une des jeunes dames de Saint-Louis fut nommée supérieure; mais rien ne s'opposait plus à la direction réelle do M™" do Mainlonon, et bientôt l'évé(pio do Chartres lui conféra le titre d'Institutrice de la maison de Saint-Cyr. A partir de ce moment surtout, les lettres et instructions do M""^ do Maintonon aux dames et aux élèves se multiplient. Soigneusement conservées, multipliées par les copies, elles sont sans doute presque toutes arrivées jusqu'à nous. LavaJléo en a donné six volumes sous ditïérents titres.
On trouvera ici un certain nombre de ces pages, car il serait bien impossible de comprendre le caractère et le rôle de M""' de Maintonon sans tenir compte de ce qui prit une si grande place dans sa vie, sans la considérer dans ce rôle de directrice des âmes et d'institutric(î de la jeunesse, sa première vocation; on a du reste sur ce sujet l'excellent volume de M. Gréard : Mme de Mainlenon, Extraits de ses lettres, avis, entretiens, conversations et proverbes sur Véducation (Hachette, 1884, in-12). Ce petit livre, qui s'ouvre par une spirituelle introduction, met on vive lumière tout cet aspect de son caractère et de son esprit.
A M. DE MONTCIIEVREUIL».
Aulograplio au château de Mornay.
Ce 14 novembre (1688).
Je vous ai déjà écrit ce matin, je le fais encore pour vous dire que les bontés du Roi dans cette occasion passent mes espérances. Il a l'ait riionneur à M'"«de Montchevreuil de l'aller voir; il s'est offensé de ce que je lui ai écrit pour le prier de donner le régiment au chevalier, et il m'ordonne de vous dire qu'il donnera tout ce qu'il
* On lit dans \c Journal dcDan^eau, dimanrlie 14 novembre 1088, à Versailles : « M. do Darljozieux entra chez, le Roi à ^ou lever, et lui donna des lettres de Monseigneur, qui lui mande que la ville de Maiiheim s'est rendue. Le duc de Mornay, aide, de canq) de Monsci-
— DECEMBRE 1fi88. —
donnoit à ceux de vos enfans que vous voudrez. Voilà de grandes consolations, et surtout quand elles viennent d'un Roi tel que le nôtre. Je suis assurée que vous lui sacrifieriez dix enfans si vous les aviez; à plus forte raison devez-vous les donner à Dieu. J'espère qu'il aura fait miséricorde à celui que nous regrettons : il faut se tenir prêt à l'aller trouver. Je suis édifiée et étonnée delà force de M'"^ (le Montchevrenil ; elle a pleuié dans les premières heures, elle a été ensuite dans une tranquillité admirable; n'en soyez pas en peine, et reposez- vous en mes soins. Nous ne savons encore rien de la veuve. Adieu, mon cher marquis, vous savez comme je suis pour vous.
A D'IIOZIER.
Dibliolliôquo nationale. Cabinet dos titres. Ordre de Sainf-Louis *.
0 décembre (1688).
Je VOUS ai fait mander que nous aurons pour commissaires M. le duc de Saint-Simon et M. de Réiinghen. M. de Villette a envoyé à Mursay et à Orléans. J'ai mandé à l'abbé d'Aubigné de revenir et j'ai fait toutes sortes de diligences. Cependant je ne compte que sur vos soins. Enfin vous avez ce qui est absolument nécessaire pour ne pas demeurer court, et, pour le reste, nous demanderons un délai si d'autres en demandent.
On ne peut être plus sensible que je suis aux marques
}{neur, étant de jour à la tranchée, fut empoi lé d'un coup de canon. » Le duc de Mornay élait Dis aine du niarcjuis de Monlclievieuil, aucjuel le Roi écrivait le même jour : « J'ai été lâché de la perte que vous avez faite. Vous savez l'amitié que j'ai pour vous; je serai bien ai.<:o de vous la faire voir dans cette occasion en faisant ce que vous désirez, ainsi que M""' de Maintonon vous Je dira plus particulièrement. »
* Voir le tome r"" de la France protestante, articles Maixtenon el
.\l'BIGNÉ.
d'affection que vous me donnez dans celte occasion. Le Roi ne peut comprendre non plus que moi la fausseté de ce contrat. Il me semble que l'on n'en fait guère sans y être convié ; mais vous êtes bon juge et point disposé contre mes intérêts. Ainsi il n'y a qu'à vous laisser faire.
A UiNE DEMOISELLE DE L\ CLASSE BLEUE».
Mannsrrilsd*' V«>rsaillps. Lettres rdifînnli's, t. II. p. 115.— Dihliotht'iju
national»', niss. IV.. n° ITii^K».
(Janvier 1089 )
Gai'dez-moi le secret que je vous confie ; c'est mercredi que je compte (jue nous ferons représenter Ei^ther. Tenez tout prét^ J'ai fait écrire à M. de Nivert"' de se rendre à Sainl-Cyr pour acconqjagner avec le clavecin. Je suis ravie, ma cliére enfant, de vous voir occupée de Dieu comme vous l'êtes ; je le prie de tout mon cfeur de se rendre maître du votre et de vous conduire dans la voie la plus assurée pour votre salut; si je pouvoisy contril)uer, je m'estimerois trop heureuse, et vous pouvez vous adresser à moi avec toute sorte de liberté.
* Los élèves à Saiat-Cyr étaient divisées en qnatre classes; le fostnme était le même, sanf des rubans de diverses couleurs qui distinguaient les classes. Le bleu était la couleur de la classe suj é-
l'ienre.
* Mercredi 20 Janvier 1089 : « A 3 Iieures le Roi et Monseifrneniallèrent à Saint-Cyr, où on représenta pour la première lois la tragédie d'Eslher ». 'Journal de Dangeau.)
^ >'ivert était prêtre, et avait fait ses études tbéologiqnes nu séminaire de Saint-Sulpice. Il ne renonçait pas au goût passionné qui l'entraînait vers la nuisi(p>e, mais il le tournait vei*s la musique sacrée. Il fut organiste de Saint-Sulpice, jiuis de la chapelle du Roi cl de Saint-Cyr, où il enseignait la musique aux damé«».
LVst donc nussilôt après le départ de M- de Brinon que 1-, maison de Saiiit-Cyr a sa journée d'éclat, colle qui assure en IKulie sa .ffloH'c aux yeux de la postérilé, la pivuiiére représenli.lion iVEsther. Les lellres de M- de Maiuleuon n-oUVent que peu d allusious à uu épisode si céb'bré d(^s coul..uiporai.is • „,ais les Mcmoires des dames de Sainl-Cyr (Paris, 1840, iu-i^/ cii-i piHvs XIV et suivaii(s) out d 'iuléressauts récits à ce suier Celte parlie des Mémoires a été rédij^V-e sur U^s uoles, à peine niodiiices sans doute, de M- de I>êrou : ou y recouiiait ce style net, mesuré, agréable, qui est uu p.ivilèoe de ce temps, mais qiiou ne prali(|iiait nulle j.art uiieux qu'à la maison de Saiul- Loiiis, el dont la réserve n'excluait ni la tiue observation des caractères, ui, à l'occasiou, qiiel.p.es traiLs satiriques modéré^ ment voiles. Les Mémoires racoiHeut que M»- de Briuou peur amuser les demoiselles, leur faisait de lemps eu temps re pré seuler des tragédi.'s tirées des Actes des marh,rs ou autres sujets pieux. Les vers ne valaient guère la peine de les apprendre • Po.n'lant M"-' de Briuou ne laissait pas de les aimer • elle eu composait elle-même de pires encore. M--^ de Maintenon p-ir complaisance, soulTrit ce jeu (piel(,ue temps. Par suite' elle ;;•'»« (lo'elie pouvait subsliluer à ces mauvaises pièces celles de (.oriKMlle et de Racine .p.i lui semblaieni assez .'-purées de n-,s^ sions dangereuses, l,,lii<jénie, Andromaque, Alexandre et aulres 3L.1S les demoiselles les j(,uèreiit avec nu tel succès qu'cdlê n»nnuença de craindre (,u'elles n'entrassent Irop dans l'esprit (les personnages (piVUes représenlaieni, et ne prissent pour les choses prolanes uu goût cai)able (ralfaiblir celui de la piété (.0 lut alors qu'elle eul l'id.'e de demander à Racine de composer cp.elque belle pièce dont la vertu el la religion fissent tout le charme. Elle lui écrivit une lellre dont nous ne connaissons malheureusement que cette phrase, conservée par yV- de Caylus : « .Nos i,etites tilles viennent de jouer Andro maque, et l'ont si bien jouée (pfelles ne la joueront plus ni aucune de vos pièces ». On sait comment Racine, désesm'Té d abord de cette mission, prit feu en trouvant le sujet û'Esliier Les demoiselles commencèrent à rq^éler le premier acte avant meine d avoir la pièce entière; la musique des chu'urs fut faite par Moreau.Tout était prêt pour le commeucement de 1080 Un théâtre s'éleva dans un grand vestibule; M-- de Maintenon avait inil taire des habits persans magnifiques pmir les actrices}
i96 LKTTRES DE M- DE MAINTENON.
on emprunta même les diamants qui sorvaieut pour les ballets de la cour. Racine et Boileau dirigeaient les répétitions. La première représentation eut lieu devant le Koi le 2G janvier. Il en fut si charmé qu'il voulut y amener successivement toutes les personnes de la cour; les évêques et les personnes pieuses furent admises à ce plaisir et ne crurent pas devoir s'y refuser. 11 y eut « le jour des Saints », Bossuet, Bourdaloue, M-"' de Miramion . Le roi Jacques et la triste cour de Saint-Germain eurent leur jour aussi. L'auditoire ne manqua pas de saisir toutes les allusions : Estlier était pour tous M"- de Maintenon, bien vengée de l'altière Vasthi, et le nom de Louvois se murmurait rapproché de celui d'Aman. Les Mémoires delà maison de Saint- Cyr ont conservé les noms des actrices et une foule de charmants détails de l'intérieur des coulisses. « Les demoiselles avoient bien envie, disent-ils, que le Roi et M""^ de Maintenon fussent contents'; elles y alloient si simplement que quelques-unes, dans la peur de manquer, se mettoient à genoux derrière le théâtre et disoient le Veni Creator afin d'obtenir de ne pas broncher; et je crois que Dieu, qui voyoit leur innocence et leur bonne intention, avoit leur prière agréable.... Il arriva un jour que M"" de Maisonfort hésita un peu en jouant son rôle. Racine, qui étoit derrière le théâtre, fort attentif au succès de sa pièce, en fut ému et, dès qu'elle fut sortie de dessus le théâtre, hii dit d'un air fâché : « Ah! mademoiselle, qu'avez-vous lait! « voilà une pièce perdue! » Elle, sur ce mot, se mit à pleurer, et lui qui, avec tout son esprit, ne laissoit pas de faire quelquefois des traits de simplicité, voulut la consoler et, pour essuyer siS larmes, tira sou mouchoir de sa poche, et l'appliqua lui-même à ses yeux comme on fait aux eufans pour les apaiser, lui disant des paroles douces afin de l'encourager, et que cela ne reinpêchàt pas de bien achever ce qu'elle avoit encore à faire. Malgré cette précaution, le Roi s'aperçut qu'elle avoit les veux un peu rouges, et dit : « La petite chanoinesse « a pleuré ». Quand on sut ce que c'étoit, et la simplicité de M. Racine, on en rit et lui aussi. »
Qu'on se rappelle maintenant la charmante lettre de M'"^ de Sévisné (21 février) sur la représentation iVEsther à laquelle elle "assista, ce qu'elle dit de la presse qu'il y avait parmi les courtisans à obtenir la faveur d'y être conviés, delà manière dont le Roi en faisait lui-même les honneurs, et comment elle
peint « l'excès d'agrément de cette pièce..., ce rapport de la musique, des vers, des chants des personnes, si parfait, si complet, qu'on n'y souhaite rien... ».
A M°"^ DE BRLNON.
Vei-sailles. Lettres édifiantes. - Bibl. nat., mss. fr, nouv. acq , n" 1458, i». %7.
Le 11 jui Ile 11 089.
Ne cessez pas vos charités sur M'"* de Chanteloui), madame', et tâchez de la rendre un peu plus raisonnable. Ce n'est que par bonté pour elle que je vous en parle ; mais si elle continue, elle se rendra la plus misérable créature du monde. M. de Gantiers l'épousera, il m'en a donné sa parole, et quoi qu'on puisse lui dire de Ihumeurde celte fille, il u'osera me manquer; apiès cela ce sera à elle à vivre avec eux ^ et à en dépendre. Si elle leur montre l'opposition et le mépris qu'elle fait paroître ici en toute occasion, je doute qu'elle fasse un bon personnage. Elle étoit l'autre jour avec moi à Marly à la fenêtre de ma chambre d'où l'on voit ces beaux jardins; je lui dis : (( Dans quelque temps une allée de Rosay vous touchera plus que tout ce que vous voyez ». Elle me répondit fort sèchement : « Je ne le crofs pas ». Je passai sous silence, comme je fais tout ce que je lui vois faire ; mais elle en use comme si elle avoit vingt mille francs de rentes et que l'on voulût lui faire épouser un misérable; et entre nous, il vaut mieux qu'elle, de quelque façon qu'on le regarde. En un mot, je ne puis ni ne veux la garder ; si
» W- de Chanloloiip élait nièce de M""^ de Brinon, et avait été e.evee par elle. M-» de )Iaiiilenon l'avait prise près d'elle el, comme on voit, souhaitait de s'en défaire en la mariant. Elle éiiousa M. de Gantiers et se rendit niallieureuse par son oi'gncil.
* Avec sa nouvelle famille.
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^KAjafej^^^^
elle veut se retirer, à la bonne heure ; mais je crois l'affaire bonne pour elle, et ce n'est que par le désir de sou bonheur que je voudrois qu'elle s'y portât en honnête personne qui a de la raison ; si elle continue, je ne crois point que la douceur d'un mari puisse être à l'épreuve de ne lui pas donner un soufnct aux manières méprisantes qu'elle aura, si vous ne la changez. Elle a une grande amitié pour vous ; ainsi il n'y a que vous qui puissiez quelque chose sur son es} rit.
A M. L'ABBÉ GOBELIN
Manuscrit do Versaillos. Leilres édifiaules, t. I, |.. 721.
Ce Ti juillet 1689.
Je suis en peine de votre santé, et vous me feriez un fort grand plaisir de m'en informer de temi)s en temps. Ne soyez pas inquiet de Saint-Cyr, tout y va à merveille, mais on y est fâché de votre mal et de votre absence, et je vois avec plaisir que l'on y a pour vous tous les sentimens que l'on doit. La piété y augmente tous lesjours, et l'on s'y prend de manière à devoir faire espérer que ce ne sera pas une ferveur passagère.
C'est demain la fête de Sainte-Anne, et celle de notre supérieure*. Elle régalera toute la maison ; voilà connue l'on mêle le relâchement et le travail. J'en suis parfaitement contente ; je ne le suis pas tant de moi, et nos chères dames me laissent bien loin derrière elles; j'espère dans leurs prières. Adieu, ne me refusez pas les vôtres, et croyez que je suis pour vous telle que vous pouvez le désirer.
* M™^' de Loubert, qui avait rté élue après le départ de îl""^ de Brinon.