‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 31 sur 98 · C->2 so].lonibro) 1C · texte numérisé non relu

C->2 so].lonibro) 1C

Je vous envoie vingt louis pour vos Trente-Trois'. Recommandez-moi à leurs prières, je vous en conjure. Nous nous en allons à Marly, d'où l'on l'eviendra jeudi ; j'espère que Dieu me fera la grâce d'être plus occupée de lui que des plaisirs que l'on y va chercher. J'ai été bien souvent â Saint-Cyr la semaine passée, tout v va assez bien; je ci'oyois vous écrire une grande lettre, mais je ne fais pas toujours ce que je voudrois. Je \m porte fort bien, je suis plus heureuse que je ne l'ai jamais été, et je vous demande de vos nouvelles apiès vous avoir dit des miennes.

A M"" DE BBINOX.

Slamiscrils de Versailles. Lettres (difimites, t. I, p. ."50.

Ce samedi (décembre IGNO).

J'ai ordonné à Manceau de diie â M'"^ de Tumery de tenir la tribune ouverte, afin (|uc les ])rincesses soient tentées d'y entrer. Vous ne le porterez pas loin, Mademoiselle ^ va à vêpres, et sera, je crois, suivie de M"'^'de Montespan. Je prends partâ la peine qu'elles vous donneront. Je voulois y aller; mais il vaut mieux prier Dieu ici que d'aller causer â Saint-Cyr avec elles et les trothM' partout. Il est cruel d'être chas^.éc d'un lieu où on a tant de raisons d'.'iller. Avertissez nos Dames de tenir t(»iit fort }iroiue, car Mademoiselle ira partout. La première chose

* « Séminaire de Paris où étaient élevés trente-trois pauvres étudiants. » Note du manuscrit de Versailles. '^ M" de Montpensier.

iFO

que M"*' d'Auhigné a dite à Madame ', c'est d'envoyer des conipliinens à M'"*' de Brinon ; cela n'est-il pas joli? Je compte que nous ferons demain nos trois postulantes novices, et que nous finirons par les professes; comme c'est ce qu'il y a de plus important, il faut leur donner plus de temps pour y penser ; je compte arriver demain chez vous sur les huit heures, monter à votre chambre, entretenir un moment chaque dame, et puis nous irons où vous l'ordonnerez j)our la réception. Je vous porterai des boîtes en attendant celles que je vais faire. Je ne dînerai point à Saint-Cyr; il faut (|ue je revienne ici. On panse le Roi présentement. Je ne fermerai pas ma lettre que je n'en aie des nouvelles. M. le Prince' est fort mal; M. le Duc'' partit hier pour lui mener un confesseur.

LeUoi a beaucoup souffert et souffre encore. On dit que sa plaie va bien. Continuez vos prières pour lui.

A M""^ DE MLNON.

Bibliothèque nationule, inanuscrit 19^2, f" '6Z. Inodilo.

M"»*^ de Motteville veut vous mener M"*' d'ilamermont, qu'elle nous donne, et que j'ai déjà destinée aux habits sur mon mémoire, car elle saura toujours découdre quelque guenillon. Mais revenons à M'"*' de Motteville S que je vous prie de recevoir comme une personne d'un mérite

* M"* d'AuldgiK', nièrc de M'"' de MainlPiion. n'avait que deux ou trois ans. Madame est la duchesse d'Orléans.

* Le {^rand Condé.

^ Le lils du «xrand Cond«*.

* M"" de M(»tteville, l'auteur des cliarnianls nn'MUoires sur la eour clWnne d'Aidriciie, mourut en IGSO, à làj^e de 08 ans. Ou remarquera couunent, sous le couvert d'tuie modeste ex|)rcssion. M""" de Mainlenon se place à côté des reines qui ont aimé M""' de Molleville.

— DÉCEMBRE 1080. -- isi

singulier, tant pour la vertu que pour l'esprit, qui a été aimée tendrement par ti^ois reines, et que moi, indigne, j'aime très-fort aussi. C'est elle qui m'attira les bienfaits de la Reine-Mère^ : c'est assez en dire pour que vous la tiailiez bien. Je ne puis répondre sur la tribune que je n'aie visité tout avec vous. Ce que je voudrois bien obtenir, c'est qu'on ne détournât point les ouvriers pour des choses moins pressées que celles que nous leur demandons. Je vis l'autre jour une cou])le de tables dans leur atelier dont il éloit plus raisonnable de se j)asser que de la lingerie.

J'espère raisonner sur tout cela demain avec vous. Je n'ai ni le loisir ni la capacité de répondre à ce que vous m'envoycâtes hier au soir. Adieu, ma tt\'s-chère, quoi que dise M'"*^ de Saint-Pierre, je ne puis vous plaindre : vous aimez Dieu et vous le servez de tous les talens qu'il vous a donnés. Vous m'aimez et vous passez votre vie en commerce avec moi.

A M»*^ DE BRINON

DiblioUièciue nalioualo, Manusorits, fonds français, n" 15^03.

Ce mercredi au soir (il décembre 1G8C).

Le Roi a souffert aujourd'hui sept heui^es durant comme s'il avoit été sur la roue, et je crains bien que ses douleurs ne recommencent demain. Ainsi, je vous conjure de remettre à huitaine ce que nous devions faire demain -.

* Voir i)lus haut la note à la lettre à M. de Vlllctfe du 7 décembre lOGO.

* Le Roi avait été opéré le 18 novembre de la fistule. « Sur les sept heures du matin, le Roi se lit faire la {grande opération, las de porter un mal qui l'incommodoit.... Cette résolution surprit tout le monde; elle étoil prise il y a six semaines, et personne ne le savoit que M. de Louvois, M™- de Maintenon et le P- la Chaise. » Le succès

Le mal du Hoi est, à ce qu'on dit, en bon état. M. le Prince lui a écrit une lettre en mourant, qui vous feroit Iden pleurer. Voici nn temps bien triste, mon cœur est déchiré*.

Je vous répondrai à loisir sur les repas des étrangers; mais vos i)roclies doivent é(re bien traités chez M"''Manceau2. Klle a ordre d'écrire tous les exiraordinaires. Vdieu. Je ne puis ])our ce soir vous en dire davantage. J'espère vous voir avant la huitaine ; mais j'ai cru qu'il IdUoit remetlie à un jour de connnunion.

A .M"= DE BHINON.

Bibliolli.Viue nationale, Manuscrits, fonds français, n" 15 203. Ce luiKli au soir (25 décembre i08G).

Le lioi a été à une partie de matines cette nuit : il a entendu trois messes aujourd'hui, après lesquelles il est venu voir Madame, où il a été une grosse heure. 11 a été chez M"'« la l)auj»hine; il est venu au sermon; il a assisté à vêpres tout du long en musique. Tout cela vous marque qu'il est guéri. Un ne met quasi plus rien sur la plaie; elle est guérie. Tout le monde esl ravi de joie de le voir sortir. Le père Dourdaloue a fait le plus beau sermon qu'on puisse jamais entendre. 11 en l'ait toujours de très-beaux; mais il me send)le que celui d'aujourd'hui surpasse de beaucou]) les autres. Il s'est adressé au Uoi

fut (laboi-d coniplol; niais le mal rci.amf, et ce ne fut qu'au mois de janvier suivant que le \Uh reprit sa vie ordinaire.

* On lit dans \c Journal de Danqcau, mercredi 11 décendire 1680 : « Le Roi a beaucoup souflert aujourd'Jmi et nous dit que ce qui a encore au-menté son mal a été la nouvelle <p.'il a apj.rise de la mort de M. le Prince, et le iv-retle fort vivemenl. M. le Prince eu mourant, lui a écrit une lettre la plus louchante qu'on puisse lire. »

- La lemme de l'intendant Manceau.

sur la fin, et lui a parlé sur sa santé. En vérité, il a bien louché du monde, à ce qu'il m'a paru ; mais l'on vovoit sou cœur parler plutôt que sa voix : vous saurez bien ce que je veux dire. Je suis toute à vous de tout mon cœur. Madame se porte fort bien. La joie est peinte sur son visage de la guérison du Roi. Je crois que vous n'en doutez pas'.

A M'»'^ LA MARQUISE DE CAYLUS

r.ibliotliôque nationale, Manuscrits, fonds français, n" 15 11)9,

Versailles, 30 août (1687).

Enfin, madame, j'ai vu M. l'abbé de Laurière pour faire plaisir à M. votre fils et pour tacher, par des voies douces, à le conduire à ce que nous voulons de lui, qui est (lu'il vive eu honnête homme. M. l'abbé me témoigna un grand respect pour vous et beaucoup de chagrin des mauvais offices que l'on lui a rendus auprès de vous ; je vous rendrai compte de la conversation quand j'aurai l'honneur devons voir. Cependant, madame, je veux vous dire (jue jusqu'ici je suis fort contente de la comtesse de Caylus, et qu'elle passe ses journées fort gaiement et fort innocenmienl; elle ne songe qu'à travailler, et elle va entreprendre un lit qui, je crois, ne sera pas sitôt fail ; mais il n'importe, pourvu qu'elle s'occupe. Je compte de la mener à Fontainebleau, si vous le trouvez bon, et (pi'elle ira passer quelques jours auparavant auprès de vous; je lui trouve là-dessus tous les sentiiuens qu'elle doit, qui sont pleins de reconnoissance et d'amitié pour vous.

* Evidente allusion au bruit, réj)été par M™® de Sévigné, d'une inclination de la Palatine iiour le frère de sou mari, le Roi même : on en riait.

=* La marquise de Caylus, mère du comte de Caylus rnarié à M"*^^ de Mursay. Voir idus iiaut la note à la lettre du 14 mars 1080.

Je vous supplie, madame, d'ordonner à M. Mestre de m'envoyer le mémoire des dettes de la comtesse de Caylus, car il faut savoir à quoi s'en tenir et régler l'avenir : elle est sans un sou et sans une robe. J'ai prié iM. son mari de me faire toucher son argent, afin de le ménager moi-même, ayant de la peine à la voir dans l'état où elle est. Vous voyez, madame, par le compte que je vous en rends, l'envie que j'ai que vous y preniez toujours intérêt, et que vous ne changiez jamais les bontés que je vous ai vues pour elle. J'espère que, par ma conduite, je vous obligerai à eu avoir toujours pour moi.

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