‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 34 sur 98 · A M- DE FONTAINES, DAME DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

A M- DE FONTAINES, DAME DE SAINT-LOUIS

Manuscrits de Versailles. Lettre, édijUn.tes. l. I. p. 5s.S.

Mei-trcdi au soii-. 1089.

Je garderai vos questions pour les faire à M. de Fénelon' dés que je saurai qu'il aura le loisir de vous ré-

* Fénclon avait été nommé cette année même. 1G89. précoi.tcnr du duc de Bourgoj.ne. M"« de 3fainfenon aval! dû le re.Lnt.er avan e e epo,,ue chez les ducs de BeauvrHiers et de Cl.evreuse, da s unn.e desquels il vivait. Ce n'est qu a ceUe date cependant'qu'ô une les premières leUj-es échan^^ées en're elle et lui, et ce n'est qui depuis lors qu on v.dt paraîlie son influence dans la direclioii des chômes de Saint-Louis. ,| venait souvent dire la messe à Sa! " «-Ji, J prêcher et y confesser.

pondro. H écrit préscnlement quelque chose pour moi, et par conséquent pour vous; mais en attendant je ne puis m'empécher de vous dire qu'il y a bien des clioses dans la lettre que j'ai donnée à M- la chanoinesse », qui lépondra à ce que vous me demandez. Cet abandon à la volonté de Dieu, cette parfaite indifférence à toutes sortes d'emi)lois, pourvu qu'ils soient dans son ordre et dans notre état, celte sûreté qu'en quittant pour lui ce qui paroit le plus nous approcher de lui, il sort avec nous et nous accompagne dans toutes nos actions; il me semble, dis-je, que cette conliance doit mettre en grand repos les personnes qui vivent dans une grande communauté et qui veulent remplir leurs devoirs sans se distinguer des autres.

Elles les rempliront bien parfaitement, si, après avoir offert le matin toute la journée, et se remettant de temps en temps dans la présence de Dieu, elles portent partout celte paix et cette indifférence.

Elles iront avec le même goût visiter les bleues ou conduire un ouvrier; il leur sera égal d'entretenir le médecin ou de conq)Oser une médecine; et cette indifférence d'un emploi à un autre ne les empêchera pas de faire de leur mieux ce qu'elles feront, remettant toujours le succès entre les mains de Dieu.

Quant aux pensées, il me semble qu'il y a une règle

* M"" de la Maison fort, cliaiioiiiessc d'un couvent de Lorraine, était venue à Paris avec sa mère, tort pauvre et en qurto de quelque secoui"^. L'abbé (iobclin lit connaîli-o ceUo jeune lillo noble a M- (o Waintenon, qui fut toucbée de son nialbetn- et seduile par san intelligence peu coinnnnie. Connue le nond)i-e des dames de Saint-Loui> ét'ait cnc.ie insuflisant pouc les soins de l'éducation, M"» de la Maisonf. rt fut. comme (piebpics autres personnes, adj(unte a la du-ection des classes, en même temps que sa sœur plus jeune était adn.ise parmi les élèves. D'une àme ardente et dune una-matmn vive, la chanoinesse, comme on l'appelait dans la mairon. lut des premières à rechorcber la direction de l'énelon. D'autres lettres la feront anq'lenu nt connaître.

if

— FÉVRIER 1090. — gOI

assurée pour connoîlre si elles viennent do Dieu, el c'esl de voir si elles nous conduisent à nos devoirs; car si elles nous eu dégoûtent, si elles nous persuadent que les autres clioses sont meilleures, il est sûr que ces ..ensêes ne viennent pas de Dieu.

La bonne foi, la sincère résolution d'être à Dieu nous aideront souvent à décider dans de pareilles occasions. Lisez les lettres de M. de Fénelon, je vous prie; elles sont dune pratique continuelle, on les reirouve mille fois le jour. M- la chanoinesse les a toutes ; il faut qu'elle vous montre à les écrire par articles; elle en seront plus inte hpbles et plus utiles, elje n'ai rien trouvé déplus solide. LUes inspirent t.iie dévotion libre, douce, paisible, droite, et il est impossible que ce ne soit la véritable. Je bénis Dieu de runirormité des sentimens qui se li'ouvenl dans tous les gens que vous estimez et que vous consultez; j'en espère un grand fruit pour notre chère maison.

A M- DE liltl.NO.X.

Versailles. £e//r6'« érfi/î(iy»/e,« l lin iia t>:i.i

liâmes, i. ii,p. U6 — Bjbl. nat., luss. n-., ii- li5s, |,.<JBS.

22 février ICflO.

Je vous assure, madame, que je me sons une grande peine de 1 état où .se trouve M- de Monlbas', que je ne perdrai aucune occasion de presser le Roi, el que, si elle vient, je ferai mon po.ssible pour qu'elle soit contente de moi. Je suis bien <limcile à joindre; j'ai plus d'affaires que jamais; les voyages fréquensde.MarIvme mettent toujours en arrière, et j'en ai tant à Sainf-Cvr que cela seul m occuperoit quand j'y doiinerois tout m"on temps. Nous

' Auhc nièce de M- de Iliii.on, élevée à Noisy, el nue M»- de M.iiiiienoii avait mariée. j. <i.<i"e." de

mettons à Sain f-Cyr les prêtres missionnaires*; nous avons un évèque- et unsaini évèque. Nous avons h l)àlir pour les missionnaires : nous avons le consentement de Home. Vous voyez si tout cela peut m'occuper, sans compter les aflaires du dedans. J'ai donné vos lettres à la clianoinesse pour les distribuer; elle est plus dévote, plus abstraite, plus aimable et plus étourdie que jamais. M"^ d'Aubigné est très jolie; eUe a l'esprit fort avancé, bonne fille, et toutiî insiruite et remplie de religion. Voilà, madame, toules les nouvelles de Saint-Cvr.

Celles de Versailles sont bonnes, car le Hoi se porte à merveille; sa santé et sa sainteté se fortifient tous les jours; la piété devient fort à la mode. Dieu veuille la rendre sincère dans tous les cœurs qui la professent ! Nous allons faire un voyage de luiit jours à Conqnègne; je m'en passerois bien; mais nous apprenons tous les jours d'un nond)re de saints que nous voyons quel(|uefois (ju'il faut renoncer à sa volonté, et faire de bon cœur celle de Dieu. M"'' de Marsilly"' prétend (|ue c'est présen-

* MM. Brisacioret Tilioifro, do la maison ûo Saint-Lazaro.

* L'ahbo Godot des Marais. Il élaif son direclour depuis qiicl((MC fcuïps, ayant leniplaeé 1 abbé (îohelin, (pic sa vieillesse rendait foujours pins iusuflisant. C'était M'"' de Maintenon (jui avait fait nommer tîodet des Marais au siège de (Chartres. Les manusciits de Saint- Cyr contiemient beaucoup de lettres de l'évèque à son illustre pénilenfe; M""" de Maintenon les laissa aux dames pour leur édification. On en trouve un ^^and nondjre mauuscriles dans le recueil des Letlies édifiantes au séminaire de Versailles. Plusieurs ont été imprimées dans le recueil de Lavallée. La lecture en est assez peu intéressante, à cause de la longueur, de la lourdeur du style, dune certaine banalité moi-ale et religieuse; mais elles montient une grande droiture et nue jiiété sincère. Ce sont probableuieut ces qualités (pii expliquent ((ua|)rcs les e>sais que M""" de Mainleuon avait faits de Dourdaloue et de Fénelon, Tévèque de Chartres ait fini par devenir et rester son directeur. Elle voulait bien, en toute humilité, être dirigée; mais elle n'acceptait pas d'être dominée. Sur révê<pie de Chartres, comme sur labbé Gobelin. elle gardait la supériorité d'esprit.

'' Cette demoiselle de Saint-Cyi* devint la seconde femme de M. de Villette, et ensuite lady Dolinybroke.

lementla mode de Saint-Cyr ; vous savez qu'on pourroil trouver que cette mode-là est plus ancienne.

Adieu, madame, je suis ravie d'avoir trouvé le temps de vous entretenir un moment, car je ne cliangerai jamais les sentimens d'estime et d'amitié que j'ai pour vous.

J'ai passé trop légèrement l'endroit de notre évèque, puisque vous le connoissez. Le Roi n'avoit jamais vu son visage, il ne connoissoit persoime ici; mais tous les honnêtes gens ont applaudi à ce choix. Il en fut véritablement affligé, et son humilité en a redoublé.

A M-^ DE RULNON.

Versailles. LcUre. rrfi/ianlcs, t. II. p. 527. - Dil.I. ,u,l , mss. fr., „- 1 i58. p. 071.

Marly. le 24 avril 1090.

Il est vrai, madame, que nous avons été bien toucliés

de la mort de madame la Dauphine\ et qu'une pareille

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