‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 40 sur 98 · A M™" DU PÉROU, RELIGIEUSE DE SAINT -LOUIS · texte numérisé non relu

A M™" DU PÉROU, RELIGIEUSE DE SAINT -LOUIS

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, 1. 111, p. 7i9.

A Compiégne ', ce 21 mai 1G95.

J'ai passé une partie du jour de la fête dans les Carmélites dont je suis très édifiée : elles sont pauvres et ravies de l'être; leur maison est petite, conmie leur jardin, sans qu'elles désirent de s'accroître ; elles ne demandent qu'une subsistance très frugale, et trouvent que les dots qu'on vient de régler sont magnifiques, quoique la plupart des autres couvents s'en plaignent. Ces bonnes filles n'ont qu'une petite chambre pour chapelle, et une pareille pour leur chœur ; tout y respire la propreté et la pauvreté, et je vous assure que je n'ai rien vu qui inspire tant la piété. J'ai bien pensé à vous, à qui je rapporte presque tout ce que je vois, et à vous conjurer d'aimer la pauvreté; vous l'avez vouée, il faut la pratiquer en tout. Dieu a permis que le Roi le plus magnifique qui ait jamais été vous a bâti une maison très simple, et qui n'a de beauté que par la grandeur qui lui étoit nécessaire pour contenir un aussi grand nombre de personnes; ne souffrez jamais, je vous en conjure, qu'on y mette aucun ornement sous quelque prétexte que ce soit. Que votre sacristie soit propre, mais sans richesses, et quand vous aurez à taire des ornemens, qu'ils soient simples. Ce n'est point par la magnificence que Dieu est lionoré, mais par la piété solide, qui sera, comme je l'espère, dans votre comnmnauté. MM. de Saint-Lazare font le semice avec une gravité et une majesté très propres à exciter la ferveur; vos cérémonies sont belles ; tenez-vous-en là, et ne souffrez

* Le Roi était parfi pour l'armée de Flandre le 18 mai ; cette fois encore il emmena les dames, c'est-à-dire les princesses et les dames de leur suite, M™" de Maintenon, M""" de Soubise, d'Ilarcourt, de Chevreuse, etc. On s'arrêta deux jours à Compiégne à cause de la Fête-Dieu. Yo)r Dangeau.

jamais que, par un zèle tivs faux, on vouille orner votre chapelle et vos autels; pour cela on demande et on reçoit de toutes mains; cela vous est défendu, et Dieu a permis qu'on ait pris des précautions qui vous marqucmt sa volonté. Sovez pauvres en tout, mes chères filles, vivez frugaiement, donnez-en l'exemple aux demoiselles que vous élevez; épargnez pour eMes, et, soit que vos Liens diminuent ou qu'ils augmenlent, vivez toujours comme des lilles qui ont fait vœu de pauvreté, et qui veulent se réduire au nécessaire afin d'étendre plus loin leurs charités. Édifiez, je vous en conjure, par votre simplicité en tout; tà(-liez de souffrir quelque chose par la pauvreté, tantôt par la nourriture, tantôt par vos hahillemens, par la privation de quelques commodités, ou pour vous ou dans vos charges, et profitez de l'excellente instruction cpie vous avez sur cette matière dans un sermon de M. l'abbé de Fénelon. J'avoue que j'ai une grande envie que vous ayez nne solide piété, et que vous ne la fassiez pas consister dans la nmltitude de prières au chœur, mais dans une l)rière continuelle par la présence de Dieu dans toutes vos actions.

Je voudrois qu'on travaillât beaucoui) chez vous, (le sera une austérité utile, une épargne et une régularité; je trouve que le travail des mains est une sorte de pénitence, qu'il porte à l'abaissement et i)ar conséquent à l'humilité, que c'est une facilité au recueillement, su[)posé qu'on le fasse en silence, selon vos règles. H n'y a rien dans le travail qui excite l'esprit, qui Halte l'amonrpropre, surt^mt dans nu travail simple, bas et commun, comme sera le vôtre; car je crois qu«* vous ne fiMcz jamais rien de précieux et dinutile, et que vous vous bornerez à tout ce qui est nécessaire i)our votre maison. Je comi)le (ju'à l'avenir les demoiselles auront appris dans les premières classes tout ce «pi'elles doivent savoir, et qu'ainsi vous pourrez dans les dernières les

rendre laborieuses; ce ne sera pas un médiocre avantage pour le reste de leur vie. Ces bonnes filles, dont je suis si charmée, font tout ce dont elles ont besoin; elles filent pour la toile et pour les habits; elles font leur pain, leur jardin, etc., et n'ont presque nulle entrée d'ouvriers. Je ne dis pas ceci pour vous, dont l'institut est di lièrent et vous nécessite à vous occuper des demoiselles; mais il est certain que, si vous travaillez avec elles, vous épargnei'ez beaucoup d'argent et beaucoup d'entrées d'ouvriers et d'ouvrières, ce qui est toujours sujet à des inconvéniens. Notre-Seigneur a travaillé longtemps dans une boutique ; la sainte Vierge travailloit sans cesse; saint Paul travailloit de ses mains. Que peuvent répondre à de tels exemples ceux qui dédaignent tout autre travail que celui de l'esprit, qui est souvent aussi dangereux que celui-ci est innocent? Je prie Dieu de vous mettre au cœur ce qui est le plus conforme à sa volonté, à sa gloire et à la bonne odeur de votre maison.

A LA MKHE M\RlE--œ>iSTA]N(:E«.

M;iimsoril>. do VriMiilIc-. Litres idifiautes, t. III. p. Tii.

liiniiiit, 12 juin 1095.

Nous avons eu autant de peine à nous éloigner de \anuir que nous en avions eu à en aj>procher. Nous fûmes hier onze heures et demie en carrosse tont de suite, et, comme nous n'avions pas <'omplé là-dessns, nous n'avions point mangé ni j)orlé de quoi manger; c'éloit jonr maigre; j'arrivai accablée de migraines, de rhumatismes, de lassitude et d'épuisenu^nt, et je trouvai pour tout régal un potage à l'huile.

' C'était une des reli^^ieusos de la Visitation venues à Sainl-Cyr ]ioui- iuruier les daines à la nouvelle règle.

il!

Un aulro mal qu'on nomme moins hardiment s'est joint aux autres, et il n'y a qu'une lettre aussi vive et aussi divertissante que la vôtre, dalée du 9 de ce mois, qui peut me donner la force d'écrire; je m'en vais donc vous

repondre.

Vous n'aurez, ma clière sœur, que la moitié de ce que vous me demandez : j'écrirai à ma sœur Marie-Constance, et je n'écrirai point pour Saint-Gyr : je n'en ai pas le loisir ni la force. Le témoi^nia-e que vous rendez de ce qui s'v passe m'en donneroit le courage. Dieu veuille cpie ce que vous semez fructifie au centuple! C'est trop de dire que nos dames vous donnent de bons exemples; je serois bien contente si elles suivoient les vôtres et si vous gardiez avec moi la même liberté qu'elles en me donnant des commissions.

Je suis ravie que notre mère soit mieux : elle ne manquera plus d'eau de Sainte-Reine ni de tout ce qui sera en

mon pouvoir.

Je serois encore plus fâchée que notre mère si vous finissiez une lettre sans me parler d'elle; je ne puis vous exprimer l'estime et l'amitié que j'ai pour elle, et combien

elle me sera toujours chère.

J'espère d'aujourd'hui en quinze jours faire la récréation à vos côtés et entourée de mes chères tilles. Je ne sais pourquoi je les désire si parfaites, car, si je les aime avec tant de tendresse, malgré leurs défauts, que seroitce si elles étoient comme je les désire ? elles m'attachent trop au monde ou, pour mieux dire, à la douceur de vivre avec des anges.

Le Uoi est en parfaite santé, et n'a pas pris peu sur lui en sacrifiant les desseins qu'il avoit eus au bien de ses affaires, qui s'est trouvé à envoyer en Allemagne pour profiter de l'heureux succès de la prise de Ileidelberg '.

« A eu croire Saint-Simon [Ucmoires. t. I, c. x,). ^i^^ seijle.ne..l sur les instances de M- de Mainlcnon que Louis \1\ modi.ia sou

Pour moi, je suis ravie que l'intérêt de l'État le force à retourner à Versailles; il se porte très bien et se moque de ce que nous appelons fatigue. Adieu, ma chère mère; je pourrois bien ne vous plus écrire et songer à me ménager pour arriver en meilleure santé que je ne suis présentement.

A M"" DE BRINON

Manuscrits t1oVersaillos.Z:f//mv/''rf//7rt'wMs,t.III,p. 7S5. — Biblioth.nalioiiale.

Manuscrits. Foiuls JVannais, li38.

27 août 1093.

Rien ne vous doit tant persuader que je n'ai pas un moment à moi que devoir que je suis six mois sans vous écrire, car j'en ai toujours envie ; mais je vous mets à part comme l'on fait les personnes dont on se croit assuré et avec qui on n'a nulle mesure à garder, et ce temps ne se trouve point, parce que je n'en ai plus pour mon plaisir. Il s'est passé bien des choses oi'i j'aurois

plan de campagne, et, renonçant aux avantafïes la<;iles que lui olfi-aif la situation périlleuse du prince d'Orange, décida d'envoyer une partie de l'armée qu'il connnandait rejoindre son armée d'Allemagne pour porter de ce côté tout l'effort de la guerre : il retournait à Versailles en laissant le maréchal de Luxembouig continuer comme il pourrait les opérations en Flandre. — lUen ne paraît justifier celte accusation. Si Louis XIV eut tort en cette circonslance, on ne voit nulle part la preuve qu'il ait cédé à des suggestions de M""' de Maintfuon; peut-être était-il mal informé de la situation en Allemagne; peut-être sentait-il la fatigue de l'âge : ce fut la dernière fois qu'il conunanda en personne. La correspondance de M™» de Mainlenon témoigne en général du peu d'inllucnce qu'elle exerça sur les conseils du Uoi. Lavalléc réfuie par les raisons les plus sensées, dans une longue note (t. III, p. 572 de la Correspondance générale), colle accusation de Saint-Simon. On pourrait y ajouter celle i-emarque, que Saint-Simon, petit officier, n'était pas dans la confidence dos chefs de l'armée. Il dit lui-même qu'il tient le réc't de ce qui s'est passé dans le conseil de guerre du prince de Conli. Or on sait que ce prince était animé à l'égard de Louis XIV d'un esprit d'opposition et de dénigrement qui lui valut une complèle disgrâce. I. 10

.^jo LKTTUES DE M- DE MAINTEN'ON.

vniilii r/'oondro, surtout a Irgaui u» m , , .

d v!.na„, affaire dÉlal. je ual P'"-- 'f ^j ,;; , :,". 1.,, Vous me «■on.u.isse/. et savez s. j a.inc a fa k (lu mal e no s"'is «u-aller droit et sin.plement. Peu .le gens sou ^.^ .è en ce pavs-ci, et sont capables de en.ne <,ue ;,::;, ie s^s Lus y .tre pa.-veuue l-" «';;;; P-f<-''' Inbileté • ceci soit dit entre nous, s .1 vous plaît.

f s' toujours vos coinplm'-'B au P.oi. et >1 les reçoit eo nu V us pouvez le désirer. Je suis accablée d af aires ' c..i rv. Elles vont faire les vœux solennels, el i: e,; ! 'eu lue. dans tout cela, je ne manque pas

:., paii,.us; aussi m'y donné-je tout -l"--; .J^ lis plus à Versailles que pour les Heures (ui le Uo. esi

•n^ ;::::•: tLon.in,iation de la guerre et je don ne roi out pour la paix. Le Uoi la fera des qu il "onrn et la veut aussi véritablement que nous; mais ,1 C en attendant, une grande guerre, et ses e.meu s ven;, combien ou les abuse quand on leur dit qu. „; s no pourrons soutenir longtemps. Dieu soi. po "u ico U- tous : il est pieux, o. les autres sacr. eu vli..ion à leur passion. Nous n'avons qu a pner et alt.n ;;^^qu•il,dai- à m.H. de faire; il «importe, sa volonté s'accomplira malgré les l.ommes.

Pli un chapitre à traiter avec vous, qui est celui

M^e a duchesse du Maine. Vous m'ave. trompée sur .m

ujet dans farticle principal, qui est celui de la . •

el e na veine qui v tende, cl veut faire en tout comn .. lu

auu"s Je n-os'e nen dire à une jeune princesse élevée

— AOUT icor;. —

pnr la V(Mla mémo*; jo ne voudrois pas la faire dévote de profession ; mais je vous avoue que j'aurois l)ieu voulu la voir ré'-nlière el, ])ren(lre un train de vie qui seroit agréable à Dieu, au Roi el à M. le duc du Maine, qui a assez de bon sens pour vouloir sa femme plus sage que cei'Iaines autres-, .le lui avois donné une dame d'Iionneur qui est une sainle'*, mais il me paroît qu'elle est peu autorisée et ne fait que la suivre. Elle est enfanl, elle aurait jdus besoin d'une gouvernanle que d'une dame. Du lesle, elle est telle que vous me l'avez dépeinte : jolie, ainial)le, gaie, spirituelle, et par-dessus tout cela aime fori son mari, qui de son côté l'aime passionnément, et la gâlera plutôt que de lui faire la moindre peine. Si celle-là m'écbappe encore, me V(ulà en repos, et persuadée qu'il n'esl pas possible que le Doi en trouve une dans sa famille qui se tourne à bien. M""^ la ducbesse de Cbarires est une paivsseuse qui ne se sert pas de son esprit connue elle ir pouri'oit; mais sa conduile est assez boime. Je veux, grâce à Dieu, le bien partout, et j'y contribuerai autant qu'il m'est possible. J'avoue que je voudrois aimer la ducbesse du Maine par-dessus tout, étant ce qu'elle esta un bonnne qui est la tendi'esse de mon cœur.

Je me laisse aller au plaisir de vous entretenir. Adieu, madame, priez Dieu pour moi ; faites prier vos saintes, rendez-moi de bons olïices auprès d'elles, afin qu'elles m'en rendent auprès de Dieu, et croyez que je conserve pour vous les sentimens que vous m'avez vus depuis une très lonirue date.

* Par sa mère, la princossc de Condé.

- Allusion aux sœurs du duc du Maine, la princesse de Conti et In duchesse de Dourhon.

" M"" de Saint-Valéry, qui fut bientôt remplacée par M"*^ de Mnnneville, fdle du marquis de Montclievreuil.

rh.

''Lis a],ordons la nombreuse et très importante snite des i>oiis anoiu Louis-Anlome de >oailles,

r""" Jm'r".^ ' vîe CLàlons. puis archevêque de

c. la nipre de M- de Maintenon. Celte double seiieesi rrJ: aXie aau, les .rois beaux volu-s possé^; „n,,nrd'liui par M. le (iuc de Moucl.y, qui le» a mis gentreuse ,1 tin entière disposition. A ces volumes s'ajoute ce m " ,e M 1 baron de Longnerue a bien voulu tout anss, liberalen en tme coniniuuiquer. Formé sans doute à la même epoqu , l,T.Zlvl^ luto-raplies qui avaient échappé au premier arranet 'le l'^,'''^;» ""'"5-,, J. ,4„ji, de j,. i,> duc de Mouchy. Celles gement, il complète le ecue cte . , ^^^^..^^

Hp ces lettres qui précèdent le 1 janvici 1 1»^ u t

nnr L-iv. liée dan les troisième et quatrième volumes de la To ripo l'icc. générale, la comparaison avec e texte original a ne mis de corriger ici quelques inexactitudes de cet edi- ,ZZ-~ de ces lettres ont été données par l.a Bean- ; ,; 1 " Trangemenl déligurées ; beanconp paraîtront ici Ir 1'. remière fois. - Sauf de rares exceptions, ces pièces

:.r;;:r.:e;ortent pas le millésime qui devr. ,„m nvi n étran-ère, sans doute au moment ou Ion s occupait d îes c s! "est liargée de ce soin, non sans de fréquentes e rem- qÙ ï-allée a e; l'inexplicable tort de reproduire sans ks cor iger ei sans avertir même que ces dates n étaient pas oH^n es. (Voir notre étude insérée dans la Revue des Dca «o,K/è;du 15 janvier 1869, De Vauihenlicilé des leilresde .V» de Maintenon.)

La première de nos lettres aux Noailles a précisément trait à une des plus graves affaires qui aient a-ite Samt-Cyr.

La célèbre M"« Gnyon y avait été introduite, nous 1 avons dit nnr ^1 mrente M- de la Maisonfort, la cbanoinesse (voir la letlit r>"d'e Fontaines ainsi datée : mercredi, 1C89.) M- deMamtenon avait été déjà mise en rapport avec elle par es duchesses de lîeauvillier et de Chevreuse, entièrement sedu.tesa ses doctrine.. L'abbé Fénelon l'avait goûtée aussi, et elle était 1 a.no du petit troupeau auquel M™^ de Maintenon s'associait encore La doctrine mvslique exposée dans le petit livre dn Moyen eowt et farile pour r oraison faisait dans Saint-Cyr de rapides progre., fawisés par ces puissantes influences. Ce fut l'évêque de Chartres, Godet des Marais, qui le premier s'alarma ; il vint a ^mit-

- SEfTEMliRE 1C94. —

Cyr faire subir une sorte d'examen aux dames, et mit définitivement M"" de Miiintenonen défiance. Voulant alors s'éclairer de plusieurs conseils, elle écrivit à l'évêque de Chàlons la lettre qui suit :

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