JUIN IG
A M- DE Vt-ILIIANT, DAME DE SAINT-LOIIS.
Mamisciils de VtMs.iill.s. Lrtlres édifiaii/rs, 1. 111. p. 511. — nii.jiolii. nationale, niaimsciilsfraiir.iis. iiduv. acci., n" lir>S, p. HIH).
(Diiiaiit), ce 2 do juin (1692).
Si on pouvoit en conscience souhaiter une religieuse hors de son couvent, je voudrois vous voir pour quelque temps dans les places de guerre par où nous passons présentement ; si on [louvoit se changer, je i)reiidrois pour ce temps-lâ celte hum(>ur martiale qui vous fait aimer la poudre et le canon. Vous seriez ravie, madame, de ne sentir que le tabac, de n'entendre ((ue le tnndjour, de ne manger (jue du fromage, de ne voir que des baslions, demi-lunes, contrescarpes, et de ne toucher rien dont la grossièreté ne soit fort opposée à cette sensualité au-dessus de laquelle vous êtes si élevée par votre courage et par vos inclinations. Pour moi qui suis très femmelette, je vous donnerois volontiers ma place, poui' travailler en tapisserie avec nos chères dames ; j'espère que j'aurai cette joie bientôt, et que Xamur aimera mieux se rendre (pie de se faire entièrement ruiner.
Vous ne pensez qu'à la guerre, vous ne me dites pas un mot ni de la retraite, ni de votre santé. Je suis trop bonne, après cela, devons dire que le Hoi est on parfaite santé, (pioique avec un peu de goutte, et que de son lit, où il <'st retenu depuis deux jours, il donne ses ordres pour le siège de Nanmr, pour que son autre armée s'oppose au prince d'Orange, pour que le maréchal de Lorges entre en Allemagne, que M. de Catinat repousse M. de Savoie, que M. de Noailles 'empêche les Espagnols de rien faire, que M. de Tourville batte la flotte des ennemis s'il a le vent favorable; et, outre ces ordres-là, (pi'il gouverne tout le dedans de son royaume. Je vous quitte après cette peinture qui doit remplir votre idée.
<^£ril
LtTTUES DE M'"^ DE MAIMENON.
Au retour du voyage de Flandre, M'"" de Maintenon résolut d'entreprendre une nouvelle et décisive réforme à Sainl-Cyr. La suppression des représentations d'Esthcrei les cliangemenls qu'elle avait en même temps apportés à l'éducation des demoiselles lui paraissaient ne pas suflire. Elle voyait se développer un goût d'indépendance, une recherche du bel-esprit tournes, il est vrai, du côté de la dévotion, mais de manière à exciter l'insubordination et l'orgueil. Les doctrines de M™"^ Guyon, qui venait souvent à Saint-Cyr sous prétexte de visiter sa jeune parente, M™' de la Maisonfort, se répandaient dans la maison. Sa parole séduisante et ses écrits s'emparaient aisément d'âmes vives et inexpérimentées, et flattaient de jeunes esprits par l'attrait d'une spiritualité visant plus haut que la piété et la morale vulgaires. On se perdait dans les hauteurs de l'oraison et du pur amour, et on négligeait les devoirs communs. Ce n'étaient pas seulement les plus intelligentes qui se laissaient séduire à ce langage. « On fut étonné, disent les Mémoires des dames de Saint-Cyr, i^. ÔOS, de voir jusqu'aux sœurs converses et aux servantes ne parler que de pur amour et d'abandon, et, au lieu défaire leur ouvrage, passer le temps à lire les livres de M""" Guyon où autres semblables, qu'elles achetoient et qu'elles croyoiont entendre. » Les instructions de Fénelon,très admiré à Saint-Cyr, ne concordaient que trop avec ces maximes, et les fortitiaient par l'autorité de sa vertu et de son éloquence. Le bon sens de M"" de Maintenon commença de s'alarmer. Sans concevoir encore de trop vives inquiétudes (voir plus tard sa lettre à l'évèque de Chàlons, 22 juin 1G94), elle crut nécessaire de raffermir son œuvre. Elle avait voulu d'abord une maison qui offrît un intermédiaire entre l'éducation du monde et celle des couvents. Elle crut ensuite que ce n'était là qu'un rêve peu réalisable, une mesure trop difficile à garder. S'accusant elle-même d'avoir favorisé ou même suscité le désordre, elle passa peut-être d'une extrémité à l'autre. Elle résolut de transformer Saint-Cyr en un couvent régulier. Elle y appela la supérieure du couvent de la Visitation de Chaillot, la mère Priolo, qui, avec quelques autres religieuses de la même maison, vint former les dames de Saint- Louis à leur nouvel institut. Les dames durent toutes se soumettre à un second noviciat; quelques-unes n'acceptèrent point, et quittèrent Saint-Cyr pour entrer dans d'autres maisons religieuses. — Le Roi se prêta avec quelque peine à
cette transformation. Pour lui plaire, on conserva d'abord le costume, fort élégant dans son austérité, qui avait été donné aux dames; plus lard seulement elles revêlirent l'habit des religieuses de Tordre de la Visilalion. Ce fut le 1 1 décembre 100.") que les dames firent profession par des vœux solennels et perpétuels. Il fut proclamé par l'évèque de Chartres que M™" de Maintenon serait toujours considérée comme la première supérieure de la maison; on n'a pas de peine à croire que cette autorité ne. lui était pas contestée.
A M- DE RADOUAY, DAME DE SAINT-LOIJIS.
Manuscrits do Vcr.s;ii!I<'s. Lcllres édl/miitesAMl. p. oîU.— Bihliolli. nationale, Mss. Fonds fr. nouv. acq., liôH, p. 16il».
Co 2 octobre 1002.
Quand vous auriez eu le temps de ni'écrire et que vous ne l'auriez pas Ml, je le trouverois parfaitement bon, car je ne veux jamais vous contraindre pour ce qui me regarde ; je sais vos embarras et avec quel courage vous travaillez. Le maître que vous servez le mérite bien; cependant n'en faites pas trop, je vous en conjure; vous êtes, grâce à Dieu, de celles qu'il faut retenir. Je suis ravie de vous savoir en paix : c'est le moyen d'avancer. Vous l'avez trouvée, dites-vous, en vous soumettant ; elle augmentera à proportion que l'Iuimilité l'établira en vous. Je ne prends pas pour un compliment ce que V(ms me dites de la peine que vous avez de celle que votre maison me donne; vous n'en avez que trop, et ce ménagement que votre amilié vous donne jmur moi est très sensible chez vous : c'est ce qui fait qu'on me cache tout, et qu'on est bien plus occupé de me rajiaiser quand on me croit f;\(:hée qu'on ne l'est de se corriger. Ti'ouvez bon que je vous dise que je dois tout savoir, et que vous êtes bien jeunes pour juger si les choses en I- 15
valtMit la peine, si je poiirrois y remédier, ou si elles sont de conséquence pour l'avenir. J'ai plus d'expérience que vous et d'aussi bonnes intentions; cependant je ne vois que des fautes dans tout ce (lue j'ai fait jusqu'à celle lu'ure chez vous, et je serois incapable d'y remédier par moi-même; mais j'espère que Dieu m'assistera et me donnera de bons conseils, .le vous conjure de me mander librement ce que vous savez sur la désunion (pie vous craignez'; il n'v a rien de pins imporlanl, et voici le temps où il est* le plus nécessaire que je sois bien instruite. Il est question d'établir nolje maison, et je ne crains point de vous dire (car vous êtes assez forte pour le porter) ([ue l(»ut ce (pie nous avons fait jusqu à cetle beure n'est rien. H faut reprendre notre établissement par le fondement et l'établir sur l'bumilité et In simplicité; il faut renoncera cet air de grandeur, de bauteur, de fierté, de suflisance; il faut renoncer à ce goût de l'esprit, à celte délicatesse, à cetle liberté de parler, à ces murmures, à ces manières de railleries toutes mondaines, et enfin à la plupart des clioses que lums faisons, et auxquelles j'ai plus de imrl (pie personne. Vous avez raiv^on de dire (jue j'ai besoin de patience, et vous ne savez que trop (jue je n'en ai point : demandez-la à Dieu pour moi, je vous en conjure ; il est bon et bien ju>le que je souffre ; el quel mérite aurois-je à Sainl-Cyr si je ne Irouvois que des consolations? Oui, ma cbère fille, il faut prendre tout ce qui vient de la part de Dieu; vous me faillis plaisir de me b^ dire, et je ne mettrai point cela au ran- des faut(>s. .le ne ferni rien pnn.ilre de ce que vous liiiles entrevoir sni- la désunion. Kxplirpiez vous en ton!.' lil)erté, j'c^spère «pie je n.» gâterai rien: il ne faudra pas se presser d'en pailer. Vous avez raison
1 I.« ni:»iius(MMt (le Versailles (lomie ici cette note : « C'èloieiil le^ daines «i li.Misles ([iii inoiitioieiif en toiile «ccasicii un t^Mand nieini;- ]K)ar 1 autre>. »
de dire qu'il faut du temps pour détruire l'oroMeil- Il suffit que nous y travaillions sincèrement, el%ioMs devons avoir une grande patience.
Parlez peu aux demoiselles, „e les regardez o„,'.,, ii«' les lou(^z point, accoutumez-les au travail et mi silence. Je répète toujours cet arti(-b.; il ost vrai que je crois (ru'il n'y a rien de plus pressé présentement à Nunf-Lyrque la prali(pie du silence.
^ ^I I>K LOIIU^RT, SUPJ<'R|f{| RE i.
Manuscrits tlo Versaillos. Leflrcs cdifian/es, t. 1||. p. :,,^i
(12ocIo1ji'c 1002.) Je vous assure, madame, que je me poj-le fort bien, el je vous prie de m'en croire ; la flatterie qui m'environne' fait dire que mes maux sont grands quand ils sont petits, peut-èti'e qu'on voudra les diminuer quand ils seront grands en eflet, car la vérité napproclie pres(iue jamais des personnes en considération.
Je suis bien contente du compt(> que vous me rendez de votre santé; je vous aimerai trop, ma cjière lilJe, si vous devenez simple et cordiale. A propos de cordialité, li>ez et relisez les lettres de saint Fran(;ois de Sales; j^ivois toujours passé celles ((u'il écrit aux religieuses,' J'iais, depuis que je suis supérieure, je me suis ndse à les 'n"e; elles vous peuvent èlie fort utiles. Insf misez-vous snns cesse, et ne dites point (fiie vous n'en'auivz j.liis de '•esoin, au moins comme supérieure : car vous gouvernerez toujours, et je ne vois point de cliMrges à Sa'int-Cvr qiii ne demandent de savoir gouverner. Vous avez donc- 'a goutte? C'est être bien avaneée pour une novi(-e. Au
• « Qui devoit entier bientôt dans le nouveau noviciat nour mondre i tial icii-icux. ù Note du manuscrit de Versailles.
reste, nos nouvelles de Rome arriveront bientôt : M. le cardinal de Ja,.son n,o n.uule qn'on lui fa>l espérer au premierjour nos expéditions'.
On a raison à Sainl-Cyr de croire que les lettres que j-eu reçois ne numporlunent pas. Non, mes chères I, les, vous ne u.'in.portunez point ; vous i-ouvez b.en me fâche , m-aflliger, mimpalienler, parce que je suis fo.l.U", sens.ûle et în, atienle ; mais vous ne pouve. ni mVlrc a charge „i me rebuter. On dit que les nourrices auneut plus ttndren>ent les enfans qui leur ont donné le plus de pemc, i-ai ce senlin.cnt pour vous toutes, et je n a. jama.s eu tant de peine à supporter votre absence <iue ] en ai prc-
'' Ïli" cz-'vous gouverner encore par M- de bulbery, je vous prie; ne craigne, point les relàchemens que vous prenez par obéissance, ils ne vous feront pon.t de mal ; aidez bien la foiblesse de vos deux anciennes malades; elles ne peuvent entrer au noviciat quelles ne so.ent en bonne santé. Je suis ravie de ce que vous me mandez, et nue vous vous croyiez obligée jusqu'au dermer jour de «.uverner vos filles; toutes les marques de droiture que ■e vois en vous me font un sensible plaisir. 11 vendra un iour que j-espère, que vous m'en ferez sur tout, et que e n'aurai plus qu'à penser à n,oi. que j'abandonne soulent pour vous, .[uoique n.es besoins soicmt P us grands que les vôtres. Connnenl se porte M« de MonIforI?
. foxpodition du bref d., fm pour ''l.angor la n,,-dson en monaslèie. 11 lut signé le 30 septembre 1692.
A M"" DE DRI.XOX.
Manuscrits de Versailles. Lctfres édi fiantes, l. IH, p. m.- Biblioth. nationale.
JIss. Fonds fr. iiouv. acq., 15:202.
A Foiifainoblcau, ce 14 octobre 1G92.
Puisque vous voulez bien que je me serve d'une autre main que la mienne, je vous écrirai un peu plus souvent. Si vous voyiez de près toutes les écritures inévitables que j'ai à faire, je suis assurée que vous m'excuseiiez. Saint- Cyr prend tout mon temps, et les affaires n'y ont jamais été si vives qu'elles sont présenlement; ce n'est point par oubli que vous ne recevez point de mes nouvelles, et je vous assure que l'inquiétude que vous me témoi,f,niàles dans mon cabinet ne vous a rendu qu'im bon office auprès de celui qui en étoit la cause. Toutes nos victoires me font d'autant plus de plaisir qu'elles ne cbangent point le cœur du Uoi sur ses bonnes intentions pour la paix; il connoît la misère de ses peuples; rien ne lui est caclié là-dessus; on chercbe fous les moyens de la soulag-er, et il n'y a qu'à désirer que Dieu éclaire nos ennemis sur la folle espérance qu'ils ont d'abattre la France; on les battra partout : c'est la cause de Dieu que le Hoi défend. Tousseriez bien contente si vous voyiez la modération du Roi, et combien il est persuadé que les avantages qu'il remporte viennent de Dieu.
Je prie M^^ Trioclie ' de redoubler ses instances pour la paix, car je vous avoue que je n'aime nos avantages que dans cette vue-là. Je vous plains d'avoir perdu un aussi ag-i'éable commerce que celui de M'»" la duchesse de Brunswick; mais il fiiut vous consoler par les espérances de rétablissement de mesdames ses filles-. Je suis
* Dame très pieuse retirée à Maubuisson, coiiiiiic M""= de Briiion.
* Irritée de n'avoir pu marier une de ses filles au duc du Maine, comme elle l'avait espéré, outrée bienlôt après des suites de sa que-
mmim'mmm»"'w*msiBe;wS!S^s:SSS&T
^iâU LETTRES DE M""' DE MAINTENON.
toujours tivs conleiile do M"- la ducliesse du Maine, et lonle pivte à vous iniMicr M. ^^)n mari dôs que je serai à Versailles. Adieu, ma très chère, je ne puis changer pour vous : V..US m'oflensez d'en douter, et mes amis doivent m'excuser quand je ne leur donne pas un temps qui n'est ])lus à moi. Je parlai l'auln^e jour un quai'l d'heure à mon frère ; il v a plus de trois ans que cela ne m'éloit arrivé. Je vous conjure de l'aire prier vos bonnes Ames pom- ce qui se va faire à Saint-Cyr '; vous en connoissez la conséquence mieux que personne. Oserois-je assurer ici votre sainir princesse- de mes très humbles respects?
EEVRIFU iQdô. -
A M'"*^ DK l}iaNO>'.
Manuscrits do V.M-nillov/W/m-'V//7/a///^^l.lV.p.^±-i.-nibliuih.nalioii^^ Mniiusciils. Fonds français, U'»8, p. lOoi.
2 février ICOr».
Je vais presque tous les jours à Saint-Cyr avant le jour; le Uoi est dans ma chambre quand j'en reviens, et j'ai oiand besoin de repos quand il est parti. Ce sont b^s seules i-aisons, madame, qui m'empêchent de vous écrire autant que je le voudrois ; vos lettres me font toujours plaisir, et, malgré mes endjarras, sont lues avec atti'ution d'un bout à l'autre.
rello avoc M'"- de lîonillon. la diicliosse do liminsuick-llaiioviv, ïirné.li.to-lIcnrieUo, (iiiitinit la France. Nous avons déjà dit (lu'elle maria fort avantageusement en Allemagne ses deux lilles, 1 une au duc de Modéne, lautre au (ils aîné de l'empereur Léopold, qui tiil l'empereur Joseph 1-. Voir les lettres du i" janvier 1G82, du 24 aont l()8r> et du 25 nnrs 1G02.
* Le changement en monastère. . ,^o-
^ I/ahbesse de Mauhuisson. Voir laïKdc ô à la lettre du 2i août 108... 5 Le manuscrit de Versailles donne la date de 1095; mais la phrase ^ur le noviciat des dames fixe cette lettre à l'année 1095, d'après le récit des Mémoires des dames de Saint-Cyr. Les Avis aux lieligicuses (manuscrit 143S; ne donnent pas de millésime.
Ce 3 février.
Je reprends ma b^lti^^ pour vous dire que je partage vos peines; mais il y en a partout et elles nous sont bo'imes. J'ai parlé de mon mieux sur le mariage de M"'' de Guenaiii' ei, qtioique je n'aie pu vous ré[)ondre, je n'ai pas oublié votre vivacité là-dessus. Si le mariage proposé réussit, elle sera bien mariée.
Ce n'est pas grand malheur que la petite de Gorges serve, pourvu qu'elle tombe en bonnes mains. Un des malheurs de noire siècle est que chacun veut s'élever au-
* M"« de Guenani (c'est l'anagramme d'Anguien), élevée au couvent nohlc de Maubuisson, était fille de M. le Prince, fils du grand Condé et de Françoise de Montalais, veuve du comte de Marans. M""» de Sévigné parle souvent à sa fille de celte comtesse de Marans. qu'elle nomme la belle Merlusine, et dont elle raconte la conversion (I et très des 50 décembre 1072, 25 août 1075, etc.). M '« de Guenani, née en Hm, porta plus tard le nom de M"'^de Cliâteaubriant. Elle l'ut mariée en 1090 au marquis de Lassay. Or M"'<^ de Mainfenon avait connu dans sa première jeunesse — nous n'avons ]»as retrouvé en quelles circonstances — la mère du marquis de Lassav; elle avait même eu pour elle une tendre amitié. Elle reportait sur le fils l'alTection qu'elle avait ressentie pour la mère. Ce marquis de Lassay acquit une sorte de célébrité par son caractère romanesque. Il se maria trois lois, sans préjudice de nombreuses aventures galantes, et chacun de ses mariages lut un roman. Le plus intéressant fut le second celui qu'il contracta avec la belle et vertueuse Marianne l'ajot, fille d'un médecin de Paris; elle avait failli devenir duchesse de Lorraine (voir Saint-Simon, t. L p. 295). Marianne mourut en 1078, et son trop tendre époux ne fit que tro|) diversion à ses très sincères regrets par des infidélités à ceUe chère mémoire. En 1C90 nous le trouvons amoureux de M"" de Guenani, à laquelle il écrit de fort jolies lettres. Les obstacles opposés par M. le Prince à cette union, que favorisait avec zèle M'"" de Maintenon, la retardèrent pendant deux années. Le mariage si souhaité ne fut pas heureux : les deux époux se séparèrent bienlôl. — Le marquis de Lassav a publié sous ce titre : [iecucil de diflYrenles choses, des fragments de mémoires et des lettres qui offrent un certain intérêt. Sainte- Beuve en a pris occasion pour une jolie étude qu'il a intitulée : Le marquis de Lassay, ou un figurant du grand siècle (dans les Causeries du lundi, t. X, p. 129).
dessus de son état ; vous me direz que j'en parle l)icn à
mon aise; mais Dieu sait si j'ai voulu m'êlever.
Je ne puis vous dire à quel point je suis contente de M. et M'"" (le Blaire*.
Quant à la misère des provinces, nous ne l'i-norons pas ici et on voudroit de tout son cœur la soulager; maison est' pressé de tous côtés. Priez et faites prier incessamment pour la paix. Après cela, il n'y a pas de bien qu'on ne puisse espérer. Nous avons pensé perdre M-^ de Montchevreuil ; elle est hors d'affaire. Elle se disposoit à la mort avec une paix et une joie admirables. La petite vérole est à Sainl-Cvr, et toutes nos dames sont enfermées dans leur noviciat. Nanon et moi gouvernons la maison. Bonsoir, madame, on me fait finir plus tôt que je ne voudrois.
A M- DE imiNON.
Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. IH. p. GG3.
28 février IG95.
Il faut, madame, s'attendre à toutes sortes d'injustices de la part du monde ; il veut juger de tout et juge toujours en mal. M. Pellisson vivoit d'une manière exemplaire, et, parce qu'il ne s'est pas confessé, il étoit huguenot^! On n'a ici nulle attention à la vie, et on compte pour
1 « Cette dame était nièce .le M- de Brinon, et M- ^le Maintenon lavait inanée à un fermier général. » (Note du manuscrit de Yei-
'"'i' re'Lson mourut le 7 février 1605. Sur les bruits qui coururent alors nous trouvons ceci dans le Journal de Dan-eau : « ol n.ars : rr.bbé de Fénelon fut reçu à l'Académie franço.se et lit une très L^haranU: où il Justi.ia l.rt la mén.ou-e de M: l'elt^son ojjt d remplit la place, sur les faux bruits qu'on avoit voulu fa.ie coui.i. » Sa t-simon, dans ses Notes au Journal de Dangeau, ajoute : « Pel- HssinaoH iogé depuis un grand nombre d'années dans un appaj^ tement de l'hôtel abbatial de Saint-Germain-des-Pres, v etoit a..idu
tout de recevoir les sacreiuens à la mort. Le pauvre homme ne se croyoit pas si mal, et remit le curé au lendemain; mais, madame, il faut laisser dire. Votre ami est jugé présenfeinent par notre unique juge; je suis persuadée qu'il est bien heureux*.
Le Uoi se porle parfaitement bien ; il travaille beaucoup à ses aflturcs. Je me porte mieux que jamais; je travaille beaucoup de mon côté, sans espérance de voir la fin de mon ouvrage. Dieu fera tout ce qu'il lui plaira.
J'ai parlé à M. le Prince à Marly; je l'ai prévenu, je l'ai loué et excité sur rétablissement de M"*" Guenani; mais je n'ai pas lieu d'espérer que cela réussisse, à la manière dont il me répondit.
M"* de Radouay sera bien heureuse si elle demeure aux Ursulines de Pontoise; j'ai tant de filles partinit, que je ne puis fournir aux politesses que je voudrois faire dans les maisons qui les re(;oiveht.
aux offices les fêtes et dimanches, et y fcsoit souvent ses dévotions. La promptitude de sa mort fit courir le bruit qu'il auroit bien eu le temps de se confesser s'il avoit voulu, mais que sa première religion n'avoit pas été changée de bonne foi, ou avoit pris le dessus dans ses derniers momens. Les proteslans le publièrent tant qu'ils purent; mais le tissu de la longue vie de Pellisson depuis sa conversion, son savoir, son esprit et sa probité généralement reconnue, avant et depuis son changement de religion, répondirent suflisamment au scandale qu'on essaya de répandre sur sa lin. » Dangeau, t. IV, p. 255-50.
* Nous avons dit que M"" de Brinon, depuis sa retraite à Maubuisson, s'était trouvée mêlée à l'active correspondance jtour le rapprochement des deux Églises. Pellisson, lui aussi, y avait un rôle : sa manière douce et polie intervenait utilement entre les hauteurs de Bossuet et les aigreurs de Leibniz. M™' de Brinon espérait eu lui ; elle regretta vivement sa mort et demeura lidèle à sa mémoire.
A M. D'Al nir.NÉ.
Colloclion »lr S. .M. lo Roi «lo Ilollando. — Mannsorils do Versailles. Li'llrr.s cfli/ianles, l. III, p. OlO. *
Ce 15 mars 1603.
J'ai appris avec beaucoup tlo poiue que vous êtes malade, et je vous avoue que vos luoindres uiauxmefont tiembler quand je songe à rélat où vous êtes. Kst-il possible que vous n'ayez le ereui' mal fait que pour Dieu, de (jui vous tenez tant de bonnes qualités, qui vous seront iiuitiles dès qu'elles ne sont pas employées pour lui? Vous êtes bon, luunain, libéral, juste, doux, aumônier, etc., et tout cela sans rapport aux uiaximes de voire reliiïion. Vovez M. Tiberge ou M. Brisacier, je vous en conjure, ou quelque aulre liomme de bien; je vous nomme ceux-là par l'estime que j'ai pour eux, et parce que, s'ils éloient conlents, j'aurois l'esprit en repos. Verrai-je tout le monde se converlir, pendant cpie vous demeurez dans le cbemin de vous ])erdre? Au nom de Dieu, mon cber frère, faites quelques réQexions solides sur un sujet si important et pardonnez mes importunités en faveur de mon amilié. Votre tille est en bonne santé, et la petite vérole augmente tous les jours à Saint-Cyr; mandez-moi de vos nouvelles, je vous en i)rie.
A M'"- D'ALWOK.
Bibl. nat., mannsrrits. Fonds français. ilGTo et UÔS. — Lavallre, Lcllres
et Entretiens, t. I, p. 108.
Chantilly, 11 mai 1095.
Je vous aime trop, ma obère nièce, pour ne pas vous dire tout ce que je crois qui vous pourra être utile, et je manquerois bien à mes obligations si, étant tout occupée
des demoiselles de Saint-Cyr, je vous négligeois, vous que je regarde conune ma ])i'opre fille. Je ne sais si c'est vous qui leur inspirez la fierté qu'elles ont, ou si ce sont elles qui vous donnent celle qu'on admire en vous; quoi qu'il en soit, comptez que vous serez insupportable à Dieu et aux bommes si vous ne devenez plus bumble et ])lus modesl(» que vous ne l'éles. Vous prenez un ton d'aulorité (|ui ne vous conviendra jamais, quoi qu'il puisse vous arriver. Vous vous croyez une personne importante, i)arce que vous êtes nourrie dans une maison où le Roi va tous les jours; et le lendemain de ma mort, ni le Roi ni tout ce (|ue vous voyez qui vous caresse ne vous regai'dera pas. Si cela arrive avant que vous soyez mariée, vous épouserez un genlilbonuue de campagne fort misérable, car vous ne serez pas ricbe,etsi, pendant ma vie, vous épousez un [)lus grand seigneur, il ne vous considérera, quand je n'y serai plus, qu'autant que voire bumeur lui sera agréable; vous ne pouvez l'être que par votre douceur, et vous n'en avez point. Votre mignonne* vous aime trop et ne vous voit point comme les autres gens vous voient. Je ne suis point prévenue contre vous, car je vous aime fort; mais je ne vous vois pas sans peine.
• M"' (lo Maintoiion ilésij^ne ainsi, par une expression souvent usiléc en ce sens au dix-seplième siècle, sa femme de chambre, Nanon, qu'elle avait donnée comme une sorte de ^gouvernante à sa nièce. C'était une lidèle servante, son unique domestique au temps de sa pauvreté. La confiance que M""' de Mainlenon ne cessa de témoi^nier à Nanon lit de celle-ci une sorte de i>ersonna<jre dont Saint- Simon ne manque pas de tracer un portrait évidemment très chargé. 11 la représente se coiffant et s'hahillant comme sa maîtresse, et devenue pour tous cette M"'= Ralhien dont la ju'otection était, selon lui, recherchée des ])rinces et des ministres, dont la duchesse de Hour- Ko^nie avait eu l'adresse de faire sa bonne amie, etc. « Très raisonnablement sotte, dit-il, elle n'étoit méchante que rarement.... Elle avoit l'air doux, humble, empesé, im|)ortant, et toutefois respectueux. » Nos lettres montrent que M"^ de Maintenon conserva toujours beaucoup d'affection et de confiance pour cette fidèle domestique, dont elle appréciait le bon sens et le dévouement.
Par l'orgueil qui paroît dans tout ce que vous faites, vous êtes assurément très désagréable à Dieu. Voyez son exemple : vous savez l'Évangile par cœur; à quoi vous serviront tant d'instructions, si vous vous perdez comme Luciler? Songez que c'est uniquement la fortune de votre tante qui a fait celle de votre père et la vôtre. Vous souffrez qu'on vous rende des respects qui ne vous sont point dus ; vous ne pouvez souffrir qu'on vous dise qu'ils sont par rapport à moi; vous voudriez vous élever même audessus de moi, tant vous êtes élevée et altière. Comment accommodez-vous cette endure de cœur avec cette dévotion dans laquelle on vous élève? Commencez par demander
à Dieu l'humilité, le mépris de vous-même, qui en effet êtes peu de chose, et l'estime de votre prochain. Je souffrois bien, l'autre jour, de tout ce que vous fîtes à M""' de Caylus : vous devez du respect à vos cousines. Je vous parle comme à une grande fille, parce que vous avez l'esprit fort avancé; mais je consentirois de bon cœur que vous en eussiez moins et moins de présomption. S'il y a quelque chose dans ma lettre que vous n'entendiez pas, votre mignonne vous l'expliquera. Je prie ^otre-Seigneur de vous changer et que je vous retrouve, à mon retour, modeste, humble, timide et mettant en pratique tout ce que vous savez de bon ; je vous en aimerai beaucoup davantage. Je vous conjure, par toute l'amitié que vous avez pour moi, de travailler sur vous et de prier tous les jours pour obtenir les grâces dont vous avez besoin *.
* Lan?iict (le Vicvgy, après avoir inséré cette lettre dans ses Mémoires/ajoute : « M"'- d'Aubi^nié n'avoit que neuf à dix ans quand sa tante lui donnoit des leçons si parfaites et si saintes ; elle en a bien profilé. Après les premières années de son mariajxe, qu'elle fut obligée de passer dans le plus grand monde à cause du rang qu'v tenoit la maison de Noailles, elle s'en détacha entièrement'^ Elle ne venoit plus à la cour; elle passoit chaque année des temps considérables dans la retraite; enfin, elle est morte samtement en 1740. qui est l'année où j'ai commencé ces Mémoires. » (T. I, p. 417.)