‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 42 sur 98 · A M. L'ABBÉ DE BRISACIER · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ DE BRISACIER

Mauusciils do Versailles. Lettres édifiantes, t. IV, p. 1 i3.— Bibliolh. nalionale. Manuscrits Fonds Iram-ais, liô8, p. 10311.

Septembre 1G94.

La mère de mesdemoiselles de...*, monsieur, a eu la tête tranchée, et je me reprocherai toujours de n'avoir

* M"" d'Anglebeliner de Lagny. Elles étaient tilles d'un oi'licier français qui avait épousé une demoiselle d'Aikel, d'une des ])reniières familles de Hollande; leur père fut tué au service du Koi, qui plaça les deu.v jeunes lilles à Saint-Cyr. La mère habitait Mons ; elle entra dans un complot pour ouvrir au pi'ince d'Orange les porte

pas suivi cotte aiïiùra nvcc un soin qui auroit peut-être sauvé la vie de cette pauvre créature. Dieu en a disposé ainsi. Je vous attends, monsieur, pour annoncer celte triste nouvelle à ses deux iilles. Un m'a cluir<;ée de consulter le Roi sur leur renvoi, et, puisqu'il faut que j'en rende compte, ce n'est pas à revenir sur une décision. 11 ne comi.rend pas plus que moi (pu^ le crime doive passer aux enfans, et je vous conjure de vouloir bien encore y faire quelques léllexions avec M. l'évéque de Chartres et M. l'abbé Tiberge. Un dit que les Jésuites ne recevroient pas un bonmie en pareil cas, et que les filles de la Visitation en useroient de même. Si cet esprit vient de saint Ignace et de saint François de Sales, je m'y soumets sans répugnance ; mais si ce n'est que l'effet de la sagesse humaine ou de la dureté des counnunautés, je désirerois de tout mon cœur qu'on s'en sauvât dans celle-ci. Le père de M. de Luxembourg a eu le col coupé : on lui confie la personne du Uoi et de ses armées. Nous avons vu mourir M. de Kohan sur un échafaud, il y a environ vingt ans, et toute sa famille éloit en charge auprès du Uoi^et de la Keine, recevant tous les conqdimens sur cette douleur sans qu'il entrât dans la léte d'un courtisan de leur en faire des reproches. Quoi ! l'honnêteté mondaine ira j.lus loin que la charité, et nous ne donnerons pas à nos filles les vraies idées qu'il faut avoir sur chaque chose î On dit que, dans les classes, elles en seroient moins respectées et exposées à des repioches. Je meltrois ces fautes au nombre des plus punissables : celles qui auront le cœur bien fait en seront incapables, et il faut redresser les autres. Je n'ai confié cette affaire qu à notre supérieure ; elle m'en a paru plus attendrie pour ces

de celle ville, conquise par Louis XIV. Le coiuplol découvert un conseil (le -uerre la cond.nuna; M-" de Maintenou demanda et ohlmt la fjràce, qui arriva trop tard. Sa pitié fut du moins ulde aux orphelines; elles reslèrent à Suinl-Cyr, cl lune d'elles devint dame de Saint-Louis.

filles, et il me semble que c'est là l'effet d'un tel malheur. H peut arriver aux dames de Saint-Louis; seroienlelles inhabiles pour leurs emplois? Ne voyons-nous pas tous lesjours des aventures aussi tristes et plus honteuses aux prêtres dans la persoime de leurs plus pioches pareils? En sont-ils moins respeclables pour nous? Je dis tout ceci pour la justice et jiour l'envie que j'ai que nos filles aient l'esprit et le cœur bien faits; car il pourra très-bien arriver que celles dont il est question ne nous seront pas jn'opres. Il n'est j>as besoin, monsieur, de les recommander à votre charité; je prie Dieu de les consoler et de les bénir.

A M""' DE FONTAINES, DAME DE SAIINT-LOLIS.

Bibliolliè(pu' nationale. Maniiscrils. Fonds IVançais, lij8, p. 1041

Ce 10 à six heures (octobre lOOi).

Je suis ravie du bon cœur de mes chères filles S il aidera beaucoup à établir parmi vous un esprit de charité et de droilure.Si lesclasses viennent ù savoir le malheur de mesdemoiselles de..., il faut leur inspirer les mêmes sentimens; si on pouvoit les pressentir chacune en particulier, ce seroit une bonne épreuve pour connoitre le caractère de leur cœur et de leur esprit.

* Les dames de Saint-Louis avaient accueilli le vœu de M""= de Maintciion en laveur des demoiselles d'Anj,debelmer de Lagny.

W oB

2të

Page 1