A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS
Manuscrits de Mouchy, t. Il, p. 50.
29 mai (1097).
Les amis de M'»"^ Guyon savent que vous l'avez vue, monseigneur, et que vous lui avez porté la lettre du père de la Combe*. Ainsi la nécessité de resserrer cette femme augmente. Cependant vous avez oublié d'en parler au Roi, qui pense comme vous, et qu'il faut lui ôter les deux iilles qu'elle a auprès d'elle. Si vous m'écrivez pour avoir son ordre, ne répondez, s'il vous plaît, qu'à ce premier ai'licle de ma lettre et non pas à celui qui suit.
J'ai parlé au Roi pour ôlcr ceux qui environnent les princes, et j'ai fini mon discours en disant que je ne }>ouvois pardonner à M. le duc de Reauvillier d'avoir choisi les amis de M™'' Guyon, les connoissant pour tels de longue main.
En effet, je vois chaque jour de plus en plus combien j'ai été trompée par tous ces gens-là à qui je donnois ma confiance sans avoir la leur; car, s'ils agissoient simplement, pourquoi ne me mettoient-ils pas de tous leurs
* Le père delà Coinbc avait été le dirccleur de M""' Guyon ; il l'avait accoinita^niée dans tous ses voyages, lioaucoup plus compromis et moins intéressant qu'elle, il avait été enfermé au château de Lourdes, et ensuite à Vinccnncs. — Sur l'histoire de M""-' Guyon et sur toute cette (luorcUe du quiélismo, on peut consulter l'ouvrage de M. l. Guerrier : M'"" Guyon, sa vie, sa doctrine, etc. (1881). On y trouvera (p. 407) la lettre du père de la Combe dont il est ici question. On remainpiera (pie l'auteur de cette intéressante étude a le tort de citer les lettres de M°"^ de Maiutcnon d'après La Beaunielle, c'est-à-dire d'api-ès un texte lalsirié; la publication de M. Lavallée lui permettait d'être plus exact. On juturra lire aussi avec beaucoup de IVuit l'article de M. Drunelièrc dans la Revue des Deux Mondes du 15 août 1881, où il juge avec autant de saine critique que de linesse non seulement le livre dont nous venons de parler, mais la fameuse querelle <iui mit aux prises deux grands esprits et passionna la société de leur temps.
mystères? ot, s'ils ciaignoient do ine les révéler, n'esl-ce pas une preuve; qu'ils avoient un dessein formé, et qu'ils se servoient de mon amitié et de mon crédit pour établir cette nouveauté à la cour ?
Le Roi me parut disposé à pailer franchement à M. le duc de lU'auvillier. S'il ne le fait pas dès demain, ce sera une grande marque du crédit de ce ministre.
Poussez M. d'Argenson, monseigneur, et faites-lui parvenir que nous le croyons gagné par les amis de M'"»^ Guyon.
Je vis hier M™'^ la duchesse de Guiche, dont je suis très satisfaite par rapport à tout ce que je traitai avec elle : il me parut qu'elle tenoit encore à iM'"« la duchesse de Mortemart; mais il n'importe, puisqu'elle ne la voit plus.
Je proposai hier de nommer un ambassadeur j on y fera quelque réflexion.
A M-" DU l»Ki;uti, I^Ll'tlUtLIiK.
iJaniiscrils de \cri^a\\los. Lettres rdifiaiiles, t. IV, p. IS8.
(Juin 101)7.)
Vous savez, ma chère fille, ce qui a donné entrée à M""^' Guyon chez vous, et vous savez aussi la suite de son conunerce. J ignorois entièrement le danger dont il étoit; ou plutôt j'ai été imprudente de laisser entrer ici une personne sans m'ètre bien informée de sa conduite. Dieu l'a permis pour vous en faiie bien voir les conséquences, et pour vous rendre plus ciironspectes que moi. Vous avez vu la peine que votre évéque a eue à délruiie ses maximes et à supprimer ses livres et ses écrits : il me parut quil suffisoit pour vous qu'il les désapprouvât, et vous devez vous en tenir pour toujours à la décision de vos supérieurs. Je naurois pas voulu faire d'autres
consultations s il n'y avoit eu que l'intérêt de votre maisou ; mais le bruit que celle aftViire a fait et dans Paris et à la cour me fit voir que le Roi en auroit connoissance, et ne manqueroit pas de m'en parler. C'est ce qui m'obligea à consulter pour être en état de répondre au Roi. Je choisis pour cela M. l'évêque de Meaux et l'évêque de Ghàlons, M. Joly, le père Rourdaloue, M. Tronson, et nos chers amis M. Rrisacier et M. Tiberge. Si j'avois su quelque chose de meilleur, je m'y serois adressée. Je leur écrivis, et les priai de me mander leur avis sur les livres et les manuscrits qui contenoient celte illusion qu'on nomme quiétisme; vous verrez leur réponse. Celle de M. l'évêque de Meaux n'y est pas, parce que je lui fis ma consultation verbalement, s'élant trouvé à la cour en ce temps-là; vous verrez par ce qu'il a écrit depuis quel est son sentiment. Le Roi me parla comme je Pavois prévu, et ceux qui l'avoient instruit des bruits du quiétisme voulurent en accuser les personnes de la cour qu'il considère le plus*, et avec lesquelles j'ai le plus grand commerce. Ils coimoissoient en effet M'"*' Guyon et l'estimoient; mais, dés qu'ils la virent soupçonnée d'une mauvaise doctrine, ils voulurent consulter ses livres, et, sans m'en rien dire, consultèrent M. l'évêque de Meaux, M. l'évêque de Ghàlons et M. Tronson, ce qui me confirma encore dans l'estime que j'avois pour eux. M. l'abbé de Fénelon se joignit à ces messieurs, et tous ensemble examinèrent huit mois durant les livres, les manuscrits, les maximes et la vie de M'"* Guyon. Ces assemblées* commençoient par la prière; on n'y portoit aucune passion, on travailloil ensemble, on travailloit séparément, et on cherchoit sans se presser à démêler l'exacte vérité, sans se prévenir. Pendant ce temps-là, M. l'archevêque
* Le duc de Deauvillior et le duc de Clievreuse, les amis de Fénelon.
- Elles sont connues sous le nom de conférences d'Issv.
de Paris 1 condamna les livres de M'"« Giiyon; nos examinateurs approuvèrent cette censure sans se hàler davantage de donner la leur, et enfin, après les huit 4nois accomplis, après beaucoup de prières et de sacrifices, ils signèrent tous quatre la condamnation des propositions que vous voyez 2; ils firent ensuile les mêmes condamnations dans leurs diocèses, qui seront suivies de plusieurs autres. Que cette expérience vous mette sur vos gardes, ma chère fille, pour ne pas donner d'enirèe chez vous aux proltines nouveautés : les livres, les confesseurs, les ècrils donnés mystérieusement sont les moyens dont le démon se sert pour troubler la paix de la conscience ; les filles en sont très susceptibles; gardez les vôtres avec une vigilance qui aiMe jusqu'à la défiance; demeurez simples dans voire piété, soyez soumises à vos supérieurs, ne soyez point curieuses. Nous sommes ignorantes; mais il n'importe, n'ayant qu'à nous laisser conduire.
A M. LK MARQIIS DE DANGEAU
Collection Morri'^on, à l-ondros.— Blannscrils do Vci-sailles. Lellres édifinnlea
t. IV, p. 459.
21 juin (1007).
11 est bizarre de vouloir faire de vous un précepteur: mais vous êtes capable de tout pour le bien, et vous en
* Celait alors M. de Ilaiiay.
2 En un formulaire de trenfe-qiiatre articles appelé le Fonnvfaire dlssy. Fénelon le sijiiin « non par conviction, mais par délérence ».
s Le marquis de Dan^'cau, qui était chevalier d'honneur de la «liichesse de Bourfîo^Mie, n'était pas seulement uji parlait courtisan, le pins beau joueur et le plus habile, comme le constate si bien M™" de Sévigné (lettre du 29 juin HHii) : c'était encore un homme insiruil, un Udesj.rit.qui taisait lacilement des vers, et (j li était de l'Académie française. C'était de plus un homiélc honune, d'un aimable caractère, mal-ré ce qu'en dit Saint-Simon. M"" de Maintenon lui
pouvez plus faire à la princesse * que tous les maîtres du monde. Je crois qu'il faudroit lui faire tous les jours deux leçons, l'une de la fable, l'autre de l'histoire romaine. Vous savez mieux que moi, monsieur, qu'il ne faut point songer à la faire savante, on n'y réussiroit pas. 11 faut se borner à lui apprendre certaines choses qui entrent continuellement dans le commerce des plaisirs et de la conversation ; nous avons déjà traité ce chapitre. Je voudrois que M"" d'Aubigné prît les mêmes leçons poiH' lui en pouvoir parler le reste du jour; les dames le peuvent faire aussi, et, si vous pouvez nous donner une lieiire par jour, je crois qu'elle saura bien des choses qui lui seront utiles et agréables. J'ai choisi Goëffeteau^ parce que les chapitres sont courts, et notre piincesse n'aime pas ce qui est long. 11 faut achever Théodose •\ Si vous voulez faire un petit projet, je le ferai suivre et apprendrai moi-même pour la faire répéter. S'il n'y a rien de dangei^eux ni de trop libre dans les mélamorjilioses et fables, je vous supplie d'en faire acheter les livres; mais si on ne doit pas les laisser dans les mains
rend en maintes occasions ce témoij^niai^e, et l'on s'explique ainsi qu'elle l'ait associé à l'éducation de la jeune princesse. Il est l'auteur de ce Journal, source d'infoi'mations si abondantes et si sûres pour toute la lin du régne de Louis XIV, et que Saint-Simon n'a dénigré qu'après s'en être utilement servi. Voir la très intéressante l>rélace des éditeurs du Journal de Dangcau, MM. Soulié et Dussieux.
* La duchesse de Bourgogne.
- Nicolas Coëffeteau (mort en 1025) était un dominicain devenu célèbre sous lleni-i IV comme prédicateur et controversiste. Il eut à ce dernier titre de nombreuses missions et publia beaucoup d'écrits. Ses talents lui valurent l'évêcbé de Marseille en 1(521. M'"'^ de Maii:tenon parle évidennnent ici de son Histoire romaine depuis Aur/Uéie jiisf/u'à Conslantin, imprimée plusieurs fois de 16-21 à 1680, ouvra^ e certes fort médiocre, mais qui n'en passa pas moins pour un clicld'œuvre de la prose française.
' La Vie de Thcodosc, par Flécbier. Il l'avait écrite pour servir à 1 instruction du Dauphin. « C'est, en vérité, la plus belle chose du monde, écrit M'"*^ de Sévigné. et d'un style parfait. »
de la princosso et do ma nièce, il vaut mieux nous en tenir à ce que vous nous direz. Quand vous trouverez l'occasion de lui faire un portrait de quelque princesse bien polie, modeste, précieuse, délicate, s'attirant le respect, ne le manquez pas, s'il vous plaît. Je crains qu'on ne se conforme à la grossièreté de noire siècle. Tout ceci demeurera entre nous. Je suis obligée de finir.
Langiiet de Gergy, dans ses Aktnoires sur M""" de Maintenons, dit que, « sur les fins de la guerre qui avoit commencé en 41)88, quelqu'un, profitant du désir que le Roi avoit de donner la paix à son peuple et à l'Europe, lui suggéra, comme uii moyen de la faciliter, de faire rentrer les proleslanls dans le royaume à certaines conditions ; et, sous le prétexte des avanlages que le Roi en retireroit, il donna un mémoire à cet effet. M'"'' de Maintenon, à qui apparemment le Roi communiqua le projet, sentit son zèle ému à une proposition qui lui parut contraire au vrai bien de l'Église et de l'État. Quelque éloignée qu'elle voulût être de se mêler des affaires, elle crut devoir s'intéresser à celle-ci à cause de ses conséquences pour la religion, à laquelle elle étoit prête de tous sacrifices, jusqu'à sa modestie même : elle réfuta le mémoire par celui que l'on garde encore tout entier de sa main et que je vais transcrire. » " Lavallée, en insérant ces lignesS met en note : « On croit que ce quelqu'un était Vaubau ». Il ajoute dans la même note : (( Les alliés, dans les négociations de Ryswick, voulurent imposer comme condition à Louis XIV la rentrée des protestants ». .( H n'a jamais voulu, dit Dangeau, rien entendre làdessus. ))
Dangeau parle en effet ainsi au 20 septembre 1097, et Ion comprend sans peine que le moment était mal choisi pour tenir
à Louis XIV le même langage que les puissances ennemies.
» Page 259. Voir Lavallée, La famille d'Aubigné et M""- de Mainleiion. guiri de.s Mémoires inédiU de Languel de Gergy, archevêque de Sens, sur M""' de Maintenon et la cour de Louis XIV. Mon, l^^'J.
in-S".
« Lavallée, Correspondance générale, IV, 197.
Mais quel rapport y a-t-il entre cette proposition, faite en un moment pareil, et le mémoire que Vaubau avait adressé dixannées plus tôt, puisque la dure réponse que lui adressa Louvois est du 15 octobre 1086? On dit bien que Vaubau, non découragé, envoya son écrit à M""' de Maintenon ; mais ce dut être bien avant 1097. De plus, le mémoire de M"" de Maintenon ne pai;ait pas répondre à ce que contenait d'essentiel celui de Vaul)an. Il demandait* le rétablissement pur et simple de l'édit de Nantes, tandis que M""" de Maintenon, ne supposant même pas qu'une telle proposition pût être imaginée, ne s'attache qu'aux ordonnances qui ont suivi et aggravé fédit de révocation en présence des résistances ultérieures des Ré- , forint' s.
A UN MKMOlKE TOUCIIAM LA MANIÈRE LA l'LUS CONVENABLE DE THAVAILLER A LA CONVEKSION DES HUGUENOTS.
Manuscrits de Versailles. Lettres tdifiantes. t. IV, p. 457.
Si les choses étoient aujourd'hui au même état que lors de l'édit qui révoqua celui de Nantes, je serois d'avis, sans balancer, qu'il faudroit s'en tenir à cette révocation, se contenter d'abolir l'exercice public de la R. P. R.^,et penser à réunir peu à peu tous les sujets du l^oi dans la même religion, en excluant dans les occasions qui se pi'êsenteroient les huguenots des charges et emplois, s'appliquaiit avec patience et avec douceur à les convertir en les persuadant de la vérité.
Mais, dans la situation où l'on se trouve aujourd'hui, il liiut, ce ine semble, changer d'idée.
Il est vrai que, par rapport à la conscience, il me paroîtroit qu'on pourroit aller jusqu'à rétablir dans le
• Voir X Histoire de Vaiiban, par M. Georges Michel. IMoii, 1879, in-8°, p. 450.
- De la Religion Prétendue Rcloriiiêe.
royaume la liberté d'être de la R. P. R. sans exercice public, si cela garantissoit de quelque grand péril, et que l'on n'eût que ce seul moyen dont on se pût servir. Mais, bien loin de croire que l'on en dût attendre des effets semblables, je suis persuadée qu'un cliangement de telle nature en produiroit beaucoup de mauvais et point de bons. Voici les raisons sur lesquelles je fonde
mon avis :
1« Dans la conjoncture présente, celle démarche seroit regardée dans les pays étrangers, dans le royaume même, et surtout par les huguenots fugitifs et par les nouveaux convertis, comme l'effet d'une appréhension causée par la siluation des affaires. Ces gens-là en deviendroient plus iusoleus, et fortifiés par les impressions et les espérances que leurs ministres leur donneroient, les moindres mauvais succès qu'auroient les armes du Roi seroient capables de les porter à tout entreprendre.
2" Je crois qu'une partie de ceux qui ont passé dans les pays étrangers affoibliroienl l'État plutôt que de le fortifier par leur retour. Ce sont les plus entêtés et les plus opiniâtres du parli qu'on a vus capables de renoncer à leurs biens, à leur patrie, aux devoirs les plus essentiels, et même à leur légitime souverain, plutôt que de plier à ce qu'on exigeoit d'eux. Des gens de ce caractère seroient prêts à tout hasarder et à donner du mouvement à ceux dont les intentions sont les moins mauvaises, et je crois qu'on ne se tromperoit pas en les regardant non seulement comme ennemis, mais comme capables do nous en susciter une infinité d'autres. Enorgueillis par le bon succès de leur opiniiUreté, ils confondroient par leurs reproches et leurs railleries les nouveaux convertis ; c'en seroit assez pour faire retomber le petit nombre de ceux qui ont connu la vérité, mais dont la foi n'est pas encore bien affermie, qui sont incertains; et ceux qui, avec le temps, auroient pu suivre le bon parli seroient
fixés à demeurer dans le mauvais, et, pour ceux qui sont huguenots dans leur cœur, il y auroit moins d'espérance que jamais à leur conversion.
5° On ne peut s'attendre que la liberté tacite de conscience sans exercice public satisfit ceux qui rentreroient dans le royaume, ni les nouveaux convertis qui y sont demeurés. Ils compteroient pour rien le changement qu'on feroit en leur faveur s'il n'étoit suivi d'un accord (jui les remit au même état où ils étoient avant la révocation de l'édit de Nantes. Comme ils attribueroient à la crainte ce qui leur auroit été accordé, ils souhaiteroient des événemens qui, en l'augmentant, leur feroient espérer d'obtenir le reste, et n'attendroient que des occasions j)0ur y contribuei'.
•4" Si l'on accordoit la liberté de conscience, pourroiton ôler aux pères et aux mères l'éducation de leurs eiifans? Si on le faisoit, ils seroient plus irrités qu'ils ne le sont aujourd'hui; si, comme je crois qu'il seroit impossible de l'éviter, on les en laissoit maîtres, ce seroit perpétuer dans le royaume un corps puissant que la religion tiendroit toujours dans des intérêts contraires au bien de l'Etat, et qui, s'ils se voyoient privés d'espérances prochaines, en concevroient d'éloignées et envisageroient dans l'avenir une guerre civile, un règne foible, une minorité comme une ressource pour sortir de ce qu'ils appelleroient oppression.
5° Enfin, dans la situation où sont les esprits, pourroiton espérer de les guérir de leur défiance? Ils croiroient que l'on céderoit pour un temps à la nécessité, qu'auslùt que la paix seroit faite, le Roi reprendroit la suite d'un dessein qui lui a tenu si fort au cœur, et ils ne compteroient pas plus sur l'exécution d'une nouvelle déclaration accordée en leur faveur que sur celle de ledit qui, en révoquant celui de Nantes, conservoit la liberté de conscience, la sûreté de leurs personnes et de
leurs biens, et qui cependant a été suivi de tout ce qui s'est fait contre eux dans les derniers temps.
De plus, par rapport au Uoi, j'ai répugnance à un changement tel que seroit celui qu'on propose. Quitter ainsi une entreprise qu'il a poussée si hautement, sur laquelle il a permis qu'on lui ait donné tant de louanges, et dans laquelle ses ennemis ont toujours publié qu'il succomberoit, il me semble que cela intéresseroit sa réputation et seroit contraire à la sagesse et à la fermeté ordinaire de ses résolutions.
De toutes ces raisons il me paroîtroit résulter que le meilleur parti qu'il y auroil à prendre, ce seroit, sans donner aucune nouvelle déclaration et sans révoquer aussi aucune de celles qui ont été données, de continuer comme on a déjà commencé, à adoucir insensiblement la conduite des nouveaux convertis; surtout à ne les l)oint forcer à commettre des sacrilèges en approchant des sacremens sans foi et sans dispositions; ne point faire traîner sur la claie les corps de ceux qui auroient refusé les sacremens à la mort, et ne point faire recherche des effets remis dans le commerce par ceux qui sont hors du royaume.
Pour les attroupemens, ce sont des révoltes et des désobéissances nécessaires à punir, et j'approuverois les chàtimens les plus rigoureux, pourvu, comme il est juste, qu'ils tombent sur les seuls coupables, et que les innocens ne soient pas confondus avec eux.
Veiller pendant la guerre, autant qu'il se pourra, à l'éducation des eufans ; mais, au retour de la paix, considérer cette affaire comme une des principales de l'Etal, prendre des mesures suivies et uniformes pour éloigner les jeunes gens de leurs familles, n'épargner ni soins ni argent pour leur faire trouver hors de chez eux la subsistance nécessaire : cela, dans le temps, demanderoit un grand examen pour former un plan général dont il ne
faudroit plus se départir. Par cette conduite, on parviendroil à anéantir en France la R. P. R., et on pourroit la délivrer d'un mal dont elle souffre depuis longtemps.
Je n'entreprendi'ai point de réfuter en détail le mémoire qui m'a été communiqué; j'observerai seulement que l'auteur y parle de zèle et de fidélité comme si on avoit oublié tout ce que l'histoire rapporte de la conduite des huguenots depuis leur origine. N'ont-ils pas fait des guerres sanglantes à nos rois? IN'ont-ils pas attiré plusieurs fois des armées étrangères? De ce règne ici, n'a-t-on pas découvert la suite de leurs mauvaises intentions par un acte secret d'un de leurs synodes, fait dans un temps où ils espéroient que Cromwell pourroit les appuyer? Et ne voit-on pas encore aujourd'hui, par les lettres de ceux qui sont fugitifs, combien ils sont portés pour le prince d'Orange et pour les autres princes de leur religion ? L'auteur du mémoire se trompe, je crois, aussi quand il attribue la ligue des princes protestans aux mauvais traitemens que les huguenots ont soufferts. Elle me paraîtroit plutôt un effet de leur politique, et une suite de la jalousie et de l'animosité qu'ils ont conçues depuis longtemps contre la France.
L'auteur dit trop aussi quand il attribue la ruine du commerce, la. disette de l'argent, la diminution des manufactures et de la culture de la terre, à la seule retraite de ceux qui sont sortis du royaume. U est vrai qu'elle a fort augmenté le mal, mais il y avoit une source et une origine plus anciennes que ce qui est arrivé depuis la révocation de l'édit de Nantes.
« Ici cet écrit paroît fini; puis il y a quelques Icuillels delacliés, aussi de la maiu de M™« de Mainteiiou, où est écrit ce qui suit : » *
On ne croit point qu'il faille, par aucune déclaration,
* Ces deux li};nes sont dans la copie des dames de Saint-Cyr, L"llres édifiantes, IV, 505.
298 LETTRES DE >!-"-= DE MÂlNTENON.
faire voir aux nouveaux convertis qu'on consent qu'ils
demeurent dans leur religion.
Ce seroit leur Hure voir que l'on désapprouve et que l'on se repent de ce que l'on a fait par rapport à eux. Ce seroit les laisser maîtres de l'éducation de leurs enfans, qui non seulement les rendra de la même religion que leurs pères, mais qui hériteront aussi du ressentiment et de l'aigreur qu'ils ont et contre la personne du lioi et contre le gouvernement.
C'est garder dans le rovaume un grand nombre de gens qui ne seront jamais contents que l'exercice de leur religion ne soit rétabli, qui l'espéreront toujours, qui désileront des temps fâcheux, qui entreront dans toutes les révoltes, et qui, après ce qui s'est passé, ne peuvent jamais être des sujets fidèles et affectionnés.
Si on fait revenir ceux qui sont sortis de France, combien reprocheront-ils la foiblesse de ceux qui ont abjuré, et combien leur feront-ils voir l'avantage qu'ils ont tiré de leur fermeté, puisque, sans avoir renoncé à leur religion, ils se trouvent dans le royaume avec le consentement du Roi, jouissant de leurs biens et pouvant espérer dans de certaines conjonctures le rétablissement de leurs temples?
Il ne liiudroit point changer de conduite à leur égard d'une manière qui les persuadât que l'on ne se soucie plus de les convertir, mais s'y prendre avec plus de douceur et d'uniformité.
Conserver la même rigueur contre ceux qui s'assembleront ou se distingueront, mais fermer les yeux sur ceux qui ne vont point à la messe, sur ceux qui n'approchent point des sacremens, sur la manière dont ils meurent, et sur tout ce qu'on peut s'empêcher de voir.
Éviter surtout les spectacles qui donnent une idée do martyre, rien n'étant plus dangereux, tant pour les nouveaux convertis que pour les anciens.
I<EYRIER 1098. —
Ne perdre jamais de vue le désir et le dessein de les convertir ; s'y prendre avec des maximes solides et uniformes; en faire un projet, le bien examiner et le suivre doucement.
Conlîer ce que l'on veut aux intendans et aux évêques, afin qu'ils travaillent de concert.
Le plus grand bien seroit d'ôler les enfans; mais il faut accompagner ce dessein de beaucoup de discrétion.
On pourroit dans un temps de paix commencer par les }»auvres, faire des hôpitaux dans chaque province, y recevoir les enfans que les parens y voudront mettre, les traiter et les instruire avec de grands soins, les laisser voir leurs proches, qui seront adoucis par le bonheur de leurs enfans.
Recevoir les garçons dans les cadets, et les filles dans des couvens. Des millions ne pourroient être mieux cmjiloyés, soit que l'on regarde ce dessein en chrétien ou en politique.
L'instruction solide que l'on pourroit donner dans toutes les provinces seroit aussi utile aux anciens catholiques qu'aux nouveaux convertis.
Il faudroit charger du détail des personnes de bon esprit et de piété, qui rendroient compte des choses importantes aux secrétaires d'État de la province, et qui suivroient le reste avec un grand soin.
A M. L'ÉVÉOl'E COMTE DE CUALONS, A ClIALONS.
Manuscrits Do Woucliy.
Versailles, le 25 (lévrier 1G98).
Monsieur,
Quoique le Roi ait tâché de réparer par ses bienfaits ce qui d'ailleurs manque à ma nièce, je suis persuadée
500 LETTUES DE M'"'^ DE MALNTENON.
que tout riionneur et l'avantage de cette affaire est pour moi, et que je inéritois plus des compliniens que desreciemens *. Je trouve, monsieur, dans votre maison, tout ce que je pouvois désirer, mais la vertu qui y règne est, grâce à Dieu, ce qui me touche le plus. Vous savez la part que vous y avez et combien je vous ai honoré même avant d'être connue de vous et de vous connoltre. Je vous demande pour ma nièce votre bénédiction , vos prières , vos bontés quand elle aura l'honneur d'être la vôtre, et d'être bien persuadé du respect avec lequel je suis, et('.
A M. L'AKCIIEVÊOUK DE l'AftlS.
Maiiuscrils De Moiuliy, t. Il, p. 28i.
Le 5 avril (tous).
Les pensions étoient dans le projet de notre mariage, comme le reste; mais conmie elles ne dévoient point entrer dans le contrat, on n'enavoit point parlé. Nos jeunes gens jouiront de quatre-vingt mille livres de rente : Dieu
* M"'' d*Aubi}?nê, la fille de Charles d'Aubifriié et la nièce de 3I"« de Maintenon, éi»ousait le comte d'Aven, fds aine du maréclial de Noailles, et par conséquent neveu de l'arclievrquc de Paris et de l'évêque de Chàlons. Danj;eau écrit, à la date du mercredi 12 mars 1098, quand ce mariage fut déclaré : « M^^ la duchesse de Bouri^of^ne dîna chez M"'« de Maintenon. Elle y alla dès le matin, dès quelle fut habillée, et y demeura tout habillée, faisant les honneurs à tous ceux qui venoient faire compliment à M"" de Maintenon sur le mariatje de sa nièce. M'"'' de Maintenon se mit sur son lit l»our recevoir les complimens. Le Roi donne à M"« d'Aubij^nc 800000 livres; savoir : 500 000 livres sur la maison de ville, el 100 000 écus ar^rent comptant, et pour 100 000 francs de pierreries. M"* de Maintenon lui assui-e, après sa mort, 200 000 écus de son bien. Outre cela, le Roi doime au comte d'Aven les survivances du ^gouvernement de Roussillon qu'a le duc de Noailles et du gouvernement de Berry qu'a M. d'Aubigné. Le gouvernement de Roussillcn vaut 58 000 livres de rente et celui de Berry en vaut 50. M'"^ la comtesse d'Ayea sera dame du palais. »
veuille qu'ils en fassent un bon usage î Souvenez-vous, monseigneur, de la part que vous avez à mon choix, et mêlez-vous de donner vos conseils pour que les pauvres nient quelque part à la dépense.
Je suis ravie de vous voir content de ma nièce, que je vous conjure dénommer toujours la vôtre. Elle est véritablement modeste ; elle craint Dieu, elle respecte ses ministres. Je vous charge, monseigneur, d'empêcher qu'on ne la gâte par trop de caresses, par trop d'ajustement, par trop de plaisirs, par trop de magnificence, et par tout ce reste qui est si dangereux.
J'ai montré au Roi ce que vous m'avez envoyé ; il me dil que M. de Pontchartrainen avoit eu autant de M. d'Argonson. Au reste, monseigneur, je vous avertis qu'il n'y a rien de si galant que ce que vous me demandez sur sainte Françoise : je n'aurois jamais osé vous donner mon portrait. Mais, pour parler plus sérieusement, faites par vos prières et par vos conseils que je sois véritablement sainte comme celle dont on a pris l'habit pour me peindre ^ Gardez toujours le saint François pour l'amour de moi ; ne prétendez pas que toute la noce finisse sans que j'aie l'honneur et le plaisir de dîner avec vous. Préparezvous, monseigneur, à cette complaisance.
\ M. L'ÉVKUIE DE MEAIX^
5 avril l!j98.
J'ai été si occupée depuis quelques jours, monsieur, que je n'ai pu répondre à votre lettre du 29 et à celle de
* Elle parle du tableau de Mignard où elle est peinte en sainte Françoise : probablement larchevèque lui en demandait une copie.
- Lavallée donne cette lettre d'après l'autographe appartenant, dit il, à la collection de M"* Haies, à Cantorbèry. Elle se trouve dans les Œuvres de Bossuet, édition Mellier et Leclère, in-12, t. XXVIll, p. 4'25.
ù02 LETTRES DE M™' DE MAINTENON.
M. votre neveu. Il est visible, monsieur, qu'il est innocent, et le Hoi en est si persuadé qu'il ne juge point à propos d'en faire une plus grande perquisition. Mettez-le donc en repos là-dessus le plus tôt qu'il vous sera possible, car je comprends parfaitement son inquiétude, et l'estime du P»oi est trop précieuse pour n'être pas alarmé d'une calomnie qui la feroit perdre si on y ajoutoit foi *. Cependant M. votre neveu doit se confier dans la vérité, qui a une force qui l'emporte, surtout si on veut avoir un peu de patience. C'est cette même confiance que j'ai aussi dans la vérité qui me fait espérer que la décision de Home sera pour la gloire de Dieu et l'avantage de l'Eglise. Vous n'en avez jamais douté, monsieur, et m'avez souvent rassurée. Je suis, avec tout le respect que je dois, votre très bumble et très obéissante servante.
A M. L'AUCIiEVKQLE M PARIS.
Manuscrits De Moiichy , t. 1, p. IK) ol 87.
A Saint-Cyr, le 24 mai (1C98).
Souffrez, monseigneur, que je vous remercie très humblement de la manière obligeante dont je fus hier reçue
• L'abbé Bossiict, qui élait à Rome pour l'alfaire du quiéfismc, cxpli(jue ainsi, dans une lettre du 28 lévrier 1098 à son oncle, l'accusation dont il élait l'objet : « On j»réteud que le duc Slorza Cesarini, lâché de ce que je voyois M"" sa lillc, qui, dit-on, ne me hait pas, m'avoit lait atlaquer par des assassins; «pi'ils m'avoieut mis le pistolet sous la ^^or^e et m'avoieut l'ail promettre de ne plus la voir,... (pie j'en étois tombé malade de peur. » L'abbé Dossuet démeut toute cette histoire, aflirmant que, si le duc Slorza Cesarini la traité et le traite encore en ami, il connoît à peine la duchesse et ses lilles ; que tout cela n'a été inventé que pour lui nuire à Paris, où on l'a lait parvenir aux oreilles du Uoi. A Rome, personne ne croit, assure-t-il, à celte aventure. [Œuvres de IP)ssuel {{^4j], t. XWIII, p. 380.)
— xMAI 1C98. —
chez vous. Je n'ai plus à désirer qu'un peu plus de liberté, et que je n'y fusse jamais regardée comme étrangère. Quelque opinion que j'aie toujours eue du bonheur de la comtesse d'Aven, j'avoue que je le trouve encore pins grand que je ne l'avois prévu, et que je désirerois ardemment qu'elle en fût un peu plus digne. Elle a des défauts que je n'ose confier à son mari, de peur de le dégoi*iter d'elle. Il s'en faut beaucoup que son esprit soit formé ; elle auroit besoin d'avis continuels, et je vous supplie, monseigneur, de porter la duchesse de Cuiche à prendre un peu soin d'elle. Je ne connois pas assez la famille* pour savoir ce qui convient. Je vous expose sim- • ])lcment mes vues et les soumets aux vcMres. J'eus hier une conversation avec le Hoi sur la grande
• M"** de Maintenon désijrue ainsi la famille de Noailles; elle se sert souvent de cette expression en écrivant au cardinal. La duchesse de (îuiche était sœur aînée du comte d'Aveu.
Cette lettre l'orme, dans le manuscrit De Mouchy, deux feuillets, le premier finissant par ces mots : « un peu soin d'elle. Je », le second continuant ainsi : « ne connois pas assez la famille ». Celui (|ui a disposé ces papiers en volumes a séparé à tort les deux feuillets et a placé le second (t. I, p. 87) avant le premier (t. I, p. 90). 11 suffit de les rapprocher pour voir qu'ils forment un tout. Naturellement le premier seul est daté (Saint-Cyr, 24 mai). Le millésime 4098 a été ajouté, et la date est juste, puisque les premiers mots nous apprennent que nous sommes peu de temps après le mariage du comte d'Aven. Lavallée ne s-'est pas aperçu que les deux feuillets ne formaient qu'une lettre. Il fait du second une lettre séparée, il ajoute le mot Je et la date juin 1097, qu'il donne connue si elle élait sur l'autographe. Cet arrangement avait déjà été fait par La Reaumelle. Ce qui regarde Fénelon dans cette seconde partie ne convient cependant qu'à l'année suivante, et le mariage dont il y est question est celui du marquis de la Valliére, qui épousait une nièce du cardinal de Noailles, quatrième fille du maréchal (voir Dangeau, 15 juin 1098). La princesse de Conti, chez laquelle la noce se lil le 15 juin suivant, était fille du Roi et de la duchesse de la Valliére; le marié était son cousin. La duchesse de Choiseul et M"*" d'Entragues, aussi de la famille de la Yallière, étaient des leinmes fort décriées pour les mœurs, et sur lescpielles Saint-Simon fournit des détails de nature à justifier enlièremenl l'opinion exprimée par M™" de Mainleuon.
affaire ; il veut ôlcr M. de Cambrai et tout ce qui environne les princes; mais il cherche des raisons de différer, et tout cela par la peine d'en faire à M. de Beauvillier. Je lui dis tout ce que je pus pour le presser, sans pourtant lui montrer là-dessus un empressement qui pût le scandaliser; je n'en ai pas en effet, et ne veux que ce que Dieu veut. Je ne trouvai pas le Roi adouci sur le fond de la chose.
La princesse de Conti me vint trouver hier pour me charger de demander au Roi qu'il lui permît de prier à la noce la duchesse de Choiseul ei M'"*^ d'Entragues. H répondit qu'elles étoient trop décriées pour qu'il pût lui conseiller de les avoir avec elle, mais qu'elle consultât M"'»^ la duchesse de la Vallière et fit ce qu'elle voudra. Je ne doute pas que notre sainte carmélite n'exige celte complaisance sans comprendre qu'elle fait par là plus de tort à sa fdle que d'honneur aux autres.
Priez pour moi, monseigneur, je vous en conjtire; j n'ai pas le courage de porter ma fortune, jugez ce qui je ferois dans l'adversité.
La querelle du quiétisnie atteignait la période aiguë. La disgrâce de Fénelon, entraînant celle de ses amis, allait être suivie de sa condamnation à Kome. Le Hoi no savait pas encore, lorsqu'il sanctionnait toutes les mesures prises conliv M"" Guyon, quel appui elle recevait de lui. l?ossuet par charité et par espoir de le ramener, M™" do Maintenon par un reste de sympathie, pout-êlro aussi par peur de se compromettre, avaient dissimulé leurs soup(;ons sur sa doctrine, et appuyé sa nominalion à Cambrai. Quand tout éclata, Louis XIV témoigna son mécontentement en congédiant les personnes qui, sous la direction de Fénelon, étaient attachées à l'éducation des jeunes princes; on y comprit le marquis de hnolou, frère de l'archevêque, bien (pie son emploi fût subordonné, et sa doctrine, comme dit Saint-Simon, assuréiu» ut
nulle. Louis XIV parait avoir été irrité même contre M™" de 3laintenoii,et, suivant Languet deGergy, '( les reproches furent si amers qu'elle avouoit n'avoir jamais été si près de sa disgrcàce qu'en ce moment-là ». Celte colère envers elle no fut pas de longue durée; peut-être est-ce pour la lui faire oublier que le Roi lui témoigna, peu de temps après, une faveur si éclatante, lors de ce camp de Compiègnc dont il va être bientôt question.
A M. L'ARCIIEVÈUIE DK PARIS.
Maiiusciils Do Moucliy, t. H, p. ït^l.
29 juin (1098).
Je ne sais, monseigneur, si je pourrai Unir cette lettre, mais je sais bien que voici le premier moment que j'ai eu libre pour la commencer. Tout ce que dit M. de Beauvillier ne suffit pas; mais il faut, je crois, attendre qu'il plaise à Dieu de l'éclairer. On m'assure que les daines veulent revenir.
Le livre de M. de Meaux fait un grand fracas ici ; on parle d'autre chose ; les faits sont à la portée de tout le monde; les folies de M™° Guyon divertissent; le livre est couit; tout le monde le lit*.
Je ne doute point, monseigneur, que M. le duc de Beauvillier ne soit fâché de me perdre. Mon amitié pour lui éloit très sincère : je crois qu'il en avoit pour moi.
Le manuscrit contre vous est entre les mains de M. l'évèque de Chartres ; je l'ai prié, monseigneur, de vous l'envoyer.
J'ai été très contente de M'"'^ la duchesse de Guiche ; elle m'a paru moins femme que je ne l'avois cru ; je ferai
• Bossuet écrivait à son neveu l'abbé Bossuct le 50 juin : « Vous ne sauriez croire le prodigieux effet que fait ici et à Paris ma lielation du quiétisme.... Le Roi a déclaré d'une manière qui ne peut être ignorée de personne que les faits de ma Melatiou étoient <le sa connoissance et très véritables. »
*iff|
500 LKTTUES l>E M" DE MAINTENON.
louldomon miouxijour elle. Ne comi>le-l-ollc pas venir à
Coin|)it'^n«^? Toute sa famille y sera.
Le livre de M. de Meaiix réveille la eolère du lloi suice que nous l'avons laissé faire a^clle^é(lue^ H m'en fait de grands reproches. Il faut que toute la peine de cette affaire tond)e sur moi! Bonsoir, monseigneur. Conservez vous, je vous en supplie, et accordez à nos prières ce (jue vous auriez fait par complaisance pour M""= la duchesse de iNoailles.
A M. LE PKÉSIDENT DE ll.VRLÂY.
G. D. Doi>i>inoS Correspondance adinlnislrat'ne sons Louis A'/T, l. IN , p. 180.
A Saiiit-Cyr, ô juillet (10'J8).
Comme vous êtes le protecteur de toutes les honnes œuvres, monsieur, aussi hien que le chef du Parlement, je ne crains point de vous faire aujourd'hui une recommandation en faveur des écoles chaiitahles de la paroisse Saint-Sulpice. Il n'y en eut jamais de plus utiles ni de plus désintéressées. Cependant les maîtres et maîtresses d'école les trouhlent quelquefois, et, quoiiine jusqu'ici ils aient toujours perdu tous les procès qu'ils ont intentés, ils y reviennent souvent. Je vous conjure-, monsieur, de procurer le repos à M. le curé de Sainl-Sulpice, (pii n'en désire ([ue pour servir Dieu, et je vous supplie de me croire voire, etc.
« C'est de Fénelou, u.ilurclicmcut, «lu'il est question.
* M"" <lo Mîiiutonon s'occupn hraucoup do la paroisse Saiiit-Siil- ]»icc, alors une des plus populeuses et des jdiis pauvres de Taris. L'abbé Olier, rauii de saint Vincent de Paul, le fondateur du séniinaii-e de Saint-.Suljtice. en avait été curé, et y avait londé un p'aiid nombre d'œuvi-es cliari tables et moralisatrices. Nous verrons les liens de M"^ de Maiulcnon avec le clergé de cette jjaroissc se resserrer toujours davanta^'C. Ici elle demande protection pour les écoles pieuses, fondées par le curé, contre les nuitées et maîtresses décole privilégiés qui les attaquaient.
— JLILLET 1098. —
A M. L'AIlfJlEVÈOlE DE PARIS.
Jlaiiusi lits De Moiuliy. t. I, p. 95.
28 juillet (IGOS).
J'ai à répondre à plusieurs lettres de vous, monseigneur, qui me font un extrême plaisir; mais je suis [u'u maîtresse de mon temps, parce qu'il est presque toujours pris par des gens d'au-dessus, avec qui je le jKisse en inutilités. C'est un si véi'itahle martyre pour moi qu'il n'y a que Dieu qui pût m'y exposer ; car il falloit pour cela connoître le fond de mon cœur.
Je suis très mal contente, monseigneur, de la manière dont vous m'avez reçue à l'archevêché, et je vous dirai avec la confiance que j'ai en vous que les cérémonies qu'on me fait partout ont contrihué à me séquestrer du.monde autant que je l'ai fait. Je voudi^ois hien vous distinguer làdessus comme en tout, et il me sendjle qu'il est très convenahle que je sois et paroisse unie avec vous. Mais comptez, monseigneur, ([ue vous ne me verrez plus que chez moi si vous ne me traitez familièrement. Sur quel pied pouvez-vous me faire des cérémonies, connue de me venir recevoir au has du degré, et de m'accompagner à mon carrosse avec; tout ce qui est chez vous? Est-ce que vous êtes adorateur de la faveur, ou est-ce que vous m'en croyez enivrée, et que je trouverois mauvais que vous me traitassiez comme vous traiteriez une fenune ordinaire? Encore devois-je pi-ésentement, par l'honneur que j'ai de votre alliance, prétendre à une entière familiarité. C'est l)ien sérieusement que je vous parle, monseigneur, et que vous me hlessez le cœur et m'ôtez la joie de vous voir si vous continuez.
Jo ferai voir au Roi les nouvelles de Rome; elles ne renijuieront pas.
M. de Pontcharlrain proposa hier au Roi de jeter par
:08 LETIHES DE M"' DE MAINTESON.
terre tous les bàlimc.sdc cette place de VLôtcl Vendôme et d-en rebâtir une autre dont Mansart donnero.t le dessin. Le Iloi répondit que M. de Louvois l'avo.t ait fane malgré lui; que tous ces messieurs les mm.stres vouloient faire .p.elque chose qui leur fit i.onneur a 1 ave- „i,; qu'ils avaient trouvé le moyen do le donner a» public co.nme aimant toutes ces vanités- à; que jelo.s témoin des chagrins que MM. de Louvois et la femllade lu, avoient donnés là-dessus; qu'il n'y reton.bero.t pas, et „u-il ne vouloil pas qu'on lui proposât rien d approchant. Je vous avoue, .nonseigneur, que je le louai de bon cœur
(le cette réponse. ..
J'ai vu M. de Meaux et entendu de sa bouche qu il ne
veut plus écrire.
Voici, monseigneur, le dernier art.cle de ma Idlre, et relui qui me tient plus au cœur. On m'assure de tous côtés (lue vous entreprenez un travail insoutenable, et que vous entrez dans trop de détails. Au nom de Uieu, crovpz vos véritables amis, cl conservez-vous pour ce que vous seul pouvez faire. Faites vous soulager et ne passez p,.i,a de jour sans vous relâcher tout à fait. Je vous en 'onjuie par la mémoire d'une personne qui ob lendroit quelque «'l'Ose si elle étoit vivante, et qui est plus heureuse que nous*.
A L\ M VIIOLISE DE DA^JGEAl ^
Collection Monison, à Londres, liié.lite.
A Sniiit-Cyr, ce 14 août (1G98).
J'aime fori, madame, ce que vous appelez indiscrétion, et, sans m'en vanter, j'auroisétê très-jalouse de vo.r de vos
1 la duclicssc de Noaillos, uu-i-c de rarcliovèque. une grande place dans la coirespondance, et dont la ta^em a.n
lettres dans les mains de toutes nos dames et de n'en point avoir. Il y a longtemps, madame, qu'on ne m'avoit dit ni écrit qu'on m'aime de tout son cœur : on me respecte trop présentement pourm'aimer; et votre grossièreté me fait goûter un plaisir sur lequel j'étois un peu gâtée autrefois, mais dont je ne tàte plus. Laissez donc, madame, ce respect si peu sincère et si peu aimable aux autres, et avez toujours la grossièreté de m'aimer. Je n'y serai pas ingrate, et je vous défie de douter de l'estime et de l'inelination que j'ai pour vous. Il est vrai que beaucoup de gens sont de même, mais c'est à vous à voir si vous voulez me distinguer.
Nous fûmes tous bien ridicules à Marly; je crois qu'il
(le M""" de Maintenon durera jusqu'à la mort de celle-ci, était depuis 1086 la seconde femme du marquis de Dangcau. Elle était d'origine allemande, de grrande naissance, nièce du cardinal de Fursteid)er{jr. évè(jue de Strasbourg, et de la famille des Électeurs de Bavière, mais d'une branche mésalliée réduite à une très médiocre fortune : elle avait douze sœurs et plusieurs frères. Son r>ncle l'amena en France, où elle devint lille d'honneur de la Dauphine. Tous les contemporains sont d'accord sur sa beauté, le charme de sa personne et sa vertu. L'abbé de Choisy raconte que, lorsqu'elle parut à la cour, elle était belle comme les anges, avec une taille fine, des yeux bleus et brillants,... un air engageant, modeste, spirituel, et une fort bonne conduite dans une place fort glissante, M"' de Caylus, qui fut son amie, s'étonne « que cette haute naissance, cette ligure charmante et une vertu si rare n'aient trouvé que M. de Daugeau capable d'en connoîtie le prix ». Saint-Simon lui-même, si dur pour Daugeau, n'a que louanges pour sa femme : « jolie connue le jour, faite comme une nymphe avec toutes les grâces de l'esprit et du corps » ; il l'appelle le Bon ange de M""' de Maintenon. M"" de Sévigné montre enlin Dangeau jouissant à longs traits du plaisir d'avoir épousé la plus belle, la plus jolie, la plus jeune, la plus nymphe de la coin-. Elle ajoute, il est vrai, avec queltpie malice, que l'endroit le plus sensible était de jouir du nom de havière et de porter, par parenté, tous les deuils de l'Europe. Les lettres à M'"'' de Dangeau font partie de la collection de M. Morrison ; elles y sont autographes. Elles deviendront plus fréquentes pendant les dernières années de la vie de M""^ de Maintenon. Celle-ci, par les expressions les plus affectueuses, témoignera jusqu'à la tin de l'estime et de l'aUrait ([uc ne cessa de lui inspirer cette vertueuse et aimable personne.
;io
I^KTTRES DE M™' I>E )!A1NTKN()N.
y avoit un pou de vnpeur, car les laruios fuiviil générales. je conviens, madame, que voire orlliograplie n'est pas bien exacte; mais je conclus que vous ne voulez pas l'apprendre, puis(|ue M. de Danii-eau vous ahandomie; je me consolerois sur cet endroit s'il avoit [dus de pouvoir pour conserver votre estomac, qui se hasardera à la Bourdaisière* comme à Marly, et ipii y trouve un très mauvais exemple. MM. de Loweslein pouvoient être sobres; il n'en est pas de même du côté de Fursiemberg. Je suis honteuse, madame, d'une si longue lettre. Elle n'est point un elTet de mon loisir, mais du plaisir que j'ai à vous entretenir. Je voudrois déjà être revenue de Compiègne, et vous devinerez pourquoi.
A M. L'ARCIIEVÈQIE DE PARIS.
Mumiâcrits De Moucliy, t. 1, p. 99.
A Marly, 22 août (t698^).
J'ai montré votre grande lettre au Roi, monseigneur, qui est propre à faire tous les bons effets que vous désirez. Il est bien résolu d'acquitter le vœu du feu Uoi.
La mort de M'"' d'Kspinoy a surpris'', et c'est tout. On
* C'était une teriv du marquis do Dau,4vau, située près de Tours; il y séjourna cette année-là, selon son Journal, du 22 juillet au 25 août, et la marquise jusqu'à la lin d'octobre.
« \jc manuscrit porte, d'une main étran^M're, le millésime 10î>0: Lavallée a adopté cette date ernmée, et la donne comme auto^M-apiu'. La date est lixée jinrla mort de la i)rincesse d'Espinoy (Jeanne-Péiaiiie de l'.olian-i;ii:ib..l). Voir Saint-Simon, t. U, p. 1>1)-10I, et Danijean, 18 août 161US. Dan^eau dit eu outre, le 10 décembre suivant : a Le Roi a lait doimer une somuje considérable à MM. de :<otre-Dame de Paris jxmr un aulel : c'étoit un vomi qu'avoit fait le l'eu lU»i ». On voit (pie c'est la suite de la résolution don! M'"" de Maiulenoii parle dans les premières lignes de celte IcUre.
5 Elle était morte subitement à Versailles, où elle venait, de Paris, faire sa cour.
se défait des idées tristes le plus tôt qu'on peut, et j'ai vu plus de gens résolus à se faire saigner de temps en temps qu'à faire une bonne confession. Le Roi n'a rien répondu sur les chanoines de Sainl-Ruf; mais je crois voir en tout qu'il reçoit toujours ce qui vient de vous avec respect et déférence. Le petit mot sur ce que vous vous renfermez dans votre diocèse, mais que Dieu me demande de parler de tout, raccoutumera à me voir faire ce personnage. Depuis votre dernier éclaircissement, il reçoit tout avec moins de répugnance.
Je sais, monseigneur, que vous devez travailler lundi avec le Roi, et j'avois compté de ne partir pas si malin qu'à mon ordinaire, afin d'avoir l'honneur de vous voir. Mais, puisque l'heure vous est inditférente, venez à Saint- Cyr, monseigneur, quand il vous plaira.
Le Roi aura de la peine à décider contre votre opinion dans ce qui regarde les nouveaux convertis; cependant la plus générale est de les forcer à assister à la messe : pensez-y bien encore. On prétend que M. de Meaux revient à cet avis*. J'ai eu de la peine à trouver ce moment poiu" vous écrire. Le Roi me garde à vue ; et je ne vois plus qui que ce soit.
Que ne donnerois-je pas pour que M. Doyen vît votre billet? Il seroit aguerri pour bien pis que des asperges. Je suis ravie de vous voir un peu de gaîté dans un embarras coidinuel.
* On peut voir, sur ce sujet, la cori-espondauce de lîossuet avec l.;iinoiu:non de IJàville, intendant de Languedoc, et queb[ues prélats. [Olimres de IJossuet, édition Mellier et Leclère, in-l2, t. XXVF, années 1700 et suivantes). Bien que tous deux partent égaleiuenf d'un principe d'intolérance et de conliaiute à 1 egaid des protestants Soi-disant convertis, Bossuet, préoccuj)é d'une crainte religieuse, ne veut pas les contraindie à des actes que leur mauvaise volonté rendrait sacrilèges. Lamoignon de Bàville a moins de scrupules, ne considérant que le but politique à atteiiulre et la volonté du Roi à l.iire triomplier. On voit cpie le cardinal de Noailles ne voulait pas non plus qu'on les forçât à assister à la messe.
ùVl
A M. I/AKCHEVKQIE DE PARIS.
Maimstrils Do Moucliy, l. 11. p. 1-28.
Conii»iùj,'ne, 9 soptciubro ilGOS).
Quoique je sois assez iiieommodée, monseigneur, voici la meilleure journée (lue j'aie passée à Compiègne.Toul le monde est à la revue, où heureusement je n'ai pu aller, et j'en profite pour avoir l'honneur de vous entretenir
un peu à mon aise.
Il est vraisemblable que l'affaire de Rome ^ finira avant l'hiver, pourvu que le pape ne meure pas. J'ai toujours été lort vive, comme vous savez, pour que rien ne troublât votre union avec M. de Meaux; mais je ne saurois croire qu'elle vous oblii-e à écrire autant que lui, et je suis entièrement de votre avis. Je n'ai point vu encore M. de Meaux. Je ne sais s'il a pensé à moi ; mais je suis inaccessible, ayant toujours le Roi dans ma chand)re ou M'"^ la duchesse de Bourgogne.
Je n'entends pas bien, monseigneur, quelle confrontation vous voulez faire du Père de La Combe. Y en auroit-il une meilleure que celle de M™« Guyon avec lui, puisque c'est lui-même qui dit avoir passé quinze nuits
avec elle*?
M. de Chartres a fort désiré de voir la réponse que M. de Cambrai vous a faite. Je ne me souciois pas qu'elle passât par moi; mais je doutois que vous eussiez le temps de la lui envoyer, et j'avois prié M. le maréchal de Noailles de faire copier celle qu'il a. Loin de multiplier vos affaires, monseigneur, je voudrois de tout mon cœur vous soulager de ce que vous avez de trop ; car, du reste, je suis fort contente que vous travailliez depuis le ma-
» La condamnation du livro do Fénolon des Maximes des saints. ^ 11 faut se rappeler que nulle accusation d'innnoralité conlre M""^^ Guyon n'a jamais été prouvée.
— SEPTEMBRE Mm. —
tin jusqu'au soir et que vos jours soient pleins de toutes sortes de bonnes œuvres. Si vous pouvez encore envoyer la réponse à M. de Meaux, vous ferez plaisir à votre ami, que je n'ai vu curieux (pie dans celte occasion.
J'espère qu'on sera content de la fille que j'ai envoyée aux Ursulines. Je les remercierai quand je le pourrai.
Non, monseigneur, je n'ai point de repos ici. Le Roi vient dans ma chambre trois fois par jour et par là coupe tout ce que je pourrois avoir à faire. Je conviens que Dieu m'a fait la grâce d'être insensible aux honneurs qui m'environnent, et de n'en sentir que l'assujettissement et la contrainte : l'amour-propre est mort sur ce point-là ; mais, monseigneur, celui qui fait aimer le repos, la li- IxM'té et la propre volonté est encore bien vivant. Je sou haite pourtant de mourir à tout et je vous demande pour l'obtenir vos prières et vos avis.
Je voudrois m'occuper partout de bonnes œuvres. H me semble qu'une assemblée de charité me siéroit mieux que d'aller au camp avec une princesse de douze ans; mais on veut tout par rapport à soi, et je vois avec douleur que le goût du bien ne vient pas, ni pour celui qu'on pourroit faire, ni pour celui qu'on devroit laisser faire aux autres. On me parut moins dévot : on ne voulut point de vêpres hier, quoiqu'il y en ait toujours à celte féte-ici *.
J'allai hier faire mes dévotions aux Filles de la Visitation avec M'"^ la duchesse de Guiche. Je la vois le plus que je puis, et le reste de la famille, mais à peine puisje leur dire* un mot. Le Roi est charmé du régiment du comte d'Ayen; il ne peut s'en taire. Je ne suis guère contente de sa femme.
La maison de Bouillon ne s'avance pas auprès du Roi : je ne puis vous en dire davantage.
* La Nativité de la Vierge (8 septembre).
Notre ami Uoiifflors fait iim' dôponsj' excessive.
11 m'est revenu beaucoup ilc mal de la princesse de Fursleud)erj,^ •. Cette femme se prM'dra à la fm, car on la croit très dangereuse pour mener les aflaires des autres, et il est certain que ces caractères sont une peste publique. Servez-vous de tout, monseigneur, pour la conduire au bien ; mais que cet avis ne m'attire pas un éclaircissement ; il seroit inutile, car je sais certainement ce que je vous dis.
Il faut rapprocher de cette lettre du 9 seplembre 1Gy8 le récit ce'lèbre de ce qui se passa dans la journée du 15 à ce même camp de Compiègne, et des preuves singulières de faveur que le I{oi y donna à M""" de Maintenon, ce dont Saint-Simon se déclare si fort scandalisé. « Le Hoi, désormais en pleine paix, voulut, dit il, étonner l'Europe par une montre de sa puissance qu'elle croyoit épuisée par une guerre aussi générale et aussi longue, et en même temps se donner, et plus encore à M™" de Maintenon, un superbe spectacle sous le nom de Mgr le duc de Dourgogne, sous prétexte de lui faire voir une image de la guerre.... » 11 déclara un camp à Compiègne qui serait commandé par le maréchal de Uoufflers sous ce jeune prince. (Saint-Simon, t. Il, p. io.) La cour partit pourCompiègne le jeudi 28 août; il y eut des revues et divers exercices de troupes; enfin « le Roi voulut montrer des images de tout ce qui se lait à la guerre. On lit donc le siège de Compiègne dans les formes. Le samedi lô septembre fut destiné à l'assaut; le Hoi, suivi de toutes les dames, et par le plus beau temps du monde, alla sur le rempart. De là on découvroit toute la plaine et la disposition de toutes les troupes.... C'éloit le plus beau coup-d'œil qu'on pût imaginer que toute celte armée et ce nombre prodigieux de curieux.... M"" de Maintenon y étoit en face de la plaine et des troupes, dans sa chaise à porteurs entre ses trois glaces.... Sur le bàlon de devant, à gauche, étoit assise M'"' la duchesse
* Celait une auli'e nièce du rardiiinl de co nom (voir page r>08,n(»fe). « II ne pouvoil, dit Saint-Simon, vivre s.ins elle. Elle logroit et régnoil chez lui, et cette domination étoit si i)ubli(|ue que c'étoit à elle quo . s'adressoient tous ceux qui avoient affaire au c (rdinal. »
— SEDTEMimE 1G08. —
de Hourgogne ; du même côlé en arrière et en demi-cercle, debout, M""= la duchesse, M""^ la princesse de Conti et toutes les dames, et derrière elles des hommes ; à la glace droite de la chaise le Roi debout, et un peu en arrière en demi-cercle ce qu'il y avoil en honmies de plus distingué. le Hoi étoit presque toujours découvert, el à tous momens se baissoit dans la glace pour i»arler à M"'" de Maintenon, pour lui expliquer tout ce qu'elle voyoit et les raisons de chaque chose. A chaque fois elle avoit l'honnêteté d'ouvrir sa glace de quatre ou cinq doigts, et jamais de la moitié; car j'y pris garde, et j'avoue que je fus plus attentif à ce spectacle qu'à celui des troupes.... » (T.ll, p 115 et 114.)
Le maréchal de Boufllers, qui commandait en chef sous le duc de Bourgogne, déploya dans cette même occasion une magnificence extraordinaire. « Il étonna, dit Saint-Simon, par sa dépense, par l'ordre surj)renant d'une abondance, d'une recherche de goût, de magnificence et de politesse.... Jamais spectacle si éclatant, si éblouissant.... Les tables sans nombre et toujours neuves et à tous les momens servies à mesure qu'il se présentoit ou officiers ou courtisans ou spectateurs;... toutes sortes de liqueurs chaudes ou froides et tout ce qui peut être le plus vastement et le plus splendidement conq)ris dans le genre des rafraîchissemens; les vinsfrançois et étrangers, ceux de liqueur les plus rares y éloient comme abandonnés à la profusion.... L'abondance de gibier et de venaison arrivoit de tous côtés; les mers de Normandie, de Hollande, d'Angleterre, de Bretagne, et jusqu'à la Méditerranée, fournissoienl tout ce qu'elles avoient de plus monstrueux et de plus exquis;... des maisons de bois meublées comme des maisons de Paris les plus superbes;... des tentes immenses et magnifiques, dont le nombre pouvoit seul former un camp ; les cuisines, les sommelleries, les offices, tout cela formoit un speclacle demi l'ordre, le silence, l'exactitude, la diligence et la parfaite propreté ravissoieni de surprise et d'adniiralion. » (T. Il, p. 105 et 1110.)
;1G I.ETTUKS 1»K M""^ DE MALNTENON.
A M. L'ARCIIEVÈOIK DE PARIS.
Maimscrils De Moucliy, t. I, |>. 11<S.
\2 scpIcinU-e (1098^
J-ai iiioiiti é tous vos papiers au Uoi, qui rn'a dit ((u'uii avoit déjà parlé de cette lettre et qu'il n'y vouloit rien changer. Il l'auroil pourtant relue si elle avoit été en francois. Mais à vous dire la vérité, monseigneur, le Roi ne veut entendre parler d'affaires que par ses ministres ; il ne trouve point bon que M. le nonce se soit adressé à moi. Faites-lui entendre raison là-dessus une lois pour toutes, je vous en conjure. Je ne puis que donner des maximes générales dans les occasions, et je ne puis rien sur les faits particuliers dont je n'entends presque i)as parler. Je serois trop bien payée de l'esclavage où je suis si je pouvois faire quelque bien; mais, monseigneur, d n'y a (pi'à gémir de voir comme les choses sont tournées. Je ne veux pas m'étendre davantage : ce sujet me conduiroit trop loin.
Je vous prie,monseigneui', de dire à M. le nonce que je n'ose me mêler d'affaires, que je pense comme il me fait l'honneur de le croire, mais qu'il faut que mes sentinuMis soient renfermés dans moi-même. Je n'ai point l'honneur de lui écrire parce que je crains de ne le pas faire comme je le dois, et tout ce qui passe par vous en devient meilleur.
A M"" DE DRINON.
Dibliotluîquc niition;»l<\ Mss. Fr. noiiv. ac«|., liôS, p. IIIS (sans dalcj. Maimscrils de V»'is:iill<js. Lctlres édifiantes, t. IV, p. iH.
])u 30 novembre (1098).
Les affaires de M. de Cambrai m'afftigeut toujours, mais elles ne m'inquiètent plus, et j'attends dans une grande paix la décision du Saint-Siège. M. l'évèque de Meau.v a montré par sa Relation du quiélUme la liaison qui est entre M. de Cambrai et M™« Guyon, et cette liaison est fondée sur la conformité de la doctrine. On peut en voir le danger, étant soutenue par un homme d'une telle vertu, d'un tel esprit et dans un tel poste ; nous l'avons caché tant que nous avons espéré d'y apporter du remède ; nous l'avons découvert quand nous avons cru le devoir à l'Église. Voilà ce qui dépendoit de nous, c'est à Dieu à faire le reste.
Cette affiiire, ma très chère, ne me fait point oublier la misère dont le peuple est menacé, et plût à Dieu le pouvoir soulager autant que j'en suis occupée! On j)rétend qu'on pensa tout gâter en 94 par l'ordre [qu'on voulut mettre au blé, et qu'il ne faut jamais s'en mêler. On se plaint de ce que des usuriers en amassent, mais ce sont des avis généraux, et par là inutiles. Si on savoit : un tel a un grenier rempli, on iroit bien vite, et cet exemple feroit du bien à tout le monde; le malheur est que les pays étrangers sont aussi mal que nous, et qu'ainsi on ne
» I,e nianiiscril des Lelbes édifiantes, nu séminaire de Versailles, place ceUe letU-e en 1090. La mention qui y est laite de la Relation du quiétisme de Dossuet nous donne avec certitude celle de 1098. H faut toujours se souvenir que presque toutes les lettres auto^^raplies qu'on possède de M""= de Maintenon sont sans millésime; on ]K>ut donc, avec toute vraisemblance, ne voir que la main du copiste dans les dates d'années offertes par les copies manuscrites, et ces dates n'ont point dautorité.
518 LETTRES r>E M"^ DE MAINTENON.
peut en espérer du secours. Dieu est en colère ; il faudroit l'apaiser, et nous ne faisons que l'olTenser.
Je suis très édiliée de la conduite de M""^^ de Cavlus, et si elle persévère, je ne doute pas qu'elle ne soit plus agréable à Dieu que d'autres âmes plus innocentes et moins ferventes. Adieu, madame; il y a loni^temps que je désiroisce moment pour vous assurer que je ne change pas pour vous, etqueje vous estimerai et aimerai jusipi'à la mort. Tout va bien ici, et nos filles croissent tous les jours en piété et en capacité.
A M. L'AUCIIEVÈQUE DE PARIS.
Manuscrits De Mouchy, t. I, p. 175.
'25 novenihre (IGDJ).
M. le maréclial de Xoailles m'avoit envoyé votre mandement. Je suis ravie, monseigneur, d'avoir tout ce qui vient de vous. J'y prends trop d'intérêt pour ne devoir pas en être informée. Je montrerai au Doi la lettre des ecclésiasti(iues de Bordeaux. Je lui ai lu celle de M. d'Autun; il approuve fort son zèle pour la résidence et fera dire de surseoir l'affaire de M. de Cileaux.*.
Je crains que M. Doyen ne se fasse une mauvaise affaire en se cliargeant de mon frère aux conditions qu'il y veut mettre. Il prétend ne payer que la moitié du louuge de la maison, y avoir autant de domestiques et de clievaux qu'il en a chez lui, avoir un suisse à la porte, se retiier à onze heures ou minuit, manger chez lui avec (|ui il lui plaira, etc. Tout cela ne me paroît guère convenable à une retraite, et je ne répondrois pas qu'il ne vit des femmes et n'attirât un grand ridicule sur cette connnu-
• H s'agit d'une disitule de préséance entre i'cvêque d'Aufun et l'abbé de Citeaux.
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naulé. Je lui ai fait proposer de prendre soin de ses affaires; il le refuse, ce qui ne me paroît pas de bon augure. Enfin, monseigneur, je ne vois rien là qu'une légèreté qui, suivant la prudence humaine, sera suivie d'autres légèretés. Si, après toutes ces réilexions, vous croyez qu'il faille hasarder tout ce qui [)ourra en arriver, je soumettrai volontiers mes vues aux vôtres. Je vous supplie de vouloir communiquer cette lettre à M. le curé de Saint Sulpice K
A M. L'ARCnE\i:(JL'E DE PARIS.
Jlanuscnls De Mouchy, t. Il, j). Vô'J.
A Saint-Cyr, ce 31 janvier J700).
Je suis fâchée que la présence de M. le maréchal de Noailles accoutume le Roi à ne vous pas écrire, car ce connnerce seroit bon. Il faut es[)érer qu'il viendra quand l'occasion s'en présentera.
Le Roi a de la peine sur les trois jours gras que vous
* Les années n'avaient [las corrigé d'Aubigné. Il était toujours ce làchenx personnage dont l'inconduite, les incartades, les inconve- Jiances de langage désespéraient sa sœur. Elle en souillait encctre plus de])uis le mariage de M"' d'Aubigné avec le comte d'Ayen. Elle avait i)U espéi'ci- que, par déférence pour la lamillc dans laquelle sa iille était entrée, d'Aubigné se contiendrait un peu : il n'en était rien, (lest alors qu'on imagina l'expédient dont M""' de Mainlenon ]uule dans cette lettre et (pie Saint-Simon raconte ainsi : « A bout sur un frère aussi extravagant, elle lit tant par Saint-Sul])ice que, comme c'étoit un lumime tout de sauts et de bonds, et qui avoit toujours besoin d'argent, «pi'on lui persuada de quitter ses débauches, ses indécences et ses démêlés domesliques, de vivre à son aise, sa dépense payée tous les mois et sa jioche de plus garnie, et jtourCela de se retirer dans une communauté qu'un M. Doyen avoit établie sous le clocher de Saint-Sul|»ice jK)ur des gentilsbommes ou soidisant, qui vivoient là dans une espèce de retraite.... M. d'Aubigné ne laissa ignorer à personne que sa sœur se inoquoit de lui faire accroire qu'il étoit dévot; qu'on l'assiégeoit de prêtres et qu'on le feroit mourir chez ce M. Doyen. Il ne fut pas longtemps sans retourner aux lilles, aux Tuileries etpartoul où il put....» {T. I. i>.480.)
voulez relrancher aux mascarades et aux bals; mais il liiiit toujours par dire qu'il veut être soumis et vous laisser faire. Je crois, monseigneur, qu'il faut accepler celte soumission, et l'accoutumer au bien malgré qu'il eu ait. Je lui dis que ces trois jours-là retrancheroient bien bien des pécbés. La religion est peu connue à la cour : on veut l'accommoder à soi, et non pas s'accommoder à elle ; on en veut toutes les pratiques extérieures, mais non pas l'esprit. Le Roi ne mamiuera pas à une station ni à une abstinence ; mais il ne comprendra pas qu'il faille s'bumilier et prendre l'esprit d'une vraie pénilence, et que nous devrions nous couvrir du sac et de la cendre pour demander la paix.
Je lui parlai bier des conseils provinciaux et lui redis tout ce que M. de Meaux m'en avoit dit le matin. Je voulus citer fortement cet évéque, parce qu'il ne passe pas pour être si dévot que ceux qui me parlent quelquefois. Jamais je n'ai trouvé le Roi plus fermé, plus en garde. Je lui montrai ensuite une lettre que m'écrit M- de Moiidonville qui demande la liberté, ou au moins quebiue adoucissement à sa prison*; je lui dis que tous ces exilés (•outre les formes lui feroient tôt ou tard de la peine. Il me répondit pour toute cbose qu'il en avoit toujours vu user ainsi en pareille occasion.
Je ne devrois pas, monseigneur, vous montrer mes peines, qui ne feront qu'augmenter les vôtres; mais je ne veux rien vous cacber. Je ne me rebuterai pas, s'il plaît à Dieu, et je lui dirai la vérité tant que je vivrai, quoique je sois persuadée que, tant que nous aurons le père de la Cbaise, nous ne ferons rien.
Je vis dimanclie le père Bourdaloue, qui me témoigna la peine de la Compagnie sur ce (lue je parois ne la pas aimer, par l'éloignement qui est entre le père de la Cliniso
» Voii- la septième note à la letUe du 8 mars 1G96.
et moi. Je répondis que ce n'étoit pas ma faute, et que j'étois prête à faire toutes les avances avec lui. Je dois être dans ces sentimens et j'y suis, grâce à Dieu ; mais je n'espère rien de ce côté- là.
Votie mandement pour le jubilé, monseigneur, sera lu assurément : il faut v mettre des vérités fortes et toncbanles. Je vous dis tout ce qui me vient dans l'esprit et j'abuse de votre patience. Conservez votre santé pour la gloire de Dieu.
A M. LK COMTK D'AYEN.
Manuscrits De Mourliy. I, III. p. 4ô.
A Saint-Cyr, 4inars (1700).
Vous connoissez, monsieur le comte, la passion que j'ai pour Saint-Cyr; mais vous ne savez peut-être pas dans quel détail j'entre sur l'éducation des demoiselles qui y sont. U faut les occu|)er dans une classe depuis le matin jus- (fu'au soir, et cela n'est pas facile })Our les filles qui ont dix-buit et vingt ans. Vous avez vu tout ce que j'ai fait pour remplir leur mémoire de belles et bonnes clioses, ou du moins d'innocentes. M. l'abbé de Cboisy a eu la complaisance pour moi de faire des liistoires qui sont très agréablement écrites, et qui leur donnent des exemples de vertu; il a fait la Vie de David, celle ô'i'jxtiier. Nous avons, ce me semble, Clotilde, Arseniu^ et plusieurs autres dont je ne me souviens pas bien, mais qu'il seroit aisé de vous faire voir^ Je vous conjure de vous dé-
* L'abbo (le Choisy, dont on no lit ]ilus (jiic los Mémoires, avail Itcancoup produit. Sa Vie de David avait clé dédiée à Louis XIV; sa Vie de Salomon était un long éloge du Roi. Ses in-quarlo histori(iues sur saint Louis, sur î'hilippe de Valois, sur Charles V avaient grand succès : c'étaient de ces livres qui « se laissent fort bien lire», disait M*"' de Sévigné. Histoire sacrée ou prolane, hislorietlcs
îiùvc pour un moment de ce goût exquis qui vous fait dédaigner tout ce (lui n'est pas très délicat, de ce désir de perfection que vous voulez en tout et que vous aurez peine à trouver, et de descendre pour l'amour de moi, non à des contes de fées ou de Peau d'âne, car je n'en veux point, mais à lire/a Cour sainte \rc\u\)\ie d'histoires touchantes, agréables, véritables, telles que je les voudroissi elles étoient mieux enchâssées ou absolument détachées, ce (jui seroit, à mon avis, le plus aisé; car il est impossible de lire ce livre : le désordre des matières, la confusion des temps, la grossièreté de certaines expressions, la bassesse des autres, les digressions insupporlables et mille autres défauts, qui vous feront l'effet de l'émétique, ne permettent pas d'en faire aucun usage. Après tout cela, je n'en ai lu (jue cinq ou six pages, et je meurs de peur (juc vous n'en veuilliez pas lire davantage. \enons au fait. N'avez-vous pas quelque bel esprit qui meure de faim (cela n'est pas sans exemple) et qui voulût me faire de i)etites histoires bien choisies, qui, en divertissant de jeunes personnes, ne leur laissent dans l'esprit que des choses véritables et raisonnables, qui leur montrent le vice puni tôt ou tard et la vertu récompensée? Je crois qu'il faudroit que vous fussiez le maître du choix des sujets; je voudrois les payer à tant la pièce à mesure qu'on les feroit, et vous mettriez la politesse qu'il vous plairoit aux vues grossières que je vous propose. En voilà assez pour être entendue. Cette petite liste
morales ou de sainteté, la morale en action ou la léf?cnde dorée, des contes à la manière de Peau d'âne, ou encore VHistoire de l'Eglise en onze volumes in-4% tout sujet et toute manière étaient acceptables à ce léger personnajîe que sa convei-sion, son esprit, ses écarts, ses étran^jes manies maintenaient ou replaçaient en faveur. Voir sur l'abbé de Choisv l'étude de Sainte-Beuve, Causeriez du lundi, t. III, p. 428. 4 La Cour sainte est un recueil d'histoires composé par le P. Caussin, ce Jésuite confesseur de Louis XIII, qui eu maille à partir avec le cardinal de Uichclieu, et fut disgracié.
des histoires de la Cour sainte vous eu donnera une belle idée. J'apprends que vous vous portez mieux; je ne sais si je dois m'en réjouir.